Un Bloc fort dans un Canada libéral

La campagne électorale qui s’achève fut d’une grisaille telle que les deux principaux partis se disputant la gouverne du pays, les libéraux et les conservateurs, ont fait du surplace dans les intentions de vote. Les voilà au coude à coude dans un scénario de gouvernement minoritaire d’une couleur encore incertaine, à reprocher tous les deux au Bloc québécois sa seule existence. L’absence de lustre dans cette campagne contraste avec la diversité des options à la disposition des électeurs. Du Parti vert au Parti populaire du Canada, en passant par le PLC, le NPD, le PCC et le Bloc, l’axe gauche-droite n’a jamais été aussi coloré qu’en cet automne 2019.

L’impression nette qui se dégage de la campagne est à l’effet contraire. Le PCC et le PLC ont joué sur la peur et le dénigrement de leurs chefs respectifs. Ils ont traité les électeurs comme des segments d’audience sur les réseaux sociaux, en multipliant les annonces en droite ligne avec le clientélisme.

On peut résumer l’égalité dramatique entre les libéraux et les conservateurs en quelques mots. Le chef libéral, Justin Trudeau, n’a pas su défendre les éléments progressistes de son bilan. Les avancées que sont l’adoption d’une taxe sur le carbone, les efforts pour sortir plus de 800 000 personnes de la pauvreté, l’adoption d’une politique basée sur la santé publique avec la légalisation de la marijuana et les efforts pour accroître le pouvoir d’achat de la classe moyenne figurent parmi les réalisations enviables du gouvernement Trudeau. Dans toutes ses prestations lors des débats, M. Trudeau a donné l’impression d’un homme qui jouait de prudence. Trop. Si bien qu’il a permis à un adversaire aussi inepte qu’Andrew Scheer de lui chauffer les fesses.

De son côté, Andrew Scheer s’est montré particulièrement virulent dans sa critique de ce « menteur » en habits de premier ministre qu’est pour lui Justin Trudeau. Mais il n’a pas su proposer une solution de rechange valable pour dégommer le premier ministre sortant. La lassitude à l’égard du chef libéral n’a rien à voir avec celle qui avait contribué à la défaite de Stephen Harper en 2015.

L’électeur qui aspire à la stabilité est contraint de choisir entre un gouvernement libéral aux contours brouillons, le coeur sur la main et tous les apôtres du multiculturalisme en pâmoison. Ou le retour au conservatisme, version Harper, avec le saupoudrage de sucreries fiscales pour les familles et les particuliers, et la mise au rancart de la décarbonisation de l’économie au profit d’un corridor énergétique pensé en fonction des intérêts pétroliers dans l’ouest du pays. Un peu plus à l’ouest, un peu plus à droite : les conservateurs n’ont plus ce ressort progressiste d’antan, hormis quelques candidats d’exception au Québec qui doivent se sentir à l’étroit dans le caucus. Que sont devenus les « red tories » ?

Les conservateurs n’en peuvent plus que surgissent des questions sur la position du parti en matière d’avortement ? C’est bien la faute de leur chef. M. Scheer a définitivement tourné la page sur le mariage gai : il n’évoque pas la possibilité de permettre le vote libre sur la question, ni l’existence d’opinions divergentes sur la question. Avec l’avortement, c’est le contraire et c’est tout ce que le lobby pro-vie espère pour le moment. Même si M. Scheer ne rouvrira pas le débat, ses députés pro-vie pourront présenter des projets de loi et poursuivre leur stratégie d’avancement et de sensibilisation du public pas à pas. Le Québec est particulièrement allergique à ce genre de duperie.


 
 

Vue du Québec, la réélection de Justin Trudeau est un moindre mal. Il poursuivra dans l’adoption de politiques publiques progressistes, n’en déplaise à ses adversaires qui lui reprochent son hypocrisie symbolisée par l’achat d’un pipeline en pleine transition énergétique. Les libéraux sont dépensiers à outrance et empilent les déficits en période de prospérité, mais leur cadre financier reste moins débonnaire que celui du NPD et du Parti vert. Sans virer à droite, le Canada ne peut pas sérieusement glisser plus à gauche qu’il ne l’est déjà.

Certaines positions de Justin Trudeau sont loin de susciter l’enthousiasme du Devoir. Il est à peine moins envahissant que le NPD dans les intrusions dans les champs de compétence des provinces. À ce sujet, le respect de l’autonomie des provinces est bien là une qualité qu’il faut reconnaître aux conservateurs. M. Trudeau est incapable d’affirmer sa fierté d’être Québécois sans avancer qu’il est aussi fier d’être Canadien. Il n’est jamais trop pressé de monter aux barricades lorsque le Québec est taxé de racisme ou de xénophobie. Et s’il dispose d’une majorité confortable, il ne se gênera pas pour intervenir dans le débat juridique sur la constitutionnalité de la loi québécoise sur la laïcité. Ses déclarations en anglais sont nettement plus affirmées que celles en français sur la question. Son langage par défaut est le multiculturalisme, certainement pas l’interculturalisme, qui est un meilleur garant de la vitalité de la langue et de la culture francophone.

À ce chapitre, le Bloc québécois, que l’on croyait mort et enterré il y a à peine quelques mois, est un meilleur défenseur de la particularité du Québec. Il fera un chien de garde idéal à un gouvernement libéral. Yves-François Blanchet a mené une campagne honnête, en réussissant l’exploit de contenir son caractère bouillant. Ses candidats ne méritent pas tous d’être élus : il n’y a pas de place pour les bigots qui s’agrippent à la périphérie du parti.

En dépit de sa position alambiquée sur le troisième lien à Québec et le projet GNL au Saguenay, M. Blanchet a fait preuve de limpidité dans son propos. Son principal avantage sur les autres chefs est d’avoir fait la lecture appropriée de l’humeur des électeurs québécois. Il ne défend pas un projetsouverainiste, contrairement aux scénarios d’épouvante esquissés par M. Scheer, mais un projet caquiste. Les priorités du Bloc sont celles du gouvernement Legault. Voter pour le Bloc, c’est voter pour le Québec, dit-il.

Retrouver le chemin des victoires serait-il aussi simple ? La montée du Bloc ne tient pas tant au caractère exceptionnel de sa campagne qu’à l’exceptionnelle insensibilité des autres candidats à la singularité du Québec. C’est comme si M. Blanchet était le seul à avoir compris les conséquences de la reconfiguration du Québec en Caquistan au lendemain du 1er octobre 2018.


 
 

Dans la dernière ligne droite, le Bloc est dépeint par les formations adverses en alternance comme étant une entrave à la formation d’une majorité conservatrice, d’une majorité libérale ou encore d’une opposition forte du NPD. Les progressistes fédéraux devraient tourner le blâme vers eux. Le chef du NPD, Jagmeet Singh, est bien sympathique, mais personne ne le prend au sérieux lorsqu’il affirme que Justin Trudeau « flashe à gauche et tourne à droite ». Ce dépensier a doublé le NPD sur la gauche. Même en scrutant le NPD et le PLC de près, dans leur incarnation actuelle, on ne peut trouver de divergences fondamentales empêchant leur rapprochement.

Les conservateurs ont dirigé le Canada pendant dix des seize dernières années. Ils n’y seraient jamais parvenus sans la fusion de l’Alliance canadienne et du Parti progressiste conservateur en 2003, l’un des legs durables de Stephen Harper et de Peter MacKay. Au lendemain du scrutin 2019, la division du vote entre le NPD et le PLC aura peut-être produit un gouvernement conservateur. Ce ne sera pas la faute du Bloc québécois si les deux plus grandes formations de gauche n’ont pas encore compris que leur salut passe par une fusion. En revanche, il sera de la responsabilité du Bloc de veiller au respect des valeurs progressistes, de la particularité du Québec et d’étirer au maximum l’élastique du fédéralisme asymétrique.

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106 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 19 octobre 2019 00 h 35

    La «proportionnelle», le «Weed - le Grass», etc. Misère!

    Pour le «pot»? Ok! Il a livré. Pour la «proportionnelle»?! Sa «THC» (lire «très haute considération» - i.e. lui-même), il va se la prendre dans la tronche ce lundi prochain. Ça va être une «proportionnelle nationale» et distincte (ouille!). Ceci n'est pas un commentaire, mais une simple observation.

    JHS Baril

    • Cyril Dionne - Abonné 19 octobre 2019 09 h 13

      Lol. Bien dit.

      Ceci dit, pourquoi M. Myles sous-entend que libéraux seront encore au pouvoir le 22 octobre 2019, coalition ou pas? En fait, il n'y aura pas de coalition parce que les gens n'ont pas voté pour cela. Ceux qui entretiennent cette idée risquent d'être sanctionnés très sévèrement par les citoyens à la prochaine élection dans moins de deux ans suite au gouvernement minoritaire. Le Bloc sera le chien de garde des Québécois à Ottawa et veillera à leurs intérêts.

      Le Bloc québécois, c’est le Québec et c'est NOUS. Qui d'autre défend bec et ongles les aspirations et les droits inaliénables des Québécois à vivre selon leurs valeurs, loi 21 sur la laïcité oblige? Les libéraux, les conservateurs, les néo-démocrates et les verts qui sont tous des partis fédéralistes, centralisateurs, multiculturalistes et anglophones et contre la loi 21? Misère. Au Québec nous parlons d'une même voix, celle qui respecte l'égalité de tous et la liberté d'expression dans une communauté inclusive et ouverte sans toutefois perdre nos repères dans une langue qui porte son histoire à travers ses accents. Aujourd'hui, nous sommes tous Catalans. Le lendemain du 21 octobre, nous serons tous Québécois.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 19 octobre 2019 10 h 14

      Votre discours

      Mais, Monsieur Myles, dites-moi comment le Canada peut demeurer libéral sans le Québec, si le Québec vote Bloc, un parti qui a déjà fait le plein de députés sous Gilles Duceppe ! Dites-moi, quel est la bilan de Gilles Duceppe ? A-t-il amélioré la destinée des Québécois ?

    • Christian Montmarquette - Abonné 19 octobre 2019 10 h 18

      "Le Bloc québécois, c’est le Québec et c'est NOUS" - Cyril Dionne

      70% de Québécois rejettent le Bloc.

      Faut être chauvin et prétentieux pour prétendre que le Québec c'est le Bloc, quand on sait que le Bloc québécois n'obtient que 30,8% des voix au Québec selon Québec 125 du 18 octobre 2019.

      Autrement dit, que 70% de Québécois rejettent le Bloc.

      Qui plus est, avec avec les 4 candidats racistes que le Bloc a décidé d'endosser.

      Référence :

      http://canada.qc125.com/districts/quebec.htm

    • Marc Pelletier - Abonné 19 octobre 2019 10 h 47

      @ M.Cyril Dionne,

      Dans vos rêves, vous confondez la Catalogne et le Québec : du pareil au même ! ? Les québécois ne se comparent pas aux catalans : croyez -vous sérieusement que nous sommes prêts pour une révolution ?

      Reprenez votre souffle : dans x ou y années, la CAQ ( avec Legault ), le Bloc et le PQ ne réussiront pas, malgré toutes leurs circonvolutions à faire avaler leur couleuve ( l'Indépendance ) à une majorité de Québécois.

      Profitez de ce moment d'euphorie car il sera de courte durée : la dure réalité des changements climatiques vous ramènera bientôt sur terre.

      Je vous souhaite toutefois une bonne soirée lundi soir.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 19 octobre 2019 14 h 22

      Parlant de proportionnelle. Simplement rappeler que M. Trudeau et M. Legault ont promis formellement la proportionnelle. M. Legault avait même ajouté qu'il ne répéterait pas le cynisme de l'autre et que l'élection de 2022 se ferait selon la proportionnelle (sic).

    • Jean Duchesneau - Abonné 19 octobre 2019 14 h 23

      Syllogisme Montmarquettien

      Selon un sondage, 30% des Québécois ont mangé de la tarte aux pommes lors du souper de la fête d'action de grâce;

      Donc, 70% des Québécois n'aiment pas la tarte aux pommes!?!?!?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 19 octobre 2019 15 h 03

      @ M. Montmarquette

      Et le chef du NPD, très soucieux de défendre les valeurs québécoises, s'est félicité, ouvertement, que des municipalités hors Québec aient adopté des résolutions condamnant la loi sur la laïcité québécoise:
      https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1325785/jagmeet-singh-nouveau-parti-democratique-quebec-laicite

      Comment un Qsiste indépendantiste peut-il voter pour ce parti ayant la réputation de proposer le programme pancanadien le plus centralisateur?

    • Cyril Dionne - Abonné 19 octobre 2019 15 h 13

      @Montmarquette

      90% des gens rejettent Québec solidaire. Et c'est probablement plus aujourd’hui avec leurs positions hypocrites de la dernière élection.

      Ceci dit, pourquoi Québec solidaire, un parti qui se dit indépendantiste, supporte une parti fédéraliste, centralisateur et multiculturaliste come le NPD? En plus, leur chef est religieux et se promène avec un signe ostentatoire impossible à manquer tout en se disant laïc. Il faut le faire, pour mentir comme cela, il faut être sincère et se croire. Là-dessus, il rejoint la position hypocrite de QS. On imagine que c’est parce que le Bloc va se faire élire dans les circonscriptions de QS à Montréal en rejetant le NPD.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 19 octobre 2019 17 h 26

      "Faut être chauvin et prétentieux pour prétendre que le Québec c'est le Bloc, quand on sait que le Bloc québécois n'obtient que 30,8% des voix au Québec selon Québec 125 du 18 octobre 2019.

      Autrement dit, que 70% de Québécois rejettent le Bloc." - CM

      Il serait intéressant, de la part de Monsieur Montmarquette, d'appliquer le même raisonnement au pourcentage des voix recueillies par Québec Solidaire lors des dernières élections provinciales.

    • Christian Montmarquette - Abonné 19 octobre 2019 20 h 19

      - Le Québec c'est Nous !

      - Et nous sommes 30% à penser que nous sommes 100% !

      Assumez-vous.

    • Christian Montmarquette - Abonné 19 octobre 2019 22 h 08

      « 90% des gens rejettent Québec solidaire » - Cyril Dionne

      1 ) Vous mentez aux vu et au su de tout le monde, puisque tout le monde sait que Québec solidaire a obtenu 16% des voix.

      2 ) Québec solidaire ne prétend pas que le Québec c'est lui, comme les chauvins du Bloc..

      On est pas « Le Québec c'est NOUS » avec 30% des appuis populaires,

      3 ) Nous sommes en élections fédérales en 2019, et nul ne sait combien de Québécois appuieront Québec solidaire en 2022.



    • Cyril Dionne - Abonné 19 octobre 2019 22 h 27

      @Montmarquette

      Vous ne répondez jamais aux questions. Encore une fois, pourquoi Québec solidaire, un parti qui se dit indépendantiste, supporte un parti fédéraliste, centralisateur et multiculturaliste comme le NPD et non pas le Bloc québécois? On imagine que c'est encore le mystère de la Caramilk.

      Pour le reste, vous m'en direz des nouvelles le 21 octobre.

    • Christian Montmarquette - Abonné 20 octobre 2019 04 h 49

      "Vous ne répondez jamais aux questions, pourquoi Québec solidaire, un parti qui se dit indépendantiste, supporte un parti fédéraliste centralisateur." - Cyril Dionne

      1 ) Québec solidaire n'a JAMAIS appuyé aucun parti aux élections fédérales depuis sa fondation.

      2 ) Le NPD n'est pas centralisateur et propose un fédéralisme asymétrique.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 octobre 2019 06 h 01

      @Montmarquette

      En passant. l’appui des francophones du Québec au Bloc québécois, est de 40 % des intentions de vote chez les francophones ce matin selon Léger.

    • Christian Montmarquette - Abonné 20 octobre 2019 13 h 24

      "L’appui des francophones du Québec au Bloc québécois, est de 40% - Cyril Dionne

      Il serait intéressant de connaitre le pourcentage de racistes qui appuient le Bloc.

      Après tout, le Bloc en présente 4 comme canditats.tes pour les représenter.

    • Christian Montmarquette - Abonné 20 octobre 2019 18 h 15

      "Syllogisme Montmarquettien" - Jean Duchesneau

      - Que dites-vous du syllogisme de comparer les élections fédérales avec des tartes ?

      Merci d'avance de faire connaitre vos talents culinaires à Cyril Dionne, auquel vous vous êtes bien gardé de répondre. ...partisannerie, quand tu nous tiens..

      « 90% des gens rejettent Québec solidaire » - Cyril Dionne

  • Mario Jodoin - Abonné 19 octobre 2019 01 h 25

    Aucune surprise

    Mais l'argumentaire déçoit.

    «le Canada ne peut pas sérieusement glisser plus à gauche qu’il ne l’est déjà.»

    Ah bon. Dans une période où, compte tenu du vieillissement de la population et du dérèglement climatique, il est au contraire essentiel de glisser plus à gauche. Le Canada a pourtant déjà viré bien plus à droite avec Harper qu'avec les Mulroney et Clark qui l'ont précédé. Et, soyons clair, le NPD ou le parti Vert ne prendront pas le pouvoir, mais ils pourraient inciter un gouvernement libéral à laisser de côté ses tendances à virer à droite une fois au pouvoir.

    Er, quant à moi, la «position alambiquée sur le troisième lien à Québec et le projet GNL au Saguenay», notamment discrédite le Bloc, lui qui se présentait en début de campagne comme le plus vert des partis. Dommage...

    • Raymond Labelle - Abonné 19 octobre 2019 05 h 36

      On ne détermine pas si un parti est plus à gauche qu'un autre en comparant l'ampleur du déficit qu'on lui attribue.

      À la dernière campagne électorale fédérale, on n'a cessé de répéter que le PLC avait dépassé le NPD à gauche parce que le NPD visait un budget équilibré et le PLC un déficit attribuable à ses dépenses d'infrastructures. Le NPD voulait justement dépasser ce cliché "l'ampleur du déficit prévu est le seul déterminant de l'échelle gauche-droite" et "gauche= nécessairement déficit plus grand") mais la répétition constante du cliché a été la réponse des commentateurs des médias, eux dont un des rôles est justement de relever les erreurs de perception.

      Pour savoir si un parti est plus à gauche, on regarde dans quoi il veut dépenser, ce que sont ses sources de revenus (p.ex. s'attaquer aux paradis fiscaux ou progressivité accrue) et aussi la nature des mesures qu'il adopte (qui n'impliquent pas toujours nécessairement des dépenses). Ce n'est pas la même chose. On voit encore la même répétition de ce cliché chez M. Myles aujourd'hui:

      "Les libéraux sont dépensiers à outrance et empilent les déficits en période de prospérité, mais leur cadre financier reste moins débonnaire que celui du NPD et du Parti vert. Sans virer à droite, le Canada ne peut pas sérieusement glisser plus à gauche qu’il ne l’est déjà." BM

      "Le chef du NPD, Jagmeet Singh, est bien sympathique, mais personne ne le prend au sérieux lorsqu’il affirme que Justin Trudeau « flashe à gauche et tourne à droite ». Ce dépensier a doublé le NPD sur la gauche. Même en scrutant le NPD et le PLC de près, dans leur incarnation actuelle, on ne peut trouver de divergences fondamentales empêchant leur rapprochement." BM
      nces fondamentales empêchant leur rapprochement." BM

    • Nadia Alexan - Abonnée 19 octobre 2019 06 h 24

      Je suis d'accord avec monsieur Mario Jodoin, que l'idée: «Le Canada ne peut pas sérieusement glisser plus à gauche qu’il ne l’est déjà,» est absurde. Le Canada qui appuie les paradis fiscaux et qui refuse de taxer les GAFAM de ce monde; ce Canada qui exporte des véhicules blindés à l'état voyou de l'Arabie saoudite et qui achète des pipelines avec notre argent, pendant qu'il se réclame de la vertu de contrer les énergies fossiles; ce Canada qui encourage le tribalisme et le sectarisme religieux pour s'assurer d'une banque de votes ethniques n'a rien de gauche là-dedans.
      Nous sommes loin des pays scandinaves comme la Norvège qui vient d'adopter «un budget climat», avec une autre priorité, en mesurant ses surplus ou ses déficits en émissions de gaz à effet de serre (GES).
      Ainsi que la Nouvelle-Zélande qui vient d'adopter «le budget bien-être»: «La Nouvelle-Zélande est devenue, ce printemps, le premier État à présenter un budget se fixant pour priorité l’amélioration de la qualité de vie individuelle et collective de ses citoyens. Cette fois-ci, il s’agit d’étudier, de prioriser et de budgéter les politiques en fonction non pas seulement de l’augmentation du produit intérieur brut (PIB) et des autres habituelles mesures économiques, mais de 61 indicateurs allant aussi de l’ampleur des problèmes de solitude au degré de confiance dans les institutions gouvernementales, en passant par la qualité de l’eau, la santé et le logement.» https://www.ledevoir.com/economie/565106/analyse-des-gouvernements-qui-budgetent-autrement
      Ayant dit cela, je suis fière de l'appui de mon Devoir au Bloc Québécois pour les élections du 2019, malgré la position ambigüe de monsieur Blanchet sur le projet GNL et le 3e ligne.

    • Claude Bariteau - Abonné 19 octobre 2019 08 h 34

      Il n'y a rien d'alambiqué à attendre la position du BAPE, un outil créé pour cerner les tenants et aboutissants de projets controversés avant de prendre position, ce qui revient au Québec de décider et le Québec n'est pas le Caquistan.

      Vous estimez que cette position ne tient pas la route. Moi oui, car elle permet d'avoir en mains des motifs pour convaincre ceux et celles qui appuient ces projets d'avoir une position qui ne soit pas pour des emplois à cour terme ou des rêves pour circuler en automobile alors que transport en commun serait plus approprié.

      Je ne vois pas comme vous la pertinence de GNL-Saguenay et je doute que les analyses du BAPE, si elles ne se retreignent pas à l'usine et prennent sérieusement en considération les GES en amont et en aval, donnent un feu vert.

      Quand au troisième-lien, dont la nécessité existe, celui projeté est hors de l'entendement. Il demeure une idée à retravailler autour d'une approche innovatrice axée sur le transport en commun.

    • Christian Montmarquette - Abonné 19 octobre 2019 08 h 55

      Corrigé.

      @ Mario Jodoin

      " Le Canada ne peut pas ((( sérieusement ))) glisser plus à gauche qu’il ne l’est déjà." - Brian Miles

      - Bien d'accord avec vous M. Jodoin!

      C'est le même discours éteignoir que la droite qui veut sans cesse nous faire croire que ce qui est plus à gauche n'est pas réaliste .

      Alors que 353 milliards s'évadent libres d'impôts dans les paradis fiscaux par année:

      "Paradis fiscaux: plus de 353 milliards $ dans les 12 destinations les plus prisées" - TVA, 24 avril 2019

      "S’appuyant sur les chiffres publiés mercredi par Statistique Canada, cet organisme estime que la colossale somme de 353,1 milliards $ a été envoyée par des entreprises du Canada vers ces pays où les impôts sont minimes ou inexistants" - TVA

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 19 octobre 2019 08 h 55

      En effet le 3ieme lien et le projet GNL sont 2 aberrations caquistes pharaoniques à éléminer au plus vite.Il n'en demeure
      pas moins que le Bloc est plus crédible que la CAQ qui fait le jars avec son 37 % de ceux qui ont voté lui. mais les comptables
      de la CAQ éteidront rapidement ce feu de paille.

    • Marc Pelletier - Abonné 19 octobre 2019 11 h 05

      @ Mme Alexan,

      Vous dites : " ....la position ambigüe de monsieur Blanchet sur le projet GNL et le 3e ligne. "


      Il n'y a rien d'ambigüe là-dedans : M. Blanchet n'était pas pour se mettre à dos M. Legault, alors que ce dernier lui permettra de gagner ses élection au Québec ! Même le thème de l'indépendance a été mis en veilleuse, par M. Blanchet lors de cette campagne : la fin justifie les moyens notamment pour les indépendantistes, n'est-ce pas ?

      Faites-vous plaisir lundi !

    • Nadia Alexan - Abonnée 19 octobre 2019 19 h 02

      À monsieur Marc Pelletier: C'est la première fois de ma vie que je vais voter pour le Bloc Québécois. Premièrement, leur programme est assez progressiste. Deuxièmement, ils vont défendre les intérêts du Québec, notamment la loi sur la laïcité qui sépare la Religion de l'État. Toutes les autres formations politiques défendent les intégrismes religieux et le communautarisme au détriment de tous les autres droits et valeurs citoyennes.
      Je pense que votre cynisme envers le Bloc est mal placé.

    • Christian Montmarquette - Abonné 20 octobre 2019 08 h 08

      @ Nadia Alexan,

      "Toutes les autres formations politiques défendent les intégrismes religieux" - Nadia Alexan

      Commentaire extrémiste.

      Laisser les gens libres de leur athéisme ou de leur religion n'est pas défendre l'intégrisme, dont nombre des pratiques pratiques sont d'ailleurs déjà interdites par nos lois.

      Ni le NPD, ni les libéraux ni les verts ne défendent l'intégrisme religieux. C'est absurde et mensonger.

      Ils respectent la liberté de religion en conformité avec une laïcité de l'État respectueuse et des droits et et libertés fondamentales.

      Cette position laïcarde et ségrégationniste de de Nadia Alexan est d'ailleurs en parfaite contradiction avec cette même élue du Conseil québécois du NPD, ex-candidate du NPD aux élections fédérales de 2004 et de Québec solidaire en 2008.

      Source :

      https://quebec.huffingtonpost.ca/author/nadia-alexan/

    • Marc Pelletier - Abonné 20 octobre 2019 11 h 13

      @ Nadia Alexan

      " Toutes les autres formations politiques défendent les intégristes religieux " .

      Vous n'avez pas honte d'écrire une telle ineptie, alors que vous savez pertinemment que c'est une fausseté !

      L'ouverture vis à vis des autres se situe pourtant en tête de liste des valeurs québécoises.

    • Nadia Alexan - Abonnée 20 octobre 2019 19 h 43

      Aux monsieurs Montmarquette et Marc Pelletier: «La «pensée décoloniale» : 80 psychanalystes dénoncent «le narcissisme des petites différences». La psychanalyse est un universalisme, un humanisme. Elle ne saurait supporter d’enrichir ce que Sigmund Freud appelait "narcissisme des petites différences".»Le racialism, courant de pensée qui prétend expliquer les phénomènes sociaux par des facteurs ethniques – une forme de racisme masquée – pousse à la position victimaire, au sectarisme, à l’exclusion et finalement au mépris ou à la détestation du différent et à son exclusion de fait. Il s’appuie sur une réécriture fallacieuse de l’histoire, qui nie les notions de progrès de civilisation mais aussi des racismes et des rivalités tout aussi ancrés que le racisme colonialiste.» https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/09/25/la-pensee-decoloniale-renforce-le-narcissisme-des-petites-differences_6012925_3232.html
      Séduit·e·s par ces sirènes «sectaires» et «communautaristes qui misent sur la différence, cette idéologie ne favorise pas la cohésion sociale. Il faut encourager ce que nous avons en commun au lieu de mettre en avant nos différences.

  • Léonce Naud - Abonné 19 octobre 2019 05 h 53

    « La singularité du Québec » (Le Devoir)

    Pour les Québécois ordinaires, le Québec n'est pas « singulier ». Il est normal. C’est le reste du Canada qui est singulier par rapport au Québec. Les Québécois s'estiment normaux, pas singuliers. Être singulier, c’est être en dehors de la norme, c’est être irrégulier, isolé, « à côté de la track » : un statut que personne ne souhaite.

    L’existence et l’avenir du Québec reposent sur sa force et non sur une prétendue « singularité ». Ni les Américains, ni les Français, ni les Allemands, ni les chefs tribaux, ni Jean Chrétien, ni Bernard (Rambo) Gauthier, bref, aucune nation dans le monde même fort dégénérée ne s’en va en répétant comme une maniaque : « Je suis singulière ! Je suis distincte ! ».

    À force de se faire dire par une poignée de grosses têtes qu’ils sont « singuliers », distincts, originaux et somme toute quasi détraqués par rapport à la normalité de l’Amérique, les Québécois auront tendance à vouloir se fondre dans la majorité anglo-américaine. L'historien Maurice Séguin avait remarqué qu'une nation annexée l’est d’abord dans la représentation qu’elle a d’elle-même, tout comme maints valets ont sur eux-mêmes l’opinion de leur maître.

    C’est pourquoi il est providentiel que l’Accord du lac La Charité (aujourd’hui lac Meech) ait fait patate. Merci ! Ti-Jean-Flag-on-the-Hood. Sinon, le Québec aurait été enfermé dans le concept empoisonné de « singularité » ou de « société distincte » jusqu’à son extinction finale.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 19 octobre 2019 09 h 56

      Merci de nous rappeler Séguin.
      On va finir le rendre incontournable...

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 19 octobre 2019 11 h 39

      Je suis parfaitement d’accord avec le commentaire clair et bien structuré de Léonce Naud ci-dessus concernant la ‘’singularité’’ du Québec. A moins que l’on convienne que chaque province canadienne est ‘’distincte’’ ou ‘’singulière’’, ce qui ne serait pas faux en faisant référence à l’Alberta, par exemple. Reste à savoir si les Albertains apprécieraient être définis comme étant ‘’singuliers’’…

  • Raymond Labelle - Abonné 19 octobre 2019 06 h 01

    Il est irréfutable que moins de PLC pourrait entraîner un gouvernement conservateur (et inversement).

    On s'entend pour dire que la lutte est serrée entre le PLC et le parti conservateur pour former le gouvernement, qui sera probablement minoritaire. Si on accepte cette prémisse, il est irréfutable que moins de députés PLC augmente la probabilité de gouvernement conservateur, et inversement.

    M. Myles souhaiterait un gouvernement libéral minoritaire et un Bloc fort. Le problème est que si le PLC perd trop de sièges, ça nous donnera un gouvernement conservateur. Et qu'un gouvernement conservateur, même minoritaire, peut faire beaucoup de dommages. Harper a déjà fait beaucoup de dommage lorsqu'il était minoritaire (il a eu deux mandats minoritaires et un seul majoritaire).

    Si on ne souhaite pas un gouvernement conservateur, il faut donc s'assurer du maximum de députés PLC possible et le nombre le plus petit de députés conservateurs dans cette lutte serrée. Que cela nous plaise ou non, telle est la situation.

    Pour les personnes pour qui estiment qu'un gouvernement conservateur serait indésirable, voire dangereux, le vote stratégique se présente ainsi:

    - dans un comté où la PLC a une chance de gagner, voter PLC. Des fois ça peut être difficile quand un autre candidat ou un autre parti a tellement plus d'affinités avec soi.
    - dans un comté où le parti conservateur a une chance de gagner, voter pour le parti qui a le plus de chances de battre le parti conservateur (et qui n'est pas nécessairement le PLC dans un tel comté). Des fois ça peut être difficile pour certaines personnes dans certains cas, j'en conviens, comme voter Maxime Bernier dans Beauce par exemple.

    Le principe de réalité n'est pas nécessairement un jardin de roses.

    Ah, si Justin avait respecté sa promesse de réformer le mode de scrutin...

    • Raymond Labelle - Abonné 19 octobre 2019 19 h 11

      Je précise: ma proposition de vote stratégique ne s'applique qu'en cas de luttes à deux dans un comté donné. Dans un cas de lutte à deux PLC et un autre parti, voter pour le PLC, dans un cas de lutte à deux entre le parti conservateur et un autre parti, voter pour l'autre parti.

      Dans les comtés où il y a lutte à trois ou plus, il y a tellement d'impondérables qu'aussi bien voter avec son cœur.

      On peut aussi voter avec son cœur dans les comtés où ni le PLC ni le parti conservateur n'ont pas de chance de gagner.

  • Raymond Labelle - Abonné 19 octobre 2019 06 h 25

    Intrusion dans les champs de juridiction des provinces - voir plus loin.

    Ainsi, les libéraux seraient à peine moins pire que le NPD quant à l'intrusion dans les champs de compétence provinciaux. Il aurait fallu préciser que les propositions-phares du NPD, comme l'assurance-médicaments, étaient assorties d'un droit de retrait des provinces avec compensation financière. Ce qui n'est pas toujours le cas des propositions du PLC. L'affirmation de l'éditorialiste ne s'appuie peut-être pas sur une analyse complète.

    Et si une collaboration interprovinciale menée par le gouvernement fédéral donne de meilleurs résultats, comme par exemple dans le cas de l'assurance-médicaments (acheter avec un pouvoir d'achats plus grand permet de faire de plus grandes économies d'échelle), une telle collaboration n'est pas nécessairement un péché mortel.

    M. Myles reconnaît un plus grand respect des compétences provinciales par le parti conservateur. C'est vrai, mais il ne faut pas oublier de situer ce plus grand respect. L'idéologie conservatrice vise un désengagement de l'État - ainsi, on diminue ses revenus (en coupant dans les impôts) ET, généralement, dans les dépenses (sauf certaines, comme les subventions aux pétrolières...). Ainsi, la capacité d'agir de l'État diminue. C'est dans ce contexte idéologique de désengagement de l'État que les conservateurs respectent davantage les compétences provinciales.