Au-delà de l’image

Le lancement officiel de la campagne électorale fédérale approche — d’ici deux semaines — et les deux principaux partis partent au coude à coude, aucun porté par un désir de changement abrupt au sein de l’électorat. L’heure est plutôt au doute et à l’indécision.

Ce n’est pas pour rien. Les succès du gouvernement Trudeau semblent insuffisants pour faire oublier les déceptions et les ratés éthiques. La promesse d’en mettre davantage dans les poches des citoyens est encore trop imprécise pour dissiper le flou qui entoure le chef conservateur Andrew Scheer. Et le NPD, le Parti vert et le Bloc québécois, arriveront-ils à grignoter suffisamment les appuis des deux autres pour provoquer l’élection d’un gouvernement minoritaire ?

L’équipe Trudeau a l’avantage d’une économie en bonne santé. Il a aussi des réussites, certaines difficiles, à mettre en vitrine, comme le démontre le relevé effectué par le Centre d’analyse des politiques publiques de l’Université Laval. On pense entre autres à la réduction de la pauvreté infantile grâce à l’Allocation canadienne pour enfant, à l’accueil de plus de 25 000 réfugiés syriens, aux investissements dans les infrastructures et les programmes autochtones, à la mise en place risquée de la taxe sur le carbone…

Mais si les libéraux ont mis en oeuvre l’essentiel de leurs promesses, dont la légalisation de la marijuana, la façon de s’y prendre n’a pas toujours été à la hauteur des attentes. En politique étrangère, ils sont parvenus à gérer la relation difficile avec le bouillant président américain, Donald Trump, en particulier dans le dossier du libre-échange. Des accords commerciaux ont été conclus, mais les relations avec la Chine et l’Inde sont empoisonnées. On a réorienté l’aide internationale dans le bon sens, mais sans le financement approprié. Le multilatéralisme a retrouvé ses lettres de noblesse, mais notre participation aux missions onusiennes reste timide.

Le pire demeure les promesses trahies : la réforme du mode de scrutin, le ménage dans les peines minimales, l’adoption d’un cadre de reconnaissance et de mise en oeuvre des droits des Autochtones, la priorité donnée aux énergies vertes contredite par l’achat d’un pipeline et le maintien des subventions au secteur des énergies fossiles.

L’engagement à gouverner autrement, avec plus de transparence et plus d’éthique, est devenu un mirage. Justin Trudeau termine son mandat en étant le seul premier ministre visé par deux blâmes du conseiller en éthique, dont celui dans le dossier SNC-Lavalin. Cette affaire, gérée avec incompétence, lui a coûté deux ministres, Jane Philpott et Jody Wilson-Raybould, la première Autochtone à occuper le poste de ministre de la Justice. Après quatre ans au pouvoir, l’image de Justin Trudeau en sort assurément ternie et sa compétence est souvent mise en doute.

S’il se maintient malgré tout dans les sondages, c’est aussi parce que les conservateurs, leur chef en tête, n’ont pas encore expliqué comment ils s’y prendraient, eux, dans une foule de dossiers, en plus d’être encore hantés par des questions sur l’avortement. À leur décharge, on ne connaît pas encore leur programme, mais les quelques volets dévoilés sont loin d’être convaincants. Ils dénoncent avec virulence la taxe sur le carbone, mais leur plan de lutte contre les changements climatiques, l’enjeu de notre époque, manque de crédibilité. En matière d’éthique, ils gardent l’affaire SNC-Lavalin dans leur ligne de mire, non sans raison, mais en parlant de corruption, ils déforment les faits et nuisent à leurs arguments.

La lutte serrée donne au NPD, au Parti vert et au Bloc québécois l’occasion de faire valoir leur possible influence au lendemain d’un scrutin qui se conclurait par l’élection d’un gouvernement minoritaire. Le NPD a déjà fermé la porte à toute collaboration avec un gouvernement conservateur, alors que le Bloc québécois et le Parti vert sont ouverts, chacun à leur manière, à travailler avec celui qui sera élu.

Dans ce contexte, comparer les programmes pour voir au-delà des invectives sera crucial et, fait nouveau et heureux, il sera possible de se faire une idée plus claire que par le passé, car le coût de plusieurs plateformes sera jaugé par le directeur parlementaire du budget. Il faut espérer que tous les partis qui ont recours à ses services auront la décence de publier ses avis. En cette ère de fausses nouvelles et de désinformation, avoir une opinion crédible indépendante est devenu une nécessité.

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2 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 30 août 2019 12 h 55

    Pourquoi ne pas parler de Radio-Canada avec M. Auger qui essaie de pourfendre les Conservateurs à la radio?

    Je n'aime ni les Libéraux, ni les Conservateurs, mais j'aime encore les soi-disant journalistes et animateurs qui sont aux antipodes de ceux et celles qui préconisent le journalisme objectif! Quand allez-vous arrêter de tenter d'écraser ce qui ne fait pas votre affaire, avec notre argent? Il y a tellement de fausses nouvelles et des propos non appropriés qu'il va falloir mettre de l'ordre dans cette maison, celle qui tente de sauver le PM actuel du Canada, quitte à dire n'importe quoi, sans aucun contrôle! Prenez-vous les Québécois pour des canards boiteux? Pour des imbéciles? C'est ce qu'on appelle aussi avoir une conscience élastique!

  • Bernard LEIFFET - Abonné 30 août 2019 15 h 15

    Il manque un mot au commentaire précédent!

    Lire au début : j'aime encore MOINS les soi-disant...
    Merci de votre compréhension.
    Bernard LEIFFET