Catherine Dorion: faire parler de soi

Dans le monde politique à Québec, deux débats ont monopolisé l’attention et défrayé la manchette cette semaine : le premier, sur le sort réservé aux étudiants étrangers par le gouvernement Legault et le second, sur le respect du décorum à l’Assemblée nationale qu’une parodie halloweenesque, orchestrée par la députée de Québec solidaire Catherine Dorion a déclenché. On conviendra facilement que l’importance du premier enjeu l’emporte sur l’intérêt anecdotique du second.

La photo sur laquelle l’élue de QS apparaît au Salon rouge costumée en députée écourtichée à talons aiguilles était un acte d’« autodérision », a-t-elle expliqué. Mais bien des députées, même parmi celles qui n’éprouvent pas d’antipathie particulière pour l’élue anticonformiste, ont été outrées. Elles y ont vu, non pas de l’autodérision, mais bien de la dérision, un jugement méprisant sur les femmes politiques qu’elles sont. À la suite d’une plainte de la whip libérale, le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, a exigé que la photo, prise en contravention des règles, soit retirée de l’espace public. Évidemment, la photo, virale, est toujours disponible.

Catherine Dorion est une artiste, une comédienne et une autrice qui possède d’indéniables talents de communication. Cette photo et le flot de réactions qu’elle a suscitées lui ont valu d’être réinvitée à Tout le monde en parle, un exploit pour une simple députée.

Jeudi, avant la période de questions, des élues se sont opposées à ce que la députée de Taschereau, revêtue d’un coton ouaté rouge qu’elle avait déjà porté au Salon bleu auparavant, participe aux débats. La colère est bien mauvaise conseillère : l’élue solidaire, qui a quitté l’enceinte, est maintenant dépeinte comme une victime par son parti. Sa collègue, Christine Labrie, porte-parole en matière d’« intimidation », a maintenant « du mal à regarder [ses] collègues dans les yeux », des élus qui tentent « d’ostraciser ceux et celles qui ne se conforment pas parfaitement aux codes de l’élite ».

L’Assemblée nationale est une institution reposant sur la tradition et, en ce sens, elle est extrêmement conservatrice. Son décorum peut paraître suranné, ses règles sont sans doute à revoir. Mais elle est une représentation, un théâtre, en quelque sorte, où une forme de décorum sera toujours de mise. Gageons que Catherine Dorion, grande gagnante de cette superficielle course à la visibilité, en est parfaitement consciente.

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28 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 9 novembre 2019 02 h 47

    Anecdote

    «On conviendra facilement que l’importance du premier enjeu l’emporte sur l’intérêt anecdotique du second.»

    Mais, l'éditorialiste a choisi de parler de l'anecdote.

    «Jeudi, avant la période de questions, des élues se sont opposées à ce que la députée de Taschereau, revêtue d’un coton ouaté rouge qu’elle avait déjà porté au Salon bleu auparavant, participe aux débats.»

    Justement, pourquoi l'éditorialiste ne se pose pas la question de savoir pourquoi des «élues» (vraiment, seulement des élues, pas d'élus?) se sont opposée.es à cette tenue (pas interdite par le réglement) cette fois et pas avant? Serait-ce possible que la partielle dans Jean-Talon soit un motif? On accepterait les «bullys» à l'Assemblée nationale, mais jurerait les combattre dans les cours d'école?

  • André Joyal - Inscrit 9 novembre 2019 07 h 19

    Rappelons-nous Cécile Duflot au Palais de Chaillot...

    elle, alors la papesse de l'écologie en Hexagone, presque toujours en jeans ou en pantalons noirs, s'est présentée à l'hémicycle avec une robe fleurie qu'aucune Québécoise de sa génération n'aurait jamais osé porter.
    Évidemment, bien involontairement, dans son cas, n'ayant rien d une Catherine Dorion, elle a attiré l'attention et les sourires, voire les sifflets moqueurs. Oui, ben pour dire!
    Pas facile le choix des vêtements pour les politiciennes. Pas d'avantage pour les animatrices ou «speakerines» à la télé : elles se sentent obligées de ne jamais porter le même attirail, alors que, pour les hommes, trois complets suffisent amplement. Dimanche soir, la cote d'écoute de TLMEP va gagner de précieux points à cause de la question - qui ne tue pas -, comment sera-t-elle vêtue? L'écoutera-t-on seulement? J'en doute.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 novembre 2019 07 h 50

    Prétexte à diversion


    En tout cas, l'éditorialiste y aura trouvé prétexte pour détourner pudiquement le regard des écarts répétés du gouvernement, non à l'égard du décorum et des traditions, mais des règles les plus élémentaires et fondamentales de la démocratie. Depuis un an que ça dure, le Bubble Head ne semble pas sur le point de se départir de l'admiration béate que le lui inspire son petit prince toujours bien costumé. En homme généreux, plutôt que de lui envier ce qui lui manque, il rend un hommage si entier à son intelligence et à son audace que n'eût été des incidents de cette semaine, il aurait pu continuer à régner sans partage sur l'AN, sur le Conseil des Ministres, sur l'administration. Notre bon Devoir semble vouloir lui conserver son indulgence un peu plus longtemps que le caucus, prenant peut-être le relais de ces 90% d'appuis FB dont le PM parlait l'autre jour et où, parmi des propos parfaitement respectables, on peut retrouver des exemples particulièrement saillants de xénophobie et de racisme sans qu'il s'en émeuve autrement.

    Malheureusement, Catherine Dorion donne dans le piège. Le scandale continu que constitue l'action de la CAQ n'a pas du tout besoin de ses cris du coeur, quelque déconvenue doive-t-elle en éprouver pour son égo. Cela dit sans déprécier celui-ci. Tout au contraire. Mais son immense talent ne doit plus servir à ceux qui veulent faire diversion en la discréditant.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 9 novembre 2019 10 h 08

      Rien n’échappe à votre regard Monsieur Maltais...

      Michel David, dans une chronique de cette même édition, fait le rappel que la CAQ a passé une très mauvaise semaine, mettant en évidence, son approche brouillon en matière d’immigration et de sélection d’étudiants étrangers au Québec pour y résider. Mais, comme approche les élections partielle dans Jean Tallon, Michel David s’empresse d’ajouter que le bon peuple de Québec va vite passer l’éponge!

      C’est dans ce contexte « pré-électoral » à Québec que s’inscrit la sortie des libéraux à l’encontre de Catherine Dorion, sous prétexte de decorum. La forteresse libérale de Jean Tallon, dans la prochaine élection partielle, risque de passer aux mains de la CAQ, mais aussi de QS! Les libéraux autant que la CAQ vont croiser leurs feux contre QS dans ce compté. Que le respectable quotidien « indépendant » Le Devoir, dans ce contexte pré-étorale, atténue les dérappages du nationaliste populiste Legault, est-ce étonnant? Mais plusieurs s’y habituent depuis le 1er octobre 2018 et le déclin du PQ.

  • Marc Therrien - Abonné 9 novembre 2019 08 h 48

    François qui pleure, Catherine qui rit


    En tout cas, maintenant avec la CAQ, le changement, on n’en demandait pas tant.

    Catherine Dorion, qui a fait des études et qui a des lettres, pourrait probablement répondre aux personnes qui l’accusent de faire de la provocation en citant Élizabeth Badinter qui croit que « la provocation est très précieuse » et même « nécessaire à la démocratie », ou encore, Bertolt Brecht pour qui la « provocation est une façon de remettre la réalité sur ces pieds ». Elle, qui est entre autres une actrice de théâtre, est maintenant engagée sur la scène du théâtre de la politique où, on peut en convenir, elle démontre qu’elle n’est pas la meilleure actrice. Pour le reste, Catherine Dorion continue de mettre en scène une véritable parodie de la joute politique des parlementaires dits au service du peuple, dans la « maison du peuple », en imitant ce qu’elle ne comprend pas, éliminant alors l’essentiel pour ne faire apparaître que des détails sans liens, tout en créant quand même du nouveau et du jamais-vu. Pourquoi vous si sérieux? Pourrait-elle demander en s’inspirant du Joker. En attendant d’en connaître les conséquences réelles, on peut trouver ça comique ou tragique.

    Marc Therrien

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 9 novembre 2019 17 h 25

      @M. Therrien Comique ou tragique? Je réponds quelque peu utile afin de faire évoluer ce que se déroule dans cette vénérable enceinte. Car oui l'on devait bien un jour ébranler le conformisme sentant la boule à mites qui s'y trouve. Bravo à Mme Dorion pour en contester la bienséance (dans le sens profond de ce nom signifiant une « Conduite sociale en accord avec les usages» Or les usages ont changé: au sein du conseil municipal de Montréal, du temps de Coderre, il était interdit de ne pas porter la cravate ou la boucle pour les hommes. C'est chose du passé depuis l'arrivée de Valérie Plante, comme c'est dénué de sens et tombé en désuétude d'imposer le port de ces foulard ritualisés au point d'être devenu des caricatures de l'écharpe orginelle.

  • Jean Jacques Roy - Abonné 9 novembre 2019 09 h 00

    Catherine Dorion, une députée élue dans une circonscription peuplée de monde ordinaire de Québec!

    Catherine Dorion n’invente aucune façon de s’habiller : des milliers sinon des millions de jeunes femmes s’habillent comme Catherine Dorion... même dans une ville conservatrice et très francophone comme la ville de Québec.

    Pourquoi autant de tappage, dans les medias poubelles et jusqu’à l’AN, autour d’une femme élue « en toute connaissance «  de cause par des gens bien ordinaire de la ville de Québec? En effet, le soir de son élection, il faut revoir les photos, qui entourent la nouvelle députée? On y voit une foule de jeunes et de moins jeunes en coton ouaté, en espadrilles et même certains portent des tuques! Catherine Dorion n’est pas unique ni au Québec, loin de là.

    Des milliers ou peut-être des millions de jeunes femmes sont aussi libres que Catherine Dorion dans leur façon de s’habiller, de se « maquiller » et, pour se faire comprendre, d’utiliser le français québécois! En grand nombre les jeunes femmes québécoises, féministes avouées ou pas, s’affirment sans complexe - par leur langage et façon d’être - face aux mononcles qui voudraient impressionner par leur vestons et cravates!

    Catherine Dorion n’a « pas » été élue à cause de sa façon de s’habiller. Elle l’a été à cause de ses idées, de sa proximité avec les gens, et par sa façon simple, directe et colorée d’exprimer ses positions et celles de son parti.
    Même plus, faut-il croire que les Denise Bombardier et certains de l’AN donnent autant que ça de l’imortance au « décorum » et aux habits de Catherine? Non, ce qui dérange c’est le « message » que Catherine véhicule: ses idées et les valeurs que cette élue transmet en toute transparence... et de façon libre!