Vivement le retour du bon sens

Le premier ministre François Legault a lancé le message cette semaine qu’il était déterminé à revoir les fabuleuses ententes que le gouvernement libéral a signées avec les médecins spécialistes, dont la rémunération dépasse désormais celle de leurs homologues du reste du Canada.

Il est bon de rappeler que le gouvernement Couillard, après des hausses de plus de 60 % consenties aux médecins spécialistes, y est allé en fin de mandat d’un autre coup de manivelle avec une entente de cinq ans qui leur octroyait 4 milliards de plus sous diverses formes. L’entente intervenue avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) prévoyait qu’on commande une étude à l’ICIS, plus détaillée que les évaluations comparatives que fournit l’organisme de façon régulière, afin de comparer les rémunérations des médecins spécialistes québécois et de leurs confrères des autres provinces, étude qui tiendra compte de nombreuses variables, comme les différences de pratiques et de responsabilités, la productivité ainsi que le coût de la vie. En vertu de l’entente, les conclusions de cette étude de l’ICIS peuvent conduire à des modifications des émoluments des médecins spécialistes, mais seulement à la hausse. Pas à la baisse. Toute une entente ! Même Gaétan Barrette, écarté des négociations, avait exprimé des réserves.

Dans une entrevue accordée à La Presse, François Legault a indiqué qu’il entendait rouvrir cette entente qui échoit en 2023 en s’appuyant sur l’étude détaillée de l’ICIS qui sera remise aux parties et en tenant compte du fait que le salaire moyen des professionnels est de 9 % inférieur au Québec que dans le reste du Canada. Le gouvernement a entre les mains les données brutes de l’étude l’ICIS, mais le rapport comme tel, attendu avant la fin de l’année, n’est pas encore rédigé. Le premier ministre souhaite arriver à une nouvelle entente négociée d’ici la fin de l’année. À défaut d’entente, il a évoqué sinon la possibilité d’imposer une loi spéciale.

Selon les données générales de l’ICIS, les médecins spécialistes empochent 428 941 $ par an au Québec contre 395 539 $ en Ontario, une différence de plus de 8 %. L’étude prévue à l’entente pourrait montrer un écart différent, compte tenu des variables dont on tient compte. Mais il s’agit tout de même d’une indication valable, d’autant plus que ces données ont servi à documenter la plus faible rémunération des médecins québécois dans le passé.

Déjà, la FMSQ est montée aux barricades, menaçant le gouvernement de poursuites si une loi spéciale est imposée et brandissant le spectre de l’exode de médecins spécialistes. Foutaise que cet exode qui ne s’est jamais matérialisé.

Il tombe sous le sens que la rémunération des médecins doit être ajustée en fonction de facteurs comme le coût de la vie, qui est inférieur au Québec par rapport au reste du Canada. François Legault a raison d’inclure dans l’équation le salaire moyen des Québécois, qu’ils soient professionnels ou non, d’ailleurs : ce facteur permet de tenir compte de la capacité de payer des contribuables et, par incidence, du pouvoir d’achat des médecins qui, à rémunération égale, est plus grand ici qu’ailleurs au Canada.

Il y a un autre principe qu’il est bon de rappeler : ce n’est pas aux autres provinces de dicter à l’État québécois quelle rémunération il faut accorder aux médecins et quels salaires toucheront les autres professionnels de la santé, voire tous les autres employés de l’État. Au moment où se préparent les négociations des conventions collectives avec les employés de l’État, la rémunération excessive des médecins spécialistes pourrait apparaître pour ce qu’elle est : mépris pour les contribuables et atteinte à la justice sociale.

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8 commentaires
  • Claude Gélinas - Abonné 4 octobre 2019 08 h 59

    La capacité de payer des contribuables ! Un puits sans fond pour la Fédération des médecins spécialistes.

    Comment expliquer que cette référence souvent rejetée par le Gouvernement pour d'autres corps d'emplois de même que la référence à la norme canadienne ainsi que la comparaison avec l'Ontario, la province la plus riche avec un prix d'habitation exhorbitant ait été accepté aveuglement lors des négociations avec les médecins spécialistes ? La réponse se trouve d'abord dans la capacité de l'ex-Ministre de la santé d'imposer cette norme et à un Gouvernement libéral froussard incapable de résister à cet argumentaire.

    Plus tard, dirigé par un PM médecin spécialiste et un directeur de cabinet également médecin, ce siphonnage d'argent public s'est poursuivi en prenant bien soin d'écarter cette fois des négociations l'ex-Ministre de la santé des négociations, seul capable cette fois de résister aux demandes ses ex-collègues.

    Pendant ce temps, les infirmières et les préposés qui tenaient le réseau à bout de bras étaient laissées sur le carreau. Non seulement le Gouvernement devrait donner suite à sa proposition mais ne serait-il pas raisonnablement qu'il récupère rétroactivement l'enrichissement sans cause.

    Bien évidemment la Président de la Fédération des médecins spécialistes poussera des cris d'orfraies, menaçant le Gouvernement de poursuites et évoquant l'exode des médecins, de l'esbroufe vu le niveau de revenus de ses membres ainsi que la mutliplication des primes déraisonnables sans compter un coût élevé de la vie plus avantageux au Québec.

    Dans ce contexte cette résistance de la Fédération ne fera que diminuer encore davantage la réputation de cupidité des médecins spécialistes considérés comme priviligiés par les contribuables.

    Pour retrouver le respect de la population, le seul geste à faire est de démontrer leur bonne foi et d'accepter de revenir au gros bon sens.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 4 octobre 2019 09 h 33

    Édito parfait

    Les médecins spécialistes me font c...

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 4 octobre 2019 10 h 55

    Tout un exploit

    Une fois encore, notre rigoureux éditorialiste conclut d'une étude dont les résultats ne sont pas connus que ceux-ci confirment la présomption que les spécialistes sont trop payés au Québec. En réalité, il ne fait qu'exciter à très bon bon compte le péristaltisme de la petite famille.

    Concernant la comparaison avec l'Ontario, on verra bien. Mais déjà, par exemple, on doit avoir deux choses en vue. D'abord que les comparaisons concernant le coût de la vie sont un peu faussées du fait qu'en dehors de la région de Toronto, il est assez semblable à celui du Québec. L'autre affaire, c'est que les salaires y ont été gelés. Mais cela n'intéresse personne.

    • Diane Boissinot - Abonnée 4 octobre 2019 14 h 51

      Pour le bénéfice des lecteurs, «On appelle péristaltisme l'ensemble des contractions musculaires (« mouvements péristaltiques ») permettant la progression d'un contenu à l'intérieur d'un organe creux.» Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9ristaltisme
      De là à compendre ce que veux insinuer RMD quand il lie ce mot à une certaine «petite famille», il y a un monde dans lequel je n'ai pas le courage de m'aventurer.

  • André Joyal - Inscrit 4 octobre 2019 11 h 23

    Le «péristaltisme» de RMD et pour celui que les spécialistes font c...

    Merci à ce cher RMD de contribuer à enrichir mon vocabulaire même si Wikipedia ne me sert guère pour comprendre en quoi ce mot s'avère pertinent pour une petite famille...

    Quant à M. Le Blanc, je suis jeureux pour lui si, à ce jour - contrairement à moi -, il n'a pas eu à recourir à une dizaine de spécialsites québécois fort compétents.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 octobre 2019 09 h 29

      Je n'avais pourtant pas fait d'effort particulier pour obombrer mon propos.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 5 octobre 2019 09 h 45

      Parce que M. Joyal a vu plusieurs spécialistes, il est prêt à tout leur donner. Une attitude servile.

  • Gilles Théberge - Abonné 4 octobre 2019 14 h 45

    Cela m'apparaît capital en effet : « Il y a un autre principe qu’il est bon de rappeler : ce n’est pas aux autres provinces de dicter à l’État québécois quelle rémunération il faut accorder aux médecins et quels salaires toucheront les autres professionnels de la santé, voire tous les autres employés de l’État.».