Marche pour le climat: bas les masques

Aujourd’hui, au Québec, ce n’est ni l’idéalisme ni la naïveté qui prend rendez-vous avec les pouvoirs politiques. Les jeunes, et tous les citoyens contaminés par leur ardeur, marchent d’un pas lucide. En envahissant les rues, ils espèrent convaincre les politiciens que la planète n’a que faire de leurs promesses creuses, de leurs frêles engagements et de leurs puissants paradoxes. Espérons que ce cri du coeur cessera d’être raillé et asphyxié : il devrait plutôt être le catalyseur de décisions politiques concrètes, sincères et efficaces.

La mobilisation de la jeunesse vient s’intercaler entre les enseignements de la science et l’aveuglement des politiciens. Les jeunes, pour qui l’urgence coule comme une évidence, espèrent par le nombre et la force de leur clameur forcer le passage à l’acte. Ils n’ont que faire du scepticisme et du mépris. La science a pourtant parlé très fort, mais pas assez pour changer le monde. Ils veulent crier plus fort.

Notre reporter à l’environnement, Alexandre Shields, a relayé aux partis politiques fédéraux les revendications du collectif La Planète s’invite au Parlement, instigateur de la grève du jour. À la question 2 — « Est-ce que votre parti s’engage à adopter une loi qui forcerait le gouvernement à respecter les engagements en matière de réduction des GES recommandés par le GIEC ? » —, quatre partis sur six répondent par l’affirmative. Unis dans leur cécité conservatrice, le Parti populaire du Canada et le Parti conservateur du Canada refusent de s’engager sur cette voie. Pourtant, une centaine de chercheurs, appuyant leur analyse sur près de 7000 publications scientifiques, ont redit dans un rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) que l’heure n’est plus aux palabres. Il faut agir désormais, car les répercussions irréversibles guettent.

Les grévistes pour la planète, dont on souhaite que l’ardeur à manifester serve d’électrochoc, n’ont que faire des ronchonchons qui soupirent d’exaspération devant leur école buissonnière et des semblants d’approbation déguisés en condescendance. Ils veulent des lois, des règlements, des interdits et des obligations.

Les partis qui tentent de séduire les électeurs ont beau jeu de verdir leur plan d’action, ils seront jugés sur les gestes plutôt que sur les promesses. Le premier ministre sortant, Justin Trudeau, qui sera dans la rue aujourd’hui, en sait quelque chose, lui dont les prétentions de dirigeant vert se sont heurtées à la dépense folle du pipeline Trans Mountain. Après une campagne électorale menée en 2018 sans le moindre accent vert, le gouvernement de François Legault tente d’effectuer un certain rattrapage, mais il est toujours à une vitesse réduite, peu convaincante. Cette semaine, à l’Assemblée nationale, la CAQ a appuyé la motion symbolique proposée par Québec solidaire de déclarer l’urgence climatique ; mais cette envolée vertueuse est anéantie par des paradoxes nommés 3e lien et GNL Québec. Comment se proclamer apôtre de l’action politique signifiante et songer à la construction d’un lien routier entre l’est de Québec et Lévis dont la nécessité ne repose sur aucune preuve, et à un projet de transport de gaz naturel par gazoduc jusqu’au Saguenay–Lac-Saint-Jean sans évaluation environnementale digne de ce nom ?

Voilà le genre d’incohérence qui indigne la jeunesse, car elle sait repérer les imposteurs et les faux convaincus. Bas les masques.

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8 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 27 septembre 2019 07 h 13

    Sceau

    Vous avez le sceau de mon approbation! Ces 100 chercheurs, dans quel article ou document se sont -ils manifesté.es?

  • Marc Therrien - Abonné 27 septembre 2019 07 h 55

    Un monde sans masques, vraiment?


    Cette jeunesse habile à décoder l’incohérence et à repérer l’imposture éprouve cette réalité que Ronald Laing exprimait comme suit: «Ils jouent un jeu. Ils jouent à ne pas jouer un jeu. Si je leur montre que je le vois, je briserais les règles et ils me puniront. Je dois jouer leur jeu, qui consiste à ne pas voir que je vois le jeu.» Cependant, elle saura bien rejoindre le "système" une fois son éducation terminée et l’obligation de gagner sa vie arrivée. Elle découvrira que l’hypocrisie finit par être de bonne foi quand elle aura appris qu’elle est un liant social à chaque fois qu’elle observera qu’il est peut-être utile que ses paroles contredisent ses pensées et qu’elles-mêmes soient démenties par ses actions.

    De mon côté, je retiens cet avis de Gustave Le Bon : «Ne nous plaignons pas trop de voir l'hypocrisie gouverner les hommes. Le monde deviendrait vite un enfer si elle en était bannie.»

    Marc Therrien

  • Bernard Morin - Abonné 27 septembre 2019 08 h 15

    Tout à fait d'accord avec vous mais il ne faut pas oublier que le réel pouvoir en environnment appartient aux géants financiers et industriels qui exercent un contrôle démesuré sur les gouvernements de tous les pays dévelopipés et en développement.

  • Alain Roy - Abonné 27 septembre 2019 08 h 41

    Ce n'est pas un virus

    Les jeunes, et tous les citoyens contaminés par leur ardeur...contaminés? Convertis, inspirés, fouettés... mais contaminés? Ce n'est pas un virus, c'est une contestation de la léthargie des masses, de l'asservissement du citoyen-consommateur au pouvoir des puissants de la mondialisation. Quant à l’aveuglement des politiciens, parlons plutôt de corruption, de valets de nos Rougon Macquart, de retour d'ascenseur à leurs bailleurs de fonds.

  • Pierre Rousseau - Abonné 27 septembre 2019 08 h 47

    Bas les masques ?

    On sait fort bien que les politiciens font des promesses vides et qu'ils nous mènent en bateau à chaque élection, ce n'est pas une nouveauté et il n'y a pas réellement de masques. C'est tout le système économique qui est intenable car pour tirer son épingle du jeu dans la situation actuelle, il faut créer des emplois pour compenser pour l'augmentation de la population et générer de l'activité économique, y compris en payant des taxes qui font vivre les gouvernements.

    C'est là où les projets comme le GNL entrent en jeu car ils créent des emplois, C'est la même chose en Colombie-Britannique où le gouvernement NPD avec l'appui des Verts a mis en place un nouveau projet de GNL avec gazoduc et port en eau profonde à Kitimat pour l'exportation vers l'Asie. Même chose pour le projet Trans Mountain qui promet des emplois non seulement sur le gazoduc (très peu en réalité une fois construit) et, surtout, dans les sables bitumineux.

    Pour les jeunes, ça veut dire qu'il faudra faire beaucoup de sacrifices, ainsi que pour le reste de la population, pour faire les changements nécessaires et freiner, voire stopper ce développement à outrance. J'ai l'impression que ce serait la seule manière de freiner les changements climatiques.