L’environnement, vraiment?

La campagne électorale débute à peine que déjà les engagements des partis totalisent des milliards de dollars en baisse d’impôt pour les familles et pour la « classe moyenne », que chacun définit à sa convenance.

Pour l’instant, ce sont les conservateurs d’Andrew Scheer qui remportent la palme avec la promesse de faire passer le taux d’imposition de la première tranche de revenus imposables de 15 % à 13,75 % d’ici quatre ans, soit une baisse de 6 milliards par année.

Si la mesure s’apparente à celle qui a été adoptée par le gouvernement de Justin Trudeau, elle s’en éloigne par son ampleur puisque le cadeau libéral ne favorisait que les revenus de plus de 45 000 $, à un coût annuel de 1,2 milliard. Il faut dire que les libéraux ont aussi introduit l’Allocation canadienne pour enfants, une mesure de 3,5 milliards plus coûteuse que les trois programmes qu’elle a remplacés.

Pour revenir aux conservateurs, ils ont aussi déjà promis quatre autres mesures qui vont du rétablissement des crédits d’impôt pour l’activité physique à la bonification du régime d’épargne étude, en passant par l’annulation de l’impôt sur les prestations de congé parental, le tout pour une autre tranche de 2,2 milliards par année d’ici quatre ans.

Quant aux libéraux, ils ont commencé leur campagne avec des promesses plutôt modestes, mais eux aussi ciblent les familles avec la bonification de l’Allocation pour enfants de moins d’un an et l’exonération d’impôt sur les revenus de congés parentaux.

 
 

Il n’y a rien de mal à promettre de réduire le fardeau fiscal des familles comme le font tous les partis. Avec un taux d’endettement aussi élevé que celui des ménages canadiens à l’heure actuelle, les politiciens ont compris que l’heure est au soutien familial.

Cela dit, il ne faut pas non plus prendre les électeurs pour des valises en tentant de leur faire croire qu’on peut à la fois réduire les impôts et éliminer les déficits sans toucher aux programmes. En 2015, l’économie canadienne présentait des signes de ralentissement et Justin Trudeau s’était engagé à lancer un vaste programme d’infrastructures et à réduire les impôts des familles grâce à un modeste déficit bien temporaire d’une dizaine de milliards. Quatre ans plus tard, le déficit a doublé et il n’est pas près de disparaître.

Cela ne représente que 0,9 % du PIB, comparativement à plus de 4 % pour le gouvernement pourtant très à droite de Donald Trump. C’est d’ailleurs pour éviter tout rapprochement avec celui-ci, dont il n’est pourtant pas très loin sur le plan idéologique, que M. Scheer parle peu de dette publique en ce début de campagne et qu’il s’engage désormais à éliminer le déficit sur cinq ans au lieu de deux.

Ce qu’il ne dit pas cependant, c’est comment il y parviendra en réduisant les impôts d’au moins 8 milliards par année et sans toucher aux programmes et aux transferts aux provinces.

 
 

Les conservateurs promettent aussi de faire disparaître la taxe honnie sur le carbone même en sachant que la plus grande part est retournée aux ménages sous forme de crédit d’impôt spécifique. Cette fameuse taxe constitue sans doute la mesure d’écofiscalité la plus importante du gouvernement Trudeau, mais l’équipe libérale ne s’en vante pas trop à cause de son impopularité dans plusieurs régions du pays. Une taxe qu’ils n’ont pas été capables d’expliquer.

L’écofiscalité est cette approche qui lie l’introduction d’une nouvelle taxe ou, à l’inverse, d’un crédit d’impôt ou d’une subvention à un objectif environnemental. En cette époque où la peur du réchauffement climatique atteint des niveaux sans précédent, les grands partis canadiens n’osent pas placer l’environnement en tête de leurs priorités à cause des divisions qui opposent les régions et les électeurs entre eux.

Il y a bien sûr le Parti vert qui prône une sortie rapide et sans compromis de l’ère des hydrocarbures, mais la cohérence quant à la façon d’y parvenir fait défaut. Et le Bloc québécois qui joue à fond la carte d’un Québec déjà acquis aux énergies renouvelables et à la lutte contre le réchauffement climatique, ce qui est loin d’être le cas.

Pour le reste, du côté du Nouveau Parti démocratique, des conservateurs et des libéraux, le double discours l’emporte selon la langue utilisée par le chef et la ville où il se présente.

Même si le Canada est loin de respecter les cibles de réduction des gaz à effet de serre auxquelles il a adhéré à Kyoto et à Paris, aucun des grands partis en campagne n’a pour l’instant de plan à long terme crédible et réaliste à présenter. Plus que trois semaines avant les élections, attendons la suite.

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