Fini le règne de la banalisation

Il était politiquement impossible de rester de marbre devant les révélations percutantes d’équipes de journalistes démontrant la présence de plomb dans l’eau des écoles et des résidences, et surtout, l’inaction des gouvernements pourtant très au fait de cet enjeu de santé publique. Québec et Montréal ont occupé mercredi la tribune politique pour annoncer comment ils allaient rectifier le tir. L’heure n’est plus à la banalisation.

Après quelques tergiversations et un règne d’immobilisme, Québec se range aux normes édictées par Santé Canada et fixe à 5 parties par milliard (ppb) la concentration maximale tolérée de plomb dans l’eau. La méthodologie d’échantillonnage préconisée désormais permettra de prendre la véritable mesure au lieu d’un échantillon édulcoré sous-évaluant de manière scandaleuse les niveaux de plomb : désormais, le premier jet d’eau après une stagnation de 30 minutes sera testé, plutôt qu’une eau ayant coulé pendant cinq minutes.

Les citoyens de Montréal peuvent aussi mieux respirer, car la mairesse, Valérie Plante, a annoncé une série de mesures rigoureuses : dépistage dans 100 000 bâtiments, remplacement systématique des canalisations de plomb, et ce, même pour les conduites privées, et dispositifs de filtration aux résidents en attente de travaux. Ce plan d’action diligent suit toutefois quinze ans de laxisme — et du laxisme lucide ! Même chose pour Québec talonné par des chercheurs depuis une dizaine d’années sur les risques de sous-évaluation et de stratégie minimaliste sur la santé des citoyens. Même la direction de la santé publique du Québec, qui a notamment analysé le problème dans les écoles, n’a pas jugé bon d’élever le niveau d’alerte. Les journalistes ont fait oeuvre utile en alertant la population. L’aveuglement n’était plus possible.

L’affaire n’est pas réglée pour autant, car en demandant aux municipalités de se doter d’un plan d’action, Québec risque de découvrir un joyeux chaos. Notre équipe d’enquête révèle en effet aujourd’hui un nouveau chapitre de gestion municipale opaque, où des citoyens, dont les conduites d’eau laissent passer des niveaux effarants de plomb, n’ont pas été prévenus du danger pour leur santé. Il faudra plus qu’un simple énoncé de politique pour convaincre les récalcitrantes d’agir.

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2 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 24 octobre 2019 07 h 27

    Une tempête dans un verre d'eau

    Beaucoup d'exagération dans ces alertes.
    Quand j'étais jeune, il y avait beaucoup de plomb dans les tuyauteries. Il suffisait de laisser couler l'eau un moment pour avoir de l'eau fraîche.
    Il me semble que modifier les entrées d'eau des lieux publics tels que les écoles serait une mesure suffisante.

  • Danièle Jeannotte - Abonnée 25 octobre 2019 09 h 35

    Un dilemme

    L'instrument interactif mis en ligne par la ville de Montréal m'a donné l'information suivante : «il est possible qu'il y ait au moins une entrée de service en plomb sur le terrain situé à cette adresse». Me voilà bien avancée : je ne sais même pas s'il y a ou non une conduite et s'il y en a une, où elle est située.
    Je bois l'eau du robinet à mon adresse actuelle à raison d'un litre par jour depuis 15 ans et je ne présente aucun symptôme d'empoisonnement au plomb mais toute cette histoire risque d'inciter encore plus de gens à se tourner vers l'eau embouteillée, laquelle n'est souvent pas autre chose que de l'eau «ordinaire» qu'on a embouteillée sans autre forme de traitement et qu'on nous vend comme un produit pur, voire exotique. Pour ceux qui se préoccupent de l'environnement, il faut savoir que les bouteilles vides se retrouvent le plus souvent dans une décharge, ce qui ajoute au problème du plastique lâché dans la nature. N'oublions pas non plus que les entreprises nous vendent cette eau, qu'ils ont achetée pour trois fois rien, à des prix exorbitants.
    Je ne conteste pas la nécessité d'informer les citoyens des dangers de la présence du plomb dans l'eau, ni celle de changer au plus vite les entrées de service en question mais on est en train de créer une panique qui profitera avant tout aux entreprises qui vendent de l'eau embouteillée ou des filtres de type Brita. Espérons que nous aurons bientôt une idée plus précise des secteurs à risque et des mesures à prendre.