La partie facile

Au rythme où le gouvernement Legault devance ses promesses électorales quand il s’agit de « remettre de l’argent dans les poches des Québécois », il épuisera son programme dès le prochain budget.

Le ministre des Finances, Eric Girard, a présenté une mise à jour économique et financière dopée par « la performance remarquable » de l’économie du Québec, selon les mots du ministre, mais aussi par un écart tout aussi remarquable entre les prévisions des bonzes du ministère quant à l’évolution des taux d’intérêt et la direction qu’ils ont prise en réalité.

Pour l’année en cours, il est prévu que l’État affichera un surplus de 1,4 milliard le 31 mars prochain, et ce, après une hausse de dépenses du même montant, dont un débours de 857 millions pour devancer ses engagements favorisant les familles avec enfants, une tranche importante de l’électorat caquiste.

Ainsi, le gouvernement Legault hausse l’allocation famille, selon son engagement, deux ans plus tôt que prévu, ce qui procurera à 679 000 familles 779 $ de plus par an en moyenne, ce qui n’est pas négligeable. Autre promesse phare qui est devancée de trois ans : l’abolition complète de la majoration du tarif de garde imposée par le gouvernement Couillard et le retour au tarif réduit unique pour les services de garde subventionnés. Les 140 000 familles visées toucheront en moyenne 1100 $ par an. Encore là, ce n’est pas négligeable.

Rendons à César ce qui appartient à César : Eric Girard a corrigé une iniquité qui pénalisait les plus démunis d’entre les démunis. Désormais, les 40 000 prestataires de l’aide sociale qui sont privés du crédit d’impôt pour la taxe de vente du Québec parce qu’ils ne produisent pas de déclarations de revenus obtiendront cette somme. Dans son dernier rapport rendu public en septembre, la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, était revenue à la charge pour réclamer qu’on leur verse leur dû.

En même temps que la mise économique et financière, le ministre des Finances a dévoilé les comptes publics qui montrent que, contrairement aux prévisions, le surplus réel pour l’année 2018-2019 n’est pas de 2,5 milliards, mais bien de 4,8 milliards, après le versement de 3,5 milliards dans le Fonds des générations. La vigueur de l’économie québécoise explique la moitié de cet écart considérable et l’autre moitié est imputable à des dépenses moindres.

Les résultats de l’an dernier — un surplus de 8,3 milliards avant le versement au Fonds des générations —, c’est du jamais vu. Dans ce contexte, la cible comprise dans la Loi sur l’équilibre budgétaire, soit une dette brute équivalant à 45 % du PIB, est atteinte dès cette année, six ans plus tôt que l’objectif originel, un an de moins que l’échéancier devancé de l’an dernier.

Fait inusité, Eric Girard annonce déjà qu’une partie du surplus de 1,4 milliard à la fin de l’année en cours sera consacrée au plan d’électrification des transports et de lutte contre les changements climatiques que dévoilera le ministre de l’Environnement, Benoit Charette. C’est un autre signe qu’on foule les « vallées verdoyantes » évoquées par Bernard Landry. Bref, l’état des finances publiques québécoises est reluisant.

Or il est plus facile de remettre de l’argent dans les poches des contribuables que d’améliorer les services publics, même si le gouvernement dispose des fonds pour le faire. On le voit en santé, où les réelles améliorations tardent à se concrétiser.

Alors que les négociations dans le secteur public s’amorcent, l’état exceptionnel des finances publiques a attisé l’appétit des syndicats. Eric Girard a indiqué que, dans sa mise à jour, la hausse de la rémunération des employés de l’État est limitée à l’inflation, soit 2 %. Or les salaires au Québec ont augmenté d’environ 5 % depuis un an. S’il est vrai que les employés de l’État méritent des augmentations décentes, l’accent doit être mis sur l’amélioration des services publics, ce qui passe d’ailleurs par de meilleures conditions de travail pour ceux qui les fournissent.

Québec solidaire a accusé le ministre des Finances de cacher des surplus. Il est vrai que, depuis l’imposition de l’austérité libérale, dans tous les budgets, on prévoyait l’équilibre financier pour aboutir finalement à des surplus. Et il est vrai que les fonctionnaires du ministère des Finances ont l’habitude de garnir de réserves tous les recoins des budgets. Il vaut mieux se tromper en faisant des surplus qu’en affichant des déficits.

N’empêche, et c’est particulièrement vrai en cette période de vaches grasses qui coïncident avec les négociations dans le secteur public, que la tentation est grande de tordre quelque peu les chiffres. Ainsi, il peut être difficile pour le public et les élus d’avoir une image fidèle de la situation, ce qui milite pour la création d’un poste de Directeur parlementaire du budget.

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5 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 8 novembre 2019 06 h 37

    Merci Trump.

    Le service de la dette coûte de moins en moins cher grace aux bas taux d'intérêt. Trump fait bien de maintenir en lesse son président de la FED.

  • Nicole Delisle - Abonné 8 novembre 2019 08 h 37

    Des grands oubliés encore une fois!

    C’est très bien des mesures pour les familles mais à quand des mesures pour les personnes seules et en particulier les aînés. Ce segment de la population est trop souvent ignoré dans les budgets, quels qu’ils soient. Pourtant, leurs rentes gouvernementales de retraités sont très peu indexées. Une population vieillissante qui s’accroit d’année en année inévitablement. À quand des mesures spécifiques pour cette partie de la population? Nous payons autant de taxes et d’impôts que le reste de la population et bien souvent nous sommes les plus grands fournisseurs du bénévolat au Québec. Nos services valent une mine d’or pour le gouvernement qui ne pourrait s’en passer. Pourtant, ce même gouvernement nous oublie bien vite dans ces mesures budgétaires! Nous donnons mais nous recevons peu en retour.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 8 novembre 2019 09 h 27

    Le parti de la facilité

    Quand le PLQ avait mis en place la contribution additionnelle, le but était de moduler le coût d'accès aux services selon les revenus. Curieusement, à part les barouds d'honneur des oppositions, la mesure avait soulevé beaucoup moins d'opposition que la hausse envisagée des frais scolarité, qui aurait pu avoir le même effet.

    La différence, c'est qu'en raison du manque de places en CPE, il en résultait que des gens devaient aller au privé sans en avoir les moyens alors que d'autres, mieux nantis mais plus chanceux, avaient leurs places en CPE. Avec la contribution volontaire, outre que les gens plus aisés payaient au final à peu près la mpeme chose quelque soit le régime dans lequel ils étaient, cette nouvelle tarification pour les CPE permettait de récupérer les sommes prévues au programme canadien.

    La suppression de la mesure est donc moins avisée que spectaculaire. Lire à ce sujet l'article de Stéphanie Grammond :

    https://www.lapresse.ca/actualites/201911/07/01-5248845-mini-budget-ca-va-crier-dans-les-garderies-privees.php

  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 8 novembre 2019 13 h 37

    À Richard M Desjardins,
    Je suis absolument contre la modulation des coûts de frais de garde.
    Si on veut remplir les coffres avec les riches, je suis bien d'accord, mais ne taxons pas le service aux enfants ou à la famille mais les voitures et produit de luxe.
    La famille riche ne devrait pas être pénalisé pour avoir eu des enfants mais pour rouler des voitures polluantes et trop cher exemple.

    Sinon je suis d'accord qu'il y a un manque pour les personnes agées. Les adultes en santé et sans enfants n'ont pas grand chose et c'est parfait ainsi.
    Pour le reste, dans une société, miser sur la famille c'est la seule chose à faire et de façon cyclique on y trouve tous un avantage, qui n'a pas été un enfant, n'est pas une soeur, un père ect....
    j"approuve ce budget à 80%! Mme.Blais les ainées ont besoin de votre influence parcontre d'ici le budget 2021.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 8 novembre 2019 16 h 00

      Il vous échappe peut-être que le reproche qu'on faisait à la modulation des tarifs, c'était justement non de taxer non les plus riches, qui payaient la même chose s'ils étaient au privé, mais de forcer tous les utilisateurs du réseau de participer à l'effort financier théoriquement nécessaire pour la santé de celui-ci, l'autre étant assurée à même les impôts. Le débat était sensiblement le même. Les plus hauts revenus ont toujours soutenu que des frais de scolarité modestes ou la gratuité se justifiait par les impôts et que ce n'était pas une mesure régressive.