Après la rue, le vote

Il sera difficile d’ignorer le consensus qui a rallié vendredi des millions de manifestants mobilisés sur tous les continents dans l’espoir de forcer les dirigeants à agir. À Montréal, que la jeune Suédoise Greta Thunberg avait choisie pour passer son 58e vendredi de grève pour le climat, un demi-million de personnes auraient participé au mouvement, ce qui en ferait le plus imposant de l’histoire du Québec. Démarche artificielle, inutile et fausse ? Impossible de faire la sourde oreille à une telle agitation, historique de surcroît. Agitation paisible et bon enfant, faut-il le dire : la déferlante vert espoir fut festive.

Le Canada a vibré hier au rythme de deux pulsations croisées, celle d’une campagne électorale et celle d’une grève pour le climat. Le chef libéral Justin Trudeau, embarrassé en cette journée verte par le poids d’un pipeline, a promis de compenser cette dépense anti-environnementale par la plantation de deux milliards d’arbres. Il serait étonnant que ce tour de magie horticole suffise à convaincre.

Lors du scrutin du 21 octobre, les millénariaux composeront le tiers des électeurs potentiels, pour un bassin de 10 millions de personnes. Ces 18-38 ans dont on dit qu’ils sont apolitiques entretiennent un nouveau rapport au politique ; il se traduit notamment, comme ils ne cessent de le rappeler de vendredi en vendredi, par une conscience sociale aiguisée et un engagement concret. Comment se transféreront leur impatience et leurs réactions aux engagements des partis politiques le soir du vote ? C’est une question cruciale. Entre 2011 et 2015, le taux de participation des jeunes de 18 à 24 ans aux élections fédérales a connu un sursaut positif, passant de 38,8 % à 57,1 %.

Un sondage Léger-Le Devoir publié cette semaine a montré que l’environnement semble être le premier facteur d’influence du vote de 22 % de Canadiens de 18-34 ans, alors que l’économie rallie 35 % de répondants. Au Québec, le rapport est inversé : 34 % jugent que la question climatique influencera davantage le vote, contre 24 % pour qui c’est l’économie.

Sera-t-il possible de réconcilier les attentes des jeunes électeurs avec les engagements des partis politiques ? Il semble bien qu’au-delà des promesses, ce qu’ils souhaiteront surtout mesurer, ce sont le degré de sincérité et la capacité de passage à l’acte des dirigeants potentiel qui tentent ces jours-ci le jeu de la grande séduction.

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33 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 28 septembre 2019 06 h 32

    Les limites de la politique canadienne

    Selon toute vraisemblance, seuls deux partis politiques ont des chances de remporter l'élection fédérale. Les libéraux ou les conservateurs. Les conservateurs sont réactionnaires, ils disent croire que le marché sans contrainte fiscale peut régler le problème climatique. Ils constituent le pire choix des deux partis. Alors que le parti libéral ne fait pas beaucoup mieux. L'achat du pipeline Trans Mountain démontre une fois de plus que les actes sont plus significatifs que les paroles et les promesses. L'investissement public de plusieurs milliards, imposé sans débat à la Chambre des Communes par le gouvernement libéral afin de tripler la capacité du pipeline, démontre le manque de sincérité des promesses de Justin Trudeau.

    Mais la difficulté pour les nombreux Canadiens, conscients de l'urgence climatique, d'exercer un pouvoir politique pour régler ce grave problème, ne s'arrête pas à faire le choix entre deux partis qui font primer le capitalisme financier sur la protection de l'environnement.

    Le réchauffement est un problème planétaire et les émissions canadiennes ne constituent qu'une petite partie des émissions mondiales. Notre puissant voisin, les États-Unis, ne s'engage pas à réduire radicalement ses émissions de GES. Au contraire, celles-ci ont augmenté de 3,4 % en une seule année, 2018. Les États-Unis émettent environ 10 fois plus de GES que le Canada. Les émissions de la Chine ont dépassé celles des États-Unis en 2005. Elles sont maintenant plus du double des émissions américaines et elles continuent d'augmenter. Le Canada n'émet que 1,5 % des émissions mondiales de GES.

    Les émissions de GES sont considérées comme relevant des souverainetés nationales. Alors que ces émissions se font dans l'atmosphère qui est un espace commun à toutes les nations, à l'ensemble de l'humanité. Voilà l'erreur fondamentale qui cause l'inadéquation de l'organisation politique mondiale. Il manque un échelon important à cette organisation, celui du haut !

  • Pierre Rousseau - Abonné 28 septembre 2019 07 h 53

    Le monde à l'envers !

    M. Trudeau construit un pipeline et promet de planter des milliards d'arbres pour compenser pour l'augmentation des GES... Euh, pas fort le raisonnement ! Ne serait-ce pas mieux de ne pas construire de pipeline et de ne pas avoir à compenser pour l'augmentation d'émission des GES ? On pourrait même planter des arbres, des milliards si possible, pour atténuer l'impact actuel des GES des sables bitumineux !

    Bon, maintenant on arrive au test électoral où les politiciens sont redevables de leurs actions devant la population. Or, c'est vrai que les jeunes n'allaient pas beaucoup voter et maintenant on se plaint de l'ineptie des élus. Ce serait un commencement de bonne nouvelle si tous ensemble nous faisions notre devoir et allions voter.

    La question qui tue : pour qui voter ? On sait fort bien que si on vote libéral, on vote pour des gens qui méprisent les électeurs en leur faisant des fausses promesses et qui renient leurs engagements soi-disant verts en achetant un pipeline. Les libéraux sont là pour le pouvoir et aider leurs amis comme SNC-Lavalin, pas pour sauver la planète.

    Les conservateurs sont beaucoup moins hypocrites et ne se gênent pas pour ignorer les changements climatiques - ils préfèrent privilégier les emplois, surtout ceux dans l'industrie pétrolière. Leur histoire au pouvoir sous l'administration Harper est claire et nette : les jobs avant l'environnement.

    Il reste les autres partis et chacun peut se faire son idée. Cependant, selon toutes probabilités ce seront soit les libéraux soit les conservateurs qui seront élus. Alors, il ne faudrait pas se plaindre car ce seront justement les électeurs dont un grand nombre étaient dans la rue hier, qui vont les porter au pouvoir. Il n'en tient qu'à nous de faire les changements et ça passe par les élections d'abord. On ne peut que se blâmer soi-même si ça ne fonctionne pas.

    • François Beaulé - Abonné 28 septembre 2019 10 h 23

      Bonne analyse dans l'ensemble. Mais vous devriez oublier l'autoflagellation. Ce ne sont pas les gens qui manifestaient hier qui voteront pour l'un des deux principaux partis. Ce sont d'autres Canadiens. 40% de l'électorat suffisent.

  • Marc Pelletier - Abonné 28 septembre 2019 08 h 06

    Le temps d'agir !

    Les jeunes et leurs supporteurs (trices) ont agi ! Les spécialistes ont parlé, que voulons-nous de plus ?

    C'est maintenant à nos gouvenants et à la population de passer à l'action, au risque de déranger !

    Les paroles creuses n'auront plus leur place !

    • Cyril Dionne - Abonné 28 septembre 2019 11 h 05

      Bon. Oui, c'est le temps d'agir. Quand allez-vous donner au moins 10% de votre salaire ou de vos revenus pour combattre les changements climatiques? Comme dans la dîme des religions organisées et vu que l'écologie a été formellement consacrée par la nouvelle déesse de l'environnement hier, si vous voulez prier maintenant à l'autel de la très sainte rectitude écologique, vous allez devoir payer. Les paroles creuses n'ont plus leur place pour citer quelqu'un.

      Curieux tout de même, selon un un sondage Ipsos publié cette semaine rapporté par Konrad Yakabuski dans « La fantaisie des verts », 68 % des Canadiens, refusent de payer plus de 100 $ de plus par année pour lutter contre les changements climatiques. Ah ! « ben ».

    • Marc Pelletier - Abonné 28 septembre 2019 14 h 56

      10 % du salaire, c'est du n'importe quoi !

      Concernant le résultat du sondage dont vous faites mention, il sera intéressant de constater l'évolution sur la même question, lors d'un prochain sondage.

      Vous aurez sans doute constaté que l'environnement est en progression dans l'échelle des priorités, de la part des citoyens canadiens : ceci augure bien pour le futur.

      L'évolution des mentalités ne se fait pas avec un claquement de doigts.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 28 septembre 2019 21 h 09

      "10 % du salaire, c'est du n'importe quoi !" - Marc Pelletier

      Au lieu d'accabler Monsieur Dionne, vous devriez réfléchir sur l'ampleur colossale de l'effort qu'il faudra fournir pour atteindre le but que les écolos se sont eux-mêmes fixé.

      Pour ma part, une baisse de 10% du salaire, donc 10% du niveau de vie, me semble encore bien peu. Une planète véritablement verte implique une baisse de la capacité de production, donc de la consommation, beaucoup plus drastique que ce que vous vous plaisez à imaginer.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 28 septembre 2019 08 h 45

    Arbres

    Bonjour. Hier, un scientifique, à 24-60 a dit que ces arbres plantés feront un travail minuscule d'absorpioni des quelque 37 milliards de tonnes de C01 que le Canada émet. Bing. Pourquoi Trudeau n'a pas consulté des scientifiques ? ( Guilbaultl ne semble pas comprendre non plus.)
    Je ne vois aucun Parti qui soit Giec-quement correct, hélas.
    Et vous?

    • François Beaulé - Abonné 28 septembre 2019 10 h 28

      Certains voyageurs en avion essaient eux-aussi de se donner bonne conscience en achetant quelques arbres !

      S'ils avaient vraiment l'environnement à cœur, ils voyageraient autrement ou resteraient chez eux. Avec l'argent économisé, ils pourraient planter beaucoup plus d'arbres !

  • Cyril Dionne - Abonné 28 septembre 2019 09 h 12

    La récupération du mouvement environnemental par l’extrême gauche

    Six millions de manifestants mobilisés sur tous les continents dans l’espoir de forcer les dirigeants à agir hier. Cela représente un gros 0,08% de la population mondiale. Au Québec et surtout à Montréal, on a donné un congé aux élèves et aux enseignants d’aller manifester dans la rue hier. Pour seulement la CSDM, cela représente plus de 120 000 personnes. La plupart des jeunes hier étaient accompagnés de leurs parents. Une journée passée en famille pour se donner une bonne conscience environnementale tout en exhibant notre écoanxiété. Après, on prend notre SUV et on retourne à la maison. « Priceless ».

    Que deviendront tous ces vœux pieux exprimés hier et consacrés à la déesse de l’environnement qui est venue se faire voir à Montréal? Quels seront les changements tant attendus par ces disciples de l’écologie qui ne comprennent absolument rien à la science du climat et des données empiriques qui en découlent? La décroissance? Une recette magique qui transformera les méchants GES en bons GES? Blâmer les générations antérieures qui ont créé toute cette richesse qui permet aux générations benjamines de prendre des journées de congé pour manifester afin de manifester? Misère.

    Vous savez autant que moi que rien ne changera et même que la destruction des écosystèmes marin et terrestres en plus des « méchants » GES continueront d’augmenter. On essaie d’appliquer une solution locale à un problème d’ordre mondial et où les principaux acteurs ne sont mêmes pas présents. Si au moins on avait passé la journée à nettoyer des rives ou bien de ramasser des argents pour le fond vert, le tout en aurait voulu la peine. Pour ce qui concerne la contribution monétaire avec les changements climatiques, on apprenait hier selon un sondage que plus des trois quarts de la population ne voudrait même pas donner 200 dollars pour le fond vert. Oui, ils sont bien conscientisés nos jeunes de 18-34 ans qui vivent encore à la maison des parents. Pour eux l’économie, c’est papa et maman.

    • Marc Therrien - Abonné 28 septembre 2019 10 h 42

      Ça devient amusant de vous voir comme l'empêcheur de tourner en rond de ces empêcheurs de tourner en rond qui se sont rassemblés hier dans la joie et une ambiance festive.

      Marc Therrien

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 28 septembre 2019 10 h 57

      Tentez de garder quelque dignité, vos propos récurrents sont nauséabonds. Regardez la parade si vous le souhaitez, mais gardez vos commentaires cyniques pour la taverne, des choses sérieuses sont en jeu ici. Votre victimite fait peine à voir, ce n'est pas de votre nombril dont il est question.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 28 septembre 2019 11 h 15

      Malheureusement, je partage votre pessimisme. Une fois le "gros happening" terminé, on voit autant de VUS dans les rues qu'avant.

      Les gens veulent que les choses changent, mais pas au prix de devoir sacrifier leurs sacro-saintes habitudes.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 28 septembre 2019 12 h 46

      500+000= 500,000 = 0

    • Cyril Dionne - Abonné 28 septembre 2019 16 h 01

      Cher M. Lamy-Théberge de Québec solidaire,

      « Oh boy ». Si on dévie de la ligne de partie, de l’idéologie ou de la sainte rectitude écologique, vous êtes sanctionné, excommunié et mis à l’index. Dans leur mantra, la liberté d’expression n’existe pas. Staline serait content.

      Ce qui est triste dans toute cette affaire du mouvement écologique au Québec, c’est la récupération politique de nos soldats de Québec solidaire. Ce mouvement devrait être apolitique et pourtant, la gauche voulant se réinventer, a investi le programme pour essayer de le contrôler. Misère.

      C’était comique de voir toute cette panoplie de gens venus de l’extérieur enfourcher leur camion et leur SUV à la fin du spectacle. Et, il faut le dire, si la CSDM n’avait pas décrété une journée pédagogique ce vendredi, libérant ainsi la masse des étudiants de Montréal et leurs parents voulant les accompagner, il n’y aurait pas eu 350 000 personnes à ce happening écologique.

      Mais la question se pose : combien la ville de Montréal et sa mairesse, Valérie Plante, ont-t-elles payé pour avoir notre déesse des changements climatiques et sa suite à Montréal? Celle-ci n’est pas venue gratuitement. Là-dessus, c’est le silence radio. J’imagine que cela sera encore le secret de la Caramilk tout comme l’était la course des chars électrique, la formule E, pour Coderre.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 28 septembre 2019 16 h 03

      "Ça devient amusant de vous voir comme l'empêcheur de tourner en rond de ces empêcheurs de tourner en rond qui se sont rassemblés hier dans la joie et une ambiance festive." - Marc Therrien

      Va pour l'ambiance festive. Les gens sont toujours prêts à embarquer quand ils voient une occasion de s'amuser à peu de frais. Mais leurs protestations, bien que légitimes, sont souvent aussi creuses que les promesses des politiciens qu'ils dénoncent. Combien d'entre eux seraient prêts, comme le dit Monsieur Dionne, à donner une partie de leur salaire pour contrer le réchauffement climatique? Combien d'entre eux seraient disposés à accepter une baisse de leur niveau de vie pour faire diminuer les GES? Combien d'entre eux consentiraient à perdre leur emploi pour sauver la planète? Poser la question, c'est y répondre.

      Comme le dit Alexandre Lamy-Théberge, des choses sérieuses sont en jeu ici, sauf que la parade n'est que cela: du tape à l'oeil pour les badauds. Après tout le monde retourne à son petit confort douillet, la conscience apaisée, heureux d'avoir fait la une des journaux. Avec une bonne loupe, les plus chanceux vont même pouvoir se repérer sur la photo de groupe...

      Les politiciens sont le miroir de la population. Ils ne font rien, ou si peu, car ils savent que s'ils osent prendre des mesures tangibles, ces dernières risquent de faire vraiment mal, de se révéler ainsi fort impopulaires et de mettre leur réélection en péril. Finalement ce sont les électeurs, et non les politiciens, qui constituent le principal obstacle à des réformes significatives en environnement.

      Tout le monde est pour la vertu mais personne ne veut en payer le prix. Il est là le problème.

    • Christian Roy - Abonné 28 septembre 2019 16 h 07

      Curieux M. Dionne que vous ne faisiez pas partie de la secte de Maxiiiiiiime. Me semble que vous auriez le bagoût (et la vision politique) pour être assis à ses côtés à la Chambre des communes.

      P.S. Votre idole Trumpy Picsous en arrache plus que jamais actuellement. Ça n'a rien à voir avec l'extrême-gauche mais avec sa propension à faire faillite dans tout ce qu'il entreprend.

    • Cyril Dionne - Abonné 28 septembre 2019 16 h 27

      M. Saint-Jarre,

      Oui, c'est bien = 0. Quelle différence ce happening « woodstockien » supposément écologique a-t-il fait sur l'empreinte carbone des gens au Québec? En y pensant bien, tout cet air chaud à généré plusieurs tonnes de GES sans paler de la myriade de RAM et VUS vu dans le terrains de stationnement du métro à Laval en après-midi.

      Enfin, sur la base de tous les slogans et signes politiques partisans que nous avons vus lors des manifestations pour le climat au cours de cette journée, sommes-nous sûrs que la motivation première est l’environnement et non la politique, élection fédérale oblige?

    • Jean-Charles Morin - Abonné 28 septembre 2019 21 h 14

      "Curieux M. Dionne que vous ne faisiez pas partie de la secte de Maxiiiiiiime." - Christian Roy

      Je ne vois pas le rapport, si toutefois il existe, entre les propos mesurés de Monsieur Dionne et les lubies réactionnaires de Maxime Bernier. Vous donnez joyeusement dans l'amalgame gratuit.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 29 septembre 2019 08 h 43

      Je voulais dire que 500,000 = 0 pour les pétrolières!