L’État et les Autochtones: agir

François Legault a rempli la première des recommandations du rapport de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics — recommandations que son président, le juge à la retraite Jacques Viens, désigne sous le vocable d’« appels à l’action ». À l’Assemblée nationale, en présence de chefs autochtones, le premier ministre a présenté aux Premières Nations et aux Inuits du Québec les excuses de l’ensemble de l’État québécois, un État qui « a manqué à son devoir envers vous ». Il en reste 141 autres.

Mise sur pied par le gouvernement Couillard à la suite des reportages sur des femmes autochtones qui témoignaient des sévices que leur ont infligés des policiers de la Sûreté du Québec à Val-d’Or, la commission Viens s’est penchée non seulement sur la police, la justice et les services correctionnels, mais aussi sur les services de santé et de services sociaux ainsi que sur la protection de la jeunesse. Pour son président, il est impossible de nier que les membres des Premières Nations et les Inuits, dans leurs rapports avec ces services publics, sont victimes de discrimination systémique. Dans ses structures et ses pratiques, dans les lois, souvent, qu’il applique, l’État québécois fait montre d’« une absence de sensibilité évidente aux réalités sociales, géographiques et culturelles des peuples autochtones », ce qui entache la qualité des services publics qu’ils reçoivent et qui les prive parfois de ces services. C’est la dignité de ces gens qui est atteinte, fait observer Jacques Viens, parce qu’ils « sont maintenus dans des conditions de vie déplorables, en marge de leurs propres référents culturels ».

C’est un des constats centraux du rapport : cette absence de sensibilité, qui conduit à cette discrimination systémique, « trouve sa source dans la méconnaissance généralisée qu’entretient la population à l’égard des peuples autochtones », méconnaissance qui nourrit les préjugés et les stéréotypes, qui dresse un « mur d’incompréhension » entre les membres des Premières Nations et les prestataires de services publics.

De ces 142 recommandations, certaines sont très précises et pratiques, d’autres sont de nature politique. Certaines exigent de l’État qu’il délie les cordons de sa bourse, plusieurs engagent le gouvernement fédéral, le premier responsable, à nos yeux, de la situation peu enviable de ceux qu’il appelle « les Indiens » dans sa loi archaïque mais toujours en vigueur.

Dans l’esprit des conventions que le Québec a conclues avec les Cris, les Inuits et les Naskapies — Convention de la Baie-James et la Paix des Braves, entre autres —, le gouvernement caquiste doit signer la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, comme le lui recommande Jacques Viens. L’ancien juge y va d’une autre suggestion fort judicieuse, soit celle de confier au Protecteur du citoyen, un organisme indépendant du gouvernement, le mandat d’assurer le suivi de la mise en oeuvre de ses « appels à l’action ».

Dans sa déclaration qui suivait celle du premier ministre à l’Assemblée nationale, Manon Massé soulignait que, si les Autochtones connaissaient les Québécois, l’inverse n’était pas vrai. Elle invitait le peuple québécois « à prendre la main maintes fois tendue des peuples qu’on côtoie depuis des siècles sans les connaître, à accepter d’apprendre non par pitié, mais par plaisir et curiosité ». La députée solidaire a cent fois raison. C’est d’autant plus vrai qu’un mouvement d’affirmation culturelle et économique, comme le souligne Jacques Viens, s’est mis en marche chez les Premières Nations, un mouvement d’émancipation que la nation québécoise doit reconnaître et appuyer.

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