Faillite de Stornoway: pourquoi détenir une mine?

En se plaçant sous la protection des tribunaux, la minière Stornoway, dont le gouvernement du Québec est l’actionnaire principal, reconnaît son échec à trouver le chemin de la rentabilité après trois ans de fonctionnement.

Cette manoeuvre légale permet d’éviter la faillite à court terme pour laisser le temps aux créanciers de restructurer la société. D’ailleurs, on annonçait le jour même la création d’une nouvelle entité juridique débarrassée du fardeau d’au moins 300 millions de dettes, avec pour partenaires le fonds minier Triple Flag, Redevances aurifères Osisko et encore une fois Investissement Québec et la Caisse de dépôt.

Ces deux derniers ainsi que le Fonds de solidarité et tous les petits actionnaires ont donc perdu des centaines de millions jusqu’à maintenant, mais la mine tourne toujours. Pour combien de temps ? Cela dépendra du marché mondial du diamant, puisque voilà le problème numéro un depuis l’ouverture : le prix mondial du diamant est insuffisant pour rentabiliser les opérations.


 
 

Né de la volonté du gouvernement Charest de faire du Plan Nord le fer de lance du développement économique, le projet Renard de la société Stornoway est la seule mine de diamant au Québec. La découverte de ce gisement remonte aux années quatre-vingt-dix, mais c’est en 2012 que Québec a décidé de mettre tout son poids financier dans la balance.

Deux ans plus tard, Stornoway achevait un montage financier d’une valeur d’un milliard de dollars avec comme principaux actionnaires Investissement Québec, la Caisse de dépôt, le fonds new-yorkais Orion Mines Finance et des milliers de petits actionnaires qui ont aujourd’hui tout perdu.

Entre 2014 et 2017, on a construit la mine, l’usine d’extraction et une route de 240 kilomètres pour transporter le minerai. Au cours des premiers mois d’exploitation, on a rencontré des problèmes d’extraction du diamant de la pierre porteuse, mais le tout a été corrigé depuis.

Ce qui n’est toujours pas corrigé, c’est le prix mondial du diamant qu’on attendait autour de 180 $US le carat et qui a plutôt chuté de moitié entre-temps.

Encore aujourd’hui, c’est l’argument le plus souvent invoqué pour justifier le sauvetage de la mine Renard : d’ici 2022, croit-on, plusieurs gisements seront épuisés, dont celui de la mine australienne Argyle de Rio Tinto qui produit des diamants « champagne ».

Sera-ce le cas et, si oui, les prix augmenteront-ils suffisamment pour que la nouvelle société fasse ses frais ?

Chose certaine, les 20 millions de dollars de liquidités promises cette semaine par les investisseurs ne suffiront pas pour tenir le coup bien longtemps. Combien faudra-t-il allonger de plus, et qui le fera au besoin ? Qui, sinon le gouvernement du Québec qui a déjà perdu plus de 300 millions de dollars dans l’aventure ?


 
 

Voilà un autre bel exemple du piège tendu à tout gouvernement qui choisit de s’impliquer directement dans l’actionnariat d’une société industrielle.

Les libéraux voulaient faire un grand coup en prenant le leadership de l’exploitation diamantaire aux côtés d’Orion Mines Finance, un fonds minier américain. Faute de profits, ce dernier a préféré encaisser une lourde perte l’an dernier en vendant la quasi-totalité de ses actions au lieu de réinvestir dans la société.

Il a donc fallu faire appel à nouveau à Investissement Québec, à la Caisse et cette fois au Fonds de solidarité qui, ensemble, ont injecté 130 millions de dollars malgré des pertes de 329 millions de dollars pour 2018.

La situation s’étant encore aggravée en 2019, on a cherché un repreneur, sans succès. Il a donc fallu ajouter quelques dizaines de millions de plus pour passer l’été, mais peine perdue.

Après avoir injecté directement près d’un demi-milliard dans une mine et une usine d’extraction toute neuve qui embauchent plus de 500 travailleurs, qu’est-ce qu’un gouvernement peut faire d’autre que de récidiver tant qu’il y a l’espoir de jours meilleurs ?

Les 25 mines en exploitation au Québec ont versé ensemble un total de 220 millions de dollars en redevances en 2017, et moins de la moitié de cette somme l’année précédente. C’est à peine 1,5 % de la valeur totale du minerai, en excluant les impôts payés par les travailleurs et les sociétés.

Nombre de pays en ont fait la preuve, il y a moyen de retirer bien davantage de l’activité minière sans avoir à y injecter directement autant de fonds publics. Les crédits d’impôt à l’exploration et à l’exploitation, si généreux chez nous, et le soutien à la construction d’infrastructures et à la formation de la main-d’oeuvre suffisent amplement.

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5 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 11 septembre 2019 07 h 42

    Irresponsabilité!


    Qui pouvait sérieusement penser qu'investir dans le diamant n'était pas un choix hautement risqué. Un gouvernement le moindrement responsable n'aurait pas dû mettre le moindre sou dans une compagnie privée comme Stornoway. Hélas! Comme d'habitude, ce sont les contribuables qui paieront le prix de ce type de fiasco.

    M.L

    • David Cormier - Abonné 11 septembre 2019 13 h 22

      Un Liberal fiasco. Vous savez, les fameux « experts » de l'économie?

  • Bernard Terreault - Abonné 11 septembre 2019 08 h 13

    Bien d'accord

    D'autant que, pour un gouvernement d'investir dans telle entreprise et pas dans telle autre constitue clairement du favoritisme. On est capitaliste ou on est socialiste, mais un mélange incohétent des deux.

  • Serge Lamarche - Abonné 11 septembre 2019 20 h 12

    Pas si perdant

    Il ne faut pas oublier que ces 500 employés payent des impôts. Ces impôts renflouent le gouvernement de la valeur de la perte ou même plus.

  • Jean-François Trottier - Abonné 12 septembre 2019 12 h 20

    En effet

    Et dire que Massé veut faire de l'État un actionnaire majoritaire pour les mindes de lithium!
    Sans parler de la nationalisation des mines selon son bô programme. L'art de provoquer la catastrophe, puis accuser les autres.

    Y en a qui ne comprendront jamais.