La fonction publique mérite mieux

Les conventions collectives liant le gouvernement du Québec à ses 540 000 salariés des ministères et des grands réseaux de la santé et de l’éducation viennent à échéance en mars prochain. C’est donc le branle-bas de combat dans les instances syndicales pour consulter les membres avant la présentation des demandes d’ici la fin octobre, comme le veut la loi.

Le premier ministre Legault a déjà prévenu les syndicats qu’ils n’allaient pas partir avec la caisse. L’argent des surplus budgétaires appartient à tous les Québécois, a-t-il ajouté, et non pas aux syndicats, aux municipalités ou aux groupes de pression.

Soit, mais encore ? Les employés de l’État ont droit à un traitement juste et équitable. Et compte tenu de la pénurie de main-d’oeuvre dans plusieurs corps d’emploi, il faut même faire plus pour recruter et retenir des gens compétents.

M. Legault a souvent laissé entendre que son gouvernement allait augmenter les salaires des préposés aux bénéficiaires en centres de longue durée, mais il n’a rien dit des milliers d’autres. Il a aussi promis de hausser le salaire des nouveaux enseignants, mais rien pour les plus expérimentés ?

 
 

Bien sûr, tout cela fait partie du jeu de la négociation. On sait que les syndicats voudront non seulement couvrir la hausse du coût de la vie comme par le passé, mais ils tenteront de bonifier les salaires en termes réels et de réduire la charge de travail. Et pour y parvenir, ils ont des arguments, du moins sur papier.

Selon les données compilées par l’Institut de la statistique, à emplois comparables la rémunération globale des salariées de l’État (salaires, avantages sociaux, retraites, heures de travail) accuse un retard de 16 % par rapport aux fonctionnaires fédéraux, de 24 % par rapport aux employés des sociétés d’État et de… 35 % par rapport à ceux des municipalités. Un écart qui était de 25 % il y a dix ans et de 15 % il y a vingt ans.

Qui osera prétendre que les salariés des réseaux de la santé et de l’éducation ne méritent pas autant que ceux des villes qui ne cessent d’augmenter les taxes sous prétexte qu’elles manquent de revenus ? Même le récent rééquilibrage de participation aux régimes de retraite des employés municipaux s’est conclu par une compensation équivalente en augmentations salariales. Le gouvernement Legault en tient-il compte dans la négociation d’un énième pacte fiscal ?

Il fut un temps où la détermination syndicale stimulée par l’arrivée de la cohorte du baby-boom a forcé les gouvernements à accorder des avantages supérieurs aux employés du secteur public qu’à ceux du privé. Ce n’est plus le cas puisque le secteur privé syndiqué profite aujourd’hui d’une avance de 17 % pour des emplois comparables.

L’adoption de lois contraignantes, mais aussi les conditions économiques difficiles et le vieillissement de la fonction publique ont eu raison des ardeurs militantes d’une majorité de syndiqués désormais convaincus des avantages de la sécurité d’emploi et d’une retraite assurée par rapport aux seuls gains salariaux.

 
 

Tout cela est en train de changer à cause de la pénurie de main-d’oeuvre. On l’a vu au ministère des Transports où il est très difficile de recruter et de retenir de jeunes ingénieurs attirés par les firmes privées, elles-mêmes victimes de pénurie. Même chose en santé, en éducation, et pas seulement chez les professionnels.

Si le gouvernement Legault croit en l’importance d’une fonction publique compétente et dévouée, il doit accélérer le travail de reconstruction et de consolidation des troupes. Il n’y a pas que les médecins qui doivent être bien traités.

Puis, il y a ce jugement de la Cour suprême qui place désormais le droit de grève au même rang qu’un droit constitutionnel. Il n’est donc pas certain que la menace habituelle d’adoption d’une loi d’exception forçant le retour au travail ait le même effet dissuasif que par le passé.

Cela dit, améliorer les conditions de travail du demi-million d’employés de l’État n’est pas synonyme de satisfaire aux interminables listes d’épicerie dressées par les instances syndicales.

Toute amélioration des conditions de travail doit aller de pair avec une amélioration des services aux citoyens, cela va de soi. On a trop longtemps confondu l’un et l’autre, ce qui a contribué à la détérioration de plusieurs services. La mauvaise réputation de nos écoles secondaires publiques depuis trente ans en est un exemple.

De part et d’autre de la table de négociations, gouvernement et syndicats doivent travailler à placer la qualité des services publics en tête de leurs priorités, à la plus grande satisfaction des employés et des citoyens.

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4 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 25 septembre 2019 01 h 26

    Bizarre de paragraphe...

    Il commence ainsi :

    «Toute amélioration des conditions de travail doit aller de pair avec une amélioration des services aux citoyens, cela va de soi. On a trop longtemps confondu l’un et l’autre, ce qui a contribué à la détérioration de plusieurs services.»

    Pour les avoir confondus, il faudrait que les conditions de travail se soient améliorées. Or, tout ce qui précède ce paragraphe dans cet éditorial montre l'inverse. Ce qui est allé de pair, c'est la dégradation des conditions de travail et celle des services.

    Il se termine ainsi :

    «La mauvaise réputation de nos écoles secondaires publiques depuis trente ans en est un exemple.»

    Cette mauvaise réputation relève en partie de l'acharnement contre l'école publique et du parti-pris des médias pour l'école privée qui a, elle, les moyens de se payer des publicités dans les médias. Elle relève aussi de ce que le Conseil supérieur de l'éducation a appellé dans son document intitulé «Remettre le cap sur l’équité» la ségrégation scolaire, qui serait la pire au Québec. Elle n'a rien à voir avec l'amélioration des conditions de travail des personnes qui travaillent dans ce secteur, d'autant plus que, je me répète, ces conditions se sont dégradées.

  • Germain Dallaire - Abonné 25 septembre 2019 07 h 49

    Un test pour le nationalisme de la CAQ

    Le surplus du gouvernement québécois se situe entre 4 et 6 milliards$. Ce surplus, il faut le souligner à gros traits, est le résultat de coupes sombres dans les services publics faites par les libéraux. Les caquistes ne doivent surtout pas s'asseoir sur ces surplus. Le nationalisme, ce n'est pas que la laicité et la langue française, c'est aussi un état qui donne des services plublics de qualité dont la population peut tirer une fierté. Et cela passe par un traitement avantageux de ses artisans. Si la CAQ est sérieuse dans son nationalisme, elle devra sortir de sa mentalité de chambre de commerce.

  • Claude Froment - Abonné 25 septembre 2019 15 h 27

    et les retraités...

    Monsieur Sansfacon dans son article nous dit que les syndicats ont reçu une compensation en regard des pertes du aux compressions. Tant mieux !

    Je veux juste souligner que les retraités qui recevait une petitite indexation de 1/2 de 1%, se sont vus se faire enlever la dite indexation. En ce qui concerne la Ville de Montréal.

    Pourtant leur pouvoir d'achat se rétrécit comme celui des employés en poste. Évidemment, rien n'est fait pour atténuer un peu celui-ci.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 26 septembre 2019 15 h 16

    Il n'y a donc pas eu de rééquilibrage de ces régimes de pension qui sont injustes pour la population.

    "Même le récent rééquilibrage de participation aux régimes de retraite des employés municipaux s’est conclu par une compensation équivalente en augmentations salariales."

    Le constat a retenir de la publication de l'ISQ (qui eux même sont des fonctionnaires provinciaux... ) c'est que les municipalités payent injustement trop cher leurs employés.

    Cette manie de prendre comme référence ceux qui sont payés les plus chers est un des principaux engrenages qui imposent que l'économie doive gonfler et gonfler, coûte que coûte, sans arrêt. Avec les conséquences environnementale que la chose entraine.

    La marche pour l'environnement de demain est grandement organisée par la CSN, et probablement par d'autres centrales. Il serait grandement temps que leur discours environementalistes soient conséquent avec leurs demandes toujours en mode " libre droit de négo " comme dans dans libre droit de tourjours plus plus de richesse, peu importe les conséquences.