Motion sur la Catalogne: le PLQ s’égare

Ainsi donc, à l’Assemblée nationale cette semaine, les libéraux ont bloqué une motion déplorant la « violence institutionnelle » dont a fait preuve l’État espagnol en condamnant neuf leaders indépendantistes catalans à des peines de prison de 9 à 13 ans pour avoir organisé un référendum d’autodétermination et participé à une déclaration symbolique d’indépendance.

Présentée par le député de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois et appuyée tant par les élus caquistes que péquistes, la motion réitérait « un appel à la négociation afin de trouver une solution politique, démocratique et pacifique au conflit actuel. »

Le libellé avait fait l’objet lundi et mardi de multiples échanges entre les partis.

En 2017, l’Assemblée nationale avait voté à l’unanimité une motion déplorant « l’attitude autoritariste » du gouvernement espagnol qui avait violemment réprimé les foules lors du référendum en Catalogne, tout en perturbant le vote. Les libéraux sous Philippe Couillard n’avaient pas tergiversé.

Mais aujourd’hui, les libéraux se montrent pusillanimes. Le leader parlementaire de l’opposition libérale, Marc Tanguay, a affirmé qu’il s’agissait « d’un dossier très délicat » qui touche une décision d’un tribunal d’un pays démocratique, membre de l’Union européenne. Lors du référendum, c’était la garde civile et les forces de police que Madrid avait envoyées pour mater les électeurs catalans ; aujourd’hui, il s’agit d’une décision d’un tribunal. Aux yeux des libéraux, c’est toute une différence.

Il faut tout de même rappeler que c’est une décision d’un tribunal espagnol qui, en 2010, a jugé inconstitutionnels quatre articles essentiels du statut d’autonomie octroyé en 2006 à la Catalogne. C’est cette décision ultralégaliste — une Constitution, ça s’interprète et même, ça se change — qui a mené à la montée du mouvement indépendantiste catalan. Pour certains juges des cours espagnoles, Franco n’est pas tout à fait mort.

Il faudrait donc faire semblant de rien et considérer que les peines démesurées imposées à des dirigeants politiques dûment élus ne sont pas un moyen d’écraser pour de bon la volonté politique du peuple catalan et d’annihiler toute prétention à son droit à l’autodétermination.

En pinaillant comme ils l’ont fait, les libéraux ne semblent pas se rendre compte qu’ils affaiblissent la signification de la motion, si tant est qu’elle soit reprise et qu’ils l’approuvent. C’est certes un message de pleutres à envoyer à un peuple ami, avec lequel le Québec entretient des relations directes avec son bureau à Barcelone, un peuple qui, lui, montre du courage.

Les libéraux ne se rendent pas compte aussi qu’ils affaiblissent la position du Québec puisque la situation des deux petites nations présente des similitudes. Les Catalans sont divisés : les indépendantistes ne formeraient pas la majorité — alors, pourquoi avoir empêché manu militari les électeurs de voter au référendum ?, peut-on se demander — mais une majorité favorisait l’obtention d’un véritable statut autonome. Les Québécois également sont divisés : les souverainistes sont minoritaires, mais nombre de fédéralistes ont déjà réclamé ou réclament encore une forme de statut particulier pour la nation. Dans les deux cas, le pouvoir central leur a servi une fin de non-recevoir. La comparaison s’arrête là puisque le malheur des uns ne peut ressembler au confort et à l’indifférence des autres. Et bien qu’ils poursuivent les mêmes fins — l’unité du pays —, Ottawa n’est pas Madrid.

Les libéraux affaiblissent la position du Québec au moment où le gouvernement fédéral conteste le droit du Québec de choisir son statut politique. Allié de Keith Henderson dans le but d’invalider des pans de la Loi sur l’exercice des droits fondamentaux et les prérogatives du peuple du Québec, le gouvernement fédéral, qui prend ses aises avec le renvoi de la Cour suprême sur la sécession, plaide le fait que l’indépendance ne peut se réaliser sans une modification constitutionnelle qui requiert l’approbation du fédéral et de sept provinces représentant au moins 50 % de la population, ou pire, leur unanimité. Bref, que l’indépendance est impossible. C’est la loi sur la clarté tout crachée, cette oeuvre de Stéphane Dion qui se veut un moyen ultralégaliste de mettre un verrou sur les choix politiques du peuple québécois, sa liberté « d’assumer son destin », comme dirait Robert Bourassa.

Les libéraux, qui tentent laborieusement de s’appliquer un vernis nationaliste, envoient un message contradictoire. On ne sait quels objectifs politiques ils poursuivent en bloquant une motion qui dénonce les abus d’un État central et qui va dans le sens du droit des nations à l’autodétermination. Gabriel Nadeau-Dubois a raison de dire que les libéraux sont déboussolés. Il est vrai qu’ils sont privés de chef, mais ce n’est pas une raison pour se comporter comme une poule sans tête.

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18 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 26 octobre 2019 08 h 40

    Respect de la souverainté espagnole

    Vous y allez un peu fort! L'État espagnol est souverain et sa souveraineté doit être respectée. Au gouvernement de Madrid de trouver une solution honorable dans son différend avec le gouvernement catalan. Sur le fond, je trouve la position du PLQ juste. Chacun son opinion.

    M.L.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 26 octobre 2019 10 h 43

      Tous les québécois ont droit à leur opinion meme de se ranger avec l'Alliance-Quebec et Stephane Dion,ce n'est pas mon cas

      ni celui de la majotité francophone qui connait l'Histoire.

      Les supporteurs de la royauté britannique demeurerons des colonisée. Hélas !

    • Claude Gélinas - Abonné 26 octobre 2019 11 h 39

      Toujours à droite ! Toujours la lettre de la loi sans interprétation libérale. Sans ouverture au droit des peuples à décider de leur avenir. À preuve votre fixation contre la Loi 21.

    • Michel Lebel - Abonné 26 octobre 2019 13 h 18

      @ Claude Gélinas,

      La loi 21 est une loi de pacotille, au fondement électoraliste, qui semble avoir été concoctée autour d'un comptoir de cuisine! Si le gouvernement avait voulu être sérieux en matière de laïcité, il aurait commandé un second rapport sur la laïcité même, comme le recommandait le rapport Bouchard-Taylor.

      Sachez que je ne suis pas contre la laîcité. Si l'ordre public et le bien commun l'exigaient vraiment, je ne serais pas opposé à ce que l'Interdiction de signes religieux s'applique à tous les employés de l'État et des services publics. Comme en France, je ratisserais large, s'il le faut. Mais le gouvernement du Québec, à ce jour, n'a jamais justifié sa loi. Voilà bien un exemple patent de mauvaise gouvernance.

      M.L.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 26 octobre 2019 14 h 08

      "Au gouvernement de Madrid de trouver une solution honorable dans son différend avec le gouvernement catalan." - Michel Lebel

      La solution "honorable" évoquée par Michel Lebel, le gouvernement espagnol croit l'avoir trouvée: elle se résume à quelques bons coups de matraque et plusieurs années de taule. Maintenant on fait quoi, Monsieur Lebel, pour éviter de légitimer ce type de violence et de répression?

      Là est la véritable question. Une question à laquelle vous évitez soigneusement de répondre.

      Vous tenez mordicus à vous abstenir de critiquer le gouvernement espagnol dans son action alors que vous n'hésitez pas à déchirer votre chemise à propos de la loi québécoise sur la laïcité. Cela veut-il dire que si cette dernière était plus répressive, en préconisant entre autres le matraquage et l’incarcération des femmes voilées récalcitrantes, elle trouverait davantage grâce à vos yeux?

    • Michel Lebel - Abonné 26 octobre 2019 17 h 52

      @ M. Morin,

      Sachez que j'abhorre toute forme de violence, étatique ou autre, dans quelque pays que ce soit. Aux Catalans et Espagnols de trouver une solution pacifique à leur différend. Je dis bien à ''leur'' différend.

      M.L.

  • William Dufort - Abonné 26 octobre 2019 08 h 43

    "Les Québécois également sont divisés : les souverainistes sont minoritaires, mais nombre de fédéralistes ont déjà réclamé ou réclament encore une forme de statut particulier pour la nation."

    Mais pas nos anglos. Ils veulent une province de Québec comme toutes les autres provinces. Ils acceptent un statut particulier seulement pour les aspects folkloriques des Canadiens Français comme la ceinture fléchée, la poutine, les "Habs" de montréal comme dans "Go Habs Go". Bref tout ce qui est amusant et inoffensif. Cela n'est pas nouveau. C'est notre histoire depuis la conquête.

    Ce qui est triste dans tout ça c'est de voir le PLQ qui nous a sorti de la grande noirceur et a lancé le mouvement d'affirmation nationale du Québec dans les années '60, être devenu l'intrument de nos Anglos dont le but principal est de réprimer tout sentiment nationaliste au Québec. Ça a donné les résultats que l'on connait aux dernières élections. Et ça a donné la position du PLQ face à cette motion. Les Libéraux aiment mieux fermer les yeux face à une injustice flagrante de peur que la très mesurée motion de QS ne renime les braises du nationalisme québécois.

    Le PLQ est devenu la réincarnation de Alliance Québec. C'est un choix qu'on doit respecter. C'est également un choix qui va faire les choux gras de la CAQ,

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 26 octobre 2019 10 h 51

      M.Dufort ,d'accord avec vous.Vos 2 dernieres lignes résument bien la situation actuelle.

  • Claude Bariteau - Abonné 26 octobre 2019 09 h 44

    Le PLQ dort dans le lit du PLC sous les couvertes d'un pays construit à coup de fusils, d'écrasement des peuples autochtones, d'éradication des mouvements d'affirmation émanant du Québec en 1830-1838 et 1976-1995 suivie de l'enrôlement des immigrants à ses vues de conquistadors précisées par un Stéphane Dion qui fit carrière au Canada pour étouffer ce qu’il considérait une dérive alors qu’il s’agissait d’un souffle de liberté.

    Alors, que ce parti refuse une motion somme toute des plus justifiées pour discréditer le gouvernement espagnol et sa cour n’a rien de surprenant. Il est toujours le bras droit qu’il est devenu du gouvernement Chrétien sous les Charest et Couillard pour finir une job entreprise en 1968 qui a montré des dents en 1982 et est devenu l’art d’exterminer tout élan visant à renforcer les pouvoirs du Québec, mais aussi toute approche de nature citoyenne, actuellement en gestation, pour créer le pays du Québec.

    Le PLQ est en respiration artificielle au Québec et se nourrit d’oxygène emmagasiné à l’ouest depuis les années 1820 et revigoré avec des bombonnes depuis 1970 lancées sur le Québec pour faire du Québec un petit Canada alors que le Québec marchait pour devenir autre chose qu’une banale province et avait mis en place des moyens pour y arriver en pratiquant ce qui en a toujours fait sa particularité : l’accueil et l’ouverture.

    Le PLC des Trudeau I à Trudeau II, qui a toujours vu les habitants du Québec sous la coupole de Londres et d’Ottawa, ont tout fait et feront toujours tout pour faire valoir la destinée civilisatrice britannique et celle qu’ils voudraient pour le Canada en sachant très bien qu’ils se doivent de déformer tout ce que s’est fait et se fera au Québec parce que, à leurs yeux, c’est impossible que ça puisse se faire à l’encontre de leurs vues.

    Alors, le petit frère du Québec les suit pas à pas, s'accoquine avec leurs copains et tient leurs propos comme des perroquets.

    • Marc Pelletier - Abonné 26 octobre 2019 11 h 18

      M. Claude Baribeau,

      Au Québec, les masques sont tombés depuis la récente élection au féderal : M. Legault a levé toute ambiguïté en faisant un acte de foi en faveur d'un Canada uni. Les appuis que la CAQ a obtenus d'un nombre important de libéraux et de péquistes, lors de la dernière élection provinciale, risquent de fondre comme neige au soleil lors de la prochaine élection. Les mariages sont de plus en plus de courte durée au Québec d'autant plus que non-dit vient d'être dit.

      En ce qui concerne l'Espagne et la Catalogne, le Québec n'a pas à s'immiscer dans les affaires juridiques d'un pays.

    • Claude Bariteau - Abonné 26 octobre 2019 12 h 33

      M. Pelletier, vous déformez à répétition mon nom je ne sais trop pourquoi, peut-être pour me faire porter un masque et défendre la position du PLQ-PLC.

      La motion présentée à l'Assemblée nationale exigeait l'aval des quatre partis. L'un d'eux a refusé, exerçant du coup sa tutelle sur les autres partis qui l'appuyaient. Ça donne 25% des gens qui censurent l'expression de l'Assemblée nationale que rien n'empêche, exception de cette unanimité dérisoire recherchée, de dire ce qu'elle pense.

  • Louise Collette - Abonnée 26 octobre 2019 09 h 53

    Merci

    Merci Monsieur Dutrisac, un article qui fait du bien, même si c'est triste à voir.

    Pour une fois, une fois n'est pas coutume, ;-) je suis d'accord avec Gabriel Nadeau-Dubois.

    Et la poule pas de tête, c'est exactement ce qui se produit en ce moment, pas de meilleure image.

    Je leur souhaite longue vie dans l'opposition, sont pas sur le point de se trouver une tête. Et on se demande, quelle tête aurait envie d'aller se greffer au PLQ, misère.
    Je ne dis pas ça méchamment, je constate, tout simplement.

  • Marc Therrien - Abonné 26 octobre 2019 11 h 05

    S'égarer sans pour autant marcher sur la tête


    Le PLQ semble pourtant cohérent avec ses valeurs. Je ne pense pas que la métaphore de la poule qui court sans tête lui convienne dans ce cas-ci. Courir dans tous les sens de façon désorientée ou désordonnée me semble davantage être l’apanage des têtes nationalistes, souverainistes ou indépendantistes.

    Marc Therrien

    • Bernard Plante - Abonné 26 octobre 2019 21 h 48

      Le PLQ est effectivement cohérent avec ses valeurs: il endosse un gouvernement central prêt à user des tous les moyens, incluant la violence, pour mater les indépendantistes.