Les plus vulnérables écopent

Enfants, jeunes en difficulté, personnes âgées vulnérables ainsi que les plus démunis des bénéficiaires de l’aide sociale sont les premières victimes des manquements de l’État québécois, selon le dernier rapport annuel de la protectrice du citoyen, Marie Rinfret. Si le manque de personnel explique une partie de ces fautes, l’attitude rigide et restrictive de l’administration publique en est parfois la cause.

Ainsi, Marie Rinfret est revenue à charge pour s’opposer à l’« interprétation restrictive » que fait la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) de sa loi en refusant la gratuité des soins aux enfants nés au Québec de parents au statut migratoire précaire, souvent des demandeurs d’asile en attente d’une décision concernant leur statut de réfugié, de ces ressortissants étrangers particulièrement démunis. Les soins médicaux de ces enfants doivent être couverts par la RAMQ compte tenu du cadre réglementaire de l’organisme, mais aussi des engagements internationaux du Canada et du Québec en matière de droits de l’enfant, plaide la protectrice du citoyen. La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, qui a mis sur pied un comité ministériel pour trancher la question, doit exercer son pouvoir discrétionnaire pour la délivrance de cartes d’assurance maladie à ces enfants, comme le suggère Marie Rinfret.

Autre cas de rigidité de la machine gouvernementale, cette fois-ci de la part du ministère des Finances. Plus de 40 000 prestataires de l’aide financière de dernier recours ne reçoivent pas le crédit d’impôt pour la taxe de vente du Québec (TVQ) auquel ils ont droit parce qu’ils ne fournissent pas de déclaration de revenus. Il y a tout lieu de croire que nombre de ces 40 000 prestataires, soit 10 % des assistés sociaux, sont parmi les plus démunis d’entre eux : ils peuvent être illettrés ou souffrir de maladie mentale. L’État fait montre d’une odieuse insensibilité à leur égard et perpétue froidement une iniquité manifeste. Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a le devoir de remédier à la situation.

La protectrice du citoyen a aussi fait état d’un enfant atteint de troubles du langage qui, en faisant son entrée à la maternelle, a perdu son droit d’accès à des services d’orthophonie dispensés par un centre de réadaptation du réseau de la santé. C’est essentiellement un manque de ressources, associé à une hausse de la demande pour ces services, qui explique que l’établissement prive cet enfant des services dont il a besoin.

La pénurie de personnel dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) entraîne aussi son lot de plaintes. Non seulement les soins de base ne sont pas pleinement fournis, mais des conflits surviennent entre les familles et le personnel soignant.

Dans les centres de réadaptation pour les jeunes en difficulté, il arrive que les risques de suicide ne fassent pas l’objet d’une détection adéquate, a relevé la protectrice du citoyen. Les rôles des intervenants et les procédures sont mal définis depuis la fusion des établissements décrétée par la réforme Barrette. Il est d’autant plus important que ces rôles soient précisés que « le personnel responsable d’assurer un milieu de vie sécuritaire aux jeunes hébergés connaît un fort taux de roulement », fait observer Marie Rinfret.

La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) fait d’ailleurs face à énormément de pression. On apprenait cette semaine que le nombre de signalements d’enfants maltraités avait augmenté de 10 % par rapport à l’an dernier, alors que les centres jeunesse sont aux prises avec des pénuries de main-d’oeuvre et accusent des retards dans la prestation des services spécialisés. Il faudra attendre jusqu’à la fin de l’an prochain avant de connaître les conclusions de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent, qui doit revoir l’ensemble des services destinés aux jeunes en détresse.

Comme les services publics connaissent des ratés, le Protecteur du citoyen, qui reçoit les plaintes des citoyens et mène des enquêtes, est une institution essentielle. Elle incite l’État québécois à corriger ses lacunes et à améliorer les services à la population. Dans le cas de la rigidité bureaucratique et des interprétations restrictives de la loi, une dose de bon sens permettra sans doute de remédier aux manquements observés. En revanche, les problèmes d’organisation et d’accès aux services, quand ils sont liés au manque de ressources et à la rareté de la main-d’oeuvre, ne peuvent malheureusement pas disparaître comme par enchantement.

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7 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 septembre 2019 04 h 05

    … vivre de dignité ?

    « Enfants, jeunes en difficulté, personnes âgées vulnérables ainsi que les plus démunis des bénéficiaires de l’aide sociale sont les premières victimes des manquements de l’État québécois, selon le dernier rapport annuel de la protectrice du citoyen, Marie Rinfret. » (Robert Dutrisac, Le Devoir)

    De ce constat « douloureux » et des rapports annuels successifs du-de la PC, on-dirait que l’État du Québec, inspiré par le mouvement du néo-libéralisme seulement ?!?, aime maintenir la « vulnérabilité » en bonne santé-système !

    Le jour où l’on va saisir quelque chose, cette vulnérabilité risque de disparaître !

    Entre-temps, mourir ou …

    … vivre de dignité ? - 30 sept 2019 -

    • Jean-Yves Arès - Abonné 30 septembre 2019 08 h 13

      Ne pas oublier tout de même que la dignité en question est un objet commerciale dans nos sociétés.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 septembre 2019 18 h 11

      « … que la dignité en question est un objet commerciale » (Jean-Yves Arès)

      Possible, de cet « objet » relationnel, comme en constante situation d’équilibre et de socialisation, la « dignité » demeure, de sagesse et d’esprit-en-corps, d’origine humaine !

      De plus, l’être humain possède assez de liberté pour choisir de se commercialiser, de se vendre au plus ou moins méritant et, également, de s’esclavager !

      De quoi faire tout un …

      … monde de ?!? - 30 sept 2019 -

  • Jacques Patenaude - Abonné 30 septembre 2019 09 h 17

    Un cas important qui passe trop facilement sous le radar

    Voilà un cocktail assez impressionnant où les droits de la personne sont mis à mal, mais un cas me semble particulièrement à relever.

    "Marie Rinfret est revenue à charge pour s’opposer à l’« interprétation restrictive » que fait la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) de sa loi en refusant la gratuité des soins aux enfants nés au Québec de parents au statut migratoire précaire,"
    J'aimerais voir une mobilisation aussi intense pour cette question que ce que nous avons vu pour le débats sur les signes religieux. Les droits fondamentaux humains sont gravement bafoués dans ce cas et les répercussions pour l'avenir de ces enfants tous aussi québécois que les autres sont bien plus grandes.

  • Pierre Bernier - Abonné 30 septembre 2019 10 h 45

    Savoir prendre acte ?


    Dans tous les États de droit, la production et la prestation de services publique de qualité aux citoyens qui y ont droit s’imposent comme la priorité absolue de l'administration publique.

    Encore faut-il que ces citoyens sachent que ces activités ont un coût… et que les autorités politiques de l'heure, chargées d’allouer les ressources publiques disponibles, s’appliquent à en prendre correctement acte.

  • André Labelle - Abonné 30 septembre 2019 11 h 35

    UN EFFET DU NÉOLIBÉRALISME ...

    Une des statégies d'implantation du néolibéralisme qui vise à réduire le plus possible le rôle de l'État dans la vie des citoyens, c'est de simplement affamer la bête, c'est-à-dire l'appareil gouvernemental. En lui coupant les fonds, on réduit forcément le nombre de fonctionnaires et avec le temps, les services ne sont plus offerts aux citoyens. Ces derniers en sont donc réduit à aller chercher au privé les services que l'État ne lui assure plus.
    Mais les plus démunis n'ayant pas les ressources financières nécessaires, en sont donc réduit à s'en passer.
    Donc les plus vulnérables écopent ... !

    Cette stratégie perfide s'est solidement installée durablement un peu partout au lendemain de la seconde guerre mondiale. Et aujourd'hui on en constate les effets dévastateurs notamment dans le phénomène du fameux " 1% controllant plus de 90% de la richesse planétaire".

    Afin d'éviter de nettre un cataplasme sur une jambe de bois, si nous voulons vraiment et efficacement intervenir auprès des plus vulnérables, il serait peut-être approprié et souhaitable de reconnaître à quel ennemi nous devons nous attaquer. Autrement on risque de prendre l'ombre pour la proie et d'administrer des solutions homéopatiques aux plus vulnérables.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 septembre 2019 12 h 22

    « … que la dignité en question est un objet commerciale » (Jean-Yves Arès)

    Possible, de cet « objet » relationnel, comme en constante situation d’équilibre et de socialisation, la « dignité » demeure, de sagesse et d’esprit-en-corps, d’origine humaine !

    De plus, l’être humain possède assez de liberté pur choisir de se commercialiser, de se vendre au plus ou moins méritant et, également, de s’esclavager !

    De quoi faire tout un …

    … monde de ?!? - 30 sept 2019 -