Habiller Paul

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a déposé la semaine dernière le projet de loi 43 sur les infirmières praticiennes spécialisées (IPS), que l’on appelle communément les « superinfirmières », donnant ainsi suite à l’entente intervenue le printemps dernier avec le Collège des médecins.

Attendu depuis belle lurette, cet élargissement du rôle dévolu aux IPS permettra à terme d’améliorer l’accès aux soins de première ligne. Les IPS pourront, sans qu’un médecin passe derrière elles et voie le patient afin d’accorder son imprimatur, formuler des diagnostics pour des problèmes de santé courants, comme le diabète, l’hypertension, l’asthme ou l’hypercholestérolémie, prescrire certains médicaments et faire le suivi des maladies chroniques et des grossesses normales. À la lecture du projet de loi, on apprenait que les IPS pourront remplir et signer le bilan de santé exigé par la Société d’assurance automobile du Québec en vue d’un renouvellement d’un permis de conduire, pour une personne âgée, par exemple, déterminer si une prestataire de l’aide de dernier recours présente une contrainte à l’emploi qui lui donne droit à un supplément ou confirmer le retrait préventif d’une femme enceinte.

Comme ces diagnostics et les autres actes que l’IPS pourra accomplir ne requerront plus l’intervention d’un médecin, le patient n’aura plus à se présenter à nouveau à la clinique pour un rendez-vous inutile. De son côté, le médecin pourra consacrer le temps ainsi dégagé à voir d’autres patients qui ont réellement besoin de ses soins. Comme les IPS sont payées moins que les médecins — quelque 100 000 $ contre environ 250 000 $ —, il est donc possible en principe de fournir davantage de soins à moindre coût. Ce mode d’organisation de la première ligne est déjà implanté dans d’autres provinces canadiennes, notamment en Ontario. En ce sens, le Québec comble son retard.

Déjà prévu par le gouvernement Couillard, le déploiement de 2000 IPS — elles sont présentement 600, essentiellement en première ligne — doit être achevé en 2024-2025. À ce jour, c’est au compte-gouttes que les IPS nouvellement formées se joignaient au réseau — une soixantaine l’an dernier —, mais l’année prochaine devrait se conclure par l’ajout de 225 IPS, au dire du cabinet de la ministre.

Il reste cependant une difficulté, et non la moindre. C’est que les infirmières se font rares. Et on ne peut savoir combien des nouvelles IPS seront des infirmières cliniciennes en poste qui auront décidé de se doter de la formation nécessaire, c’est-à-dire ajouter l’équivalent d’une maîtrise à leur baccalauréat. Bref, on ne sait pas si, pour habiller Paul, on ne déshabillera pas Pierre.

Car, au-delà du recours souhaitable aux IPS, c’est aux pénuries d’infirmières, ainsi que des préposées aux bénéficiaires, que la ministre McCann doit remédier. Cette rareté entraîne une surcharge de travail qui mène aux heures supplémentaires obligatoires dénoncées par les infirmières avec, pour corollaire, leur épuisement professionnel et une hausse de leur absentéisme. Dans le dernier budget, une somme de 200 millions a été réservée pour l’embauche de personnel infirmier principalement, mais encore faut-il que des candidates se manifestent pour pourvoir les postes.

Lancés en 2018, les « projets ratios », qui visent à mesurer l’effet de l’ajout d’infirmières sur la qualité des soins et la motivation du personnel soignant, ont donné des résultats fort convaincants, selon la Fédération interprofessionnelle de la santé, qui estime qu’il en coûterait 500 millions par an pour établir des ratios jugés optimaux. Mais là encore, l’écueil, c’est le manque de candidates dans un contexte de rareté de personnel, une rareté que l’annonce de fonds pour procéder à de nouvelles embauches ne peut seule régler.

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8 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 15 octobre 2019 04 h 24

    Les infirmières se font rares?

    Vous mentioinnez: "C’est que les infirmières se font rares"... Franchement, M. Dutrisac, à plus de 75,000 qui sont inscrites à l'ordre professionnel, l'on est loin de la rareté.

    Le problème en est un de convention collective, d'une part, et d'autre part, du "je veux juste travailler quand cela me tente"... C'est un problème similaire avec les médecins...

    En fait, quand le salaire (et avantages) permet des "absences au travail" sans que les obligations de la vie en soient affectées... L'on se retrouve avec de la supposée "rareté" dans les métiers et professions... Surtout en certaines périodes de l'année, ou dans un certain nombre de travail posté (quart de travail).

    • Gaetane Derome - Abonnée 15 octobre 2019 11 h 09

      M.Pelletier,

      Votre commentaire démontre une méconnaissance de la grandeur du territoire québécois et du nombre d'hôpitaux répartis sur ce territoire.Sans parler des services de longues durée,des cliniques et des CLSC.Il y a des infirmières et médecins dans tous ces endroits.
      S'il manque des médecins dans certaines régions c'est souvent à cause des PREM (plan d'effectif régionaux du ministère).Les jeunes doivent s'installer selon ces PREM imposés par le ministère.Ces PREM devraient être revisés ou abolis.
      Tant qu'aux infirmières si elles étaient payées à leur juste valeur comme les infirmières en Ontario peut-être en recruterions-nous davantage.Nous avons autant besoin d'infirmières praticiennes que nos voisins en Ontario,
      Et les infirmières travaillent fort,M.Pelletier,comme tous les professionnels de la santé.Mais travailler dans ce domaine est exigeant,aussi on peut comprendre qu'il y ait plus de "burn-out" dans ce domaine.

    • Serge Pelletier - Abonné 15 octobre 2019 13 h 42

      M. Derome, le manque de personnel dans certaines régions n'est pas liée au métier ou à la profession qu'une personne occupe. Loin de là. Ce manque est en grande partie au fait que les gens désirent être dans les grands centres pour les services qui y sont accessibles en général - l'exode des populations rurales en est un exemple flagrant.

      Le salaire des infirmières est très compétififs et la rémunération globale de celles-ci est enviée par beaucoup de personnes de la même profession ou scolarité. À titre d'exemple, le personnel infirmier de la France gagne en moyenne de 1/3 à 2/3 de moins que celles qui pratiquent ici. Cela est sans parler du coût de la vie qui est de beaucoup plus avantageux ici.

      Vous me faites penser à ceux et celles qui ne lisent pas les conventions collectives, les accords gouvernementaux multi-secteurs, et qui colportent encore du n'importe quoi.

      Pour votre information Mme Derome, je connais très bien ce secteur, tout comme celui de l'éducation.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 15 octobre 2019 13 h 12

    " quelque 100 000 $ contre environ 250 000 $ "

    Vous parlez de deux choses passablement différentes monsieur Dutrisac, le premier est un salaire d'employé auquel il faut rajouter une panoplie de coûts pour l'employeur, alors que le deuxième est un paiement clinique. Et même une fois déduit les dépenses liées a la pratique on aura toujours pas deux choses comparables.

    Question, quelle différence de tâche y a t'il présentement entre une infirmière, une infirmière bachelière, et une infirmière IPS ?
    Il y a quelques années on a décidé que les infirmières bachelières aurait une rémunération basée non pas sur leurs tâches mais sur le fait d'avoir un diplôme. Là on veut revenir a salaire basé sur le détails du travail a faire ?

    • Serge Pelletier - Abonné 15 octobre 2019 14 h 08

      M. Arès, les conventions collectives (c.c.) devraient vous intéresser. Actuellement environ 45% des infirmières possèdent baccalauréat. Donc, une rémunération/heure majorée selon les échelons...

      Au Québec, la détention d'un parchemin universitaire peut de faire de plusieurs façons. L'infirmière avec un DEC peut s'inscrire à un programme de certificat universitaire (la liste des programmes est dans les c.c.). Le premier certificat donne un avancement d'échelon salarial (deux échelons) , le deuxième n'accorde pas d'avancement d'échelon, mais le troisième comprte un avancement de quatre ou cinq échelons. Ce qui les placent, au niveau de la rémunération qui est liée à la scolarisation, en avant des personnes ne détenant qu'un baccalauréat.

      Il est risible de dire "ben en Ontario, elles ont un baccalauréat"... Ouais, il n'y a pas de niveau collégial comme ici (la même chose s'applique en Europe et aux uSA). Le programme de baccalauréat y est de quatre années, ici il est de trois années. Ici, les personnes terminent un sec. V (ce qui n'est pas une douzième année) et font 3 ans de collégial (scolarisation générale et professionnelle)... Ailleurs. c'est une douzième année, puis 4 ans pour un baccalauréat.

      Lorsque les gens parlent de "baccalauréat" il faut comprendre et expliquer la différence des termes: en Europe, particulièrement en France, c'est une diplôme de niveau secondaire, et une licence c'est un parchemin de premier cycle universitaire.

      À lire et entendre les journalistes, les dirigeants syndicaux, et tout ce beau monde qui n'expliquent pas ces différences, tout en revendiquant toujours plus de $$$ en comparant les bananes d'ici avec les prûnes d'ailleurs... Ben, ça donne ce que cela donne: du n'importe quoi, n'importe comment... L'exemple de la rémunération des médecins spécialistes est flagrant.

    • Gaetane Derome - Abonnée 15 octobre 2019 16 h 10

      M.Arès,
      Vous avez raison on ne peut comparer le salaire d'une IPS et le paiement d'un médecin.L'infirmière a tous les avantages sociaux et ses vacances sont payées,ainsi qu'une retraite.Le médecin doit prévoir tout cela en plus de payer les frais liés à son travail.Cependant,je suis d'avis que si éventuellement on donne les mêmes pouvoirs aux IPS qu'elles ont en Ontario,elles devraient avoir un salaire équivalent à leurs voisines.
      Ce qui diffirencie les IPS des autres c'est qu'elles ont des études de 2ème cycle(on peut voir la description sur le site de l'Ordre des Infirmières):
      https://www.oiiq.org/pratique-professionnelle/exercice-infirmier/ips

  • Daniel Faucher - Abonné 15 octobre 2019 15 h 50

    Infirmières seulement?

    Dans son texte, M. Durrisac ne parle que d'infirmières. S'agit-il donc, sans que je le sache, d'une profession réservée aux personnes de sexe féminin uniquement? Peut-être que s'il y avait davantage de personnes non femmes qui se senaient attirées par la profession, la pénurie disparaitrait plus vite...

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 15 octobre 2019 20 h 02

      Absolument! aussi des hommes!