Manger pour le climat

Consommer beaucoup moins de viande pour la remplacer par des aliments d’origine végétale, voilà ce que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) recommande dans son dernier rapport sur l’usage des terres dans une situation de réchauffement climatique.

Il ne s’agit pas d’éliminer totalement la viande de nos assiettes — le GIEC n’a pas versé dans le militantisme végane. Réduire sa consommation, certes, mais on peut aussi se tourner vers les viandes dont la production émet moins de gaz à effet de serre (GES).

Nous savons que le boeuf vient en tête de liste pour les émissions de GES, soit l’équivalent de 32,5 kg de CO₂ par kilogramme produit. C’est presque trois fois plus que le porc et quatre fois plus que la volaille. En comparaison, la production d’aliments d’origine végétale ne produit qu’une minime fraction de ces émissions : 0,1 kg pour le soya, 0,06 kg pour les légumes et 1,2 kg pour le riz.

Comme pour les autres émissions de GES, les pays développés tiennent le haut du pavé : ils consomment 750 % plus de viande que les pays moins développés. C’est donc essentiellement les populations des pays riches qui sont concernées.

Les produits d’origine animale comptent pour environ les trois quarts des émissions de GES de l’ensemble du secteur agricole dans le monde. Ce secteur, ainsi que la foresterie, contribue pour 23 % aux émissions de GES ; en revanche, les terres absorbent le tiers des émissions de GES produites par l’activité humaine.

Le GIEC met également en garde contre la dégradation des terres agricoles et contre les risques d’incendie et de sécheresse qu’entraînera le réchauffement climatique.

Évidemment, cette dégradation des terres ne touchera pas tous les pays de façon uniforme. Au Québec, par exemple, la hausse de température devrait contribuer à accroître les rendements agricoles. Mais on doit s’attendre à davantage d’événements climatiques extrêmes dont les conséquences pour l’agriculture sont difficiles à évaluer.

Le GIEC souligne aussi l’importance de réduire le gaspillage des aliments, qui représente le tiers de la production mondiale, ce qui est énorme.

On peut modifier ses habitudes alimentaires sans se priver ; on y gagne même en variété. Pour des questions de santé surtout, la population a considérablement réduit sa consommation de boeuf au Canada. En 30 ans, elle a chuté de 40 %, à quelque 17 kg par habitant, selon Statistique Canada. Et la consommation de volaille a connu une progression inverse, devenant, à 26 kg par habitant, le produit carné le plus consommé.

Au Québec et ailleurs, l’offre de produits locaux, donc les circuits courts, s’est beaucoup développée, tout comme l’agriculture biologique. Les légumes de saison sont recherchés, bien qu’une grande partie des produits d’origine végétale consommés par les Québécois soit importée : le bilan des GES est plombé par les émissions liées à leur transport sur de longues distances.

Certes, il faut manger moins de viande — rouge, surtout — et plus de fruits, de légumes et de légumineuses pour une question de saine alimentation. S’ajoute donc une autre justification, celle du réchauffement climatique.

Mais on ne doit pas s’arrêter là. Il nous faut améliorer le bilan écologique de la production agricole.

C’est en fait un virage environnemental que doit prendre l’agriculture au Québec. Non pas que rien ne s’est fait ces dernières années, mais il y a lieu d’adopter une approche beaucoup plus systématique. Or, à ce jour, le gouvernement de la Coalition avenir Québec a montré peu d’intérêt à cet égard, ce qui semble être la posture qu’il adopte quand la protection de l’environnement touche à l’activité économique.

Quand on pense aux centaines de millions du Fonds vert qui ont été dépensés sans effet réel sur la qualité de l’environnement, il est étonnant que le gouvernement caquiste n’envisage pas de consacrer des sommes de ce fonds pour soutenir nos agriculteurs dans leur virage environnemental. Des dizaines de millions devraient être réservés à la recherche indépendante afin de développer de nouvelles pratiques plus respectueuses de l’environnement, visant notamment le remplacement des méthodes de culture dépendantes des pesticides.

L’Union des producteurs agricoles (UPA) est revenue à la charge pour réclamer du gouvernement un programme de compensation financière pour les efforts déployés par les agriculteurs pour mieux protéger l’environnement et la réduction des rendements qui peut y être associée. Il est évident que l’aide de l’État permettrait d’accélérer le mouvement. Le syndicat agricole évalue à 100 millions par an le coût d’un tel programme. Il nous semble que ce serait là une utilisation judicieuse du Fonds vert.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

9 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 12 août 2019 10 h 18

    Ce n’est pas la qualité ou l'origine de la nourriture, mais bien la quantité de gens qui la consomme

    S’il y avait moins de personnes qui mangeaient, est-ce qu’on aurait besoin de modifier nos habitudes alimentaires sans se priver? On jase ici. Si la population mondiale était demeurée dans les 3 milliards comme en 1960 et non pas les 8,4 milliards d’aujourd’hui, est-ce qu’on parlerait des changements climatiques en 2019? Poser les questions, c’est y répondre.

    Ceci dit, bien d’accord pour modifier nos habitudes alimentaire pour aider l’environnement et le régionalisme a bien meilleur goût. Mais encore une fois, ceci semble être un problème de riches. Les pauvres mangent ce qu’ils peuvent manger. Et encore une fois, le Québec ne représente que 0,2% des GES mondiaux si on arrondit. Dire que cela semble être un coup d’épée dans l’eau est très optimiste.

    • Françoise Labelle - Abonnée 12 août 2019 16 h 53

      À l'échelle mondiale, l'élevage compte pour 15% à 18% des GES, avec le boeuf en tête (ONU pour l'alimentation et l'agriculture) et on prévoit une hausse de la demande. Le GIEC parle donc de production bovine mondiale, comme le boeuf de la brésilienne 3G Capital (Tim Horton, Burger King, etc.) pour laquelle Bolsonaro déforeste l'Amazone, un facteur indirect très important.
      Les canadiens ont diminué leur consommation de boeuf. Pour des raisons de santé et de prix. Le Québec produirait de 15 à 25 % du bœuf au Canada. Aux USA, le taux d'obésité est de 40% selon le CDC (Center fo Disease Control). Ils ont du pain sur la planche pour dimineur les portions de calories.
      Le palmarès canadien du Co2 s'établissait comme suit en 2017: 1. Alberta 272,8 2. Ontario 158,7 3. ex-aequo Québec/Saskatchewan 78,0/77,9.
      La part du lion revient au pétrole et au transport; il faut donc diminuer sa consommation de lion avant tout. Et on a hélas toujours le droit de vote au Canada.

    • Jean Duchesneau - Abonné 12 août 2019 18 h 13

      Quelle remarque, l’un n’exclut pas l’autre.

      Àl’échellebplanétaire, le problème est double: D’une part, il se mange trop de nourriture à haute empreinte écologique et d’autre part, la croissance démographique est incontrôlée en particulier en Afrique.

      Ceci étant dit, on ne peut agir que ce sur quoi on a le choix!

    • Marc Pelletier - Abonné 13 août 2019 11 h 56

      La consommation de la viande de boeuf, au Québec, est en diminution alors que celle du poulet est en augmentation : cette situation s'explique sans doute largement par les prix de ces aliments .

      D'autre part , on nous informe aujourd'hui dans le " Journal " que les Québécois sont de plus en plus " branchés aux voitures électriques " : 52,000 voitures étaient enregistrées au 30 juin et l'association des véhicules électriques du Québec (AVEQ) prévoit que ce chiffre doublerait d'ici la fin de l'année . Cependant, il faut voir que le Fédéral subventionne présentement 5000 $ en plus du 8000 $ du Québec et avec la venue prochaine des élections au Canada, plusieurs acheteurs potentiels de voitures électriques veulent sans doute profiter des $$$ qui sont à leur disposition en 2019 .

      Les deux faits que je viens de mentionner ne me permettent toutefois pas de conclure si les acheteurs ont motivés uniquement par les économies à réaliser ou si leur éveil pour l'environnement joue aussi dans leurs prises de décisions .

  • Nadia Alexan - Abonnée 12 août 2019 10 h 58

    Un effort monumental est requis par nos gouvernements.

    Merci, monsieur, Dutrisac, pour vos propos lucides. Effectivement, ce n'est pas seulement un effort de la part des individus qu'il faudrait envisager pour sauver le climat. Il faudrait aussi une réglementation majeure de la part de nos gouvernements aveuglés par les fabricants de pesticides, pour sortir de l'agriculture industrielle basée sur l'emploi du «glyphosate» un produit cancérigène interdit par l'Union européen et que nos gouvernements continuent de banaliser.

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 12 août 2019 13 h 02

    incohérence végane

    Les véganes qui veulent bannir la nourriture à base de viande semblent oublier que les excréments des bestiaux à viande et de la volaille servent à fabriquer du compost naturel qui évite d'utiliser des pesticides pour faire pousser les plantes pour lesquelles ils ont un amour immodéré. Ce ne sont pas les animaux qu'il faut bannir, c'est le système capitaliste en agriculture (agro-business) dont il faut se débarasser.

  • Yves Corbeil - Inscrit 12 août 2019 15 h 46

    Imaginé si...

    Oui imaginé si Jean Garon était demeuré ministre de l'agriculture jusqu'à aujourd'hui encore et plus encore.

    https://www.erudit.org/fr/revues/cgq/2014-v58-n165-cgq02065/1033011ar/

    Mais que s'est-il passé pour que l'on recule à ce point en seulement deux décennies. Faites l'inventaire de toutes les mauvaises décisions prisent par ceux qui ont été au pouvoir ces deux dernières décennies, influencer qu'ils étaient par tous ces lobbyistes aux services de promoteur en tous genres.

    Aujourd'hui, nous vivons le modèle «globalisé» avec tous ces accords qui ne font aucun sens avec le réchauffement climatique. On ne parle toujours pas de mettre un terme à l'obsolescense programmée, une tare qui fut introduite en support à un système qui ne fonctionne tout simplement plus. Imaginez le petit couple du 21e siècle qui achète tous ce qu'il a besoin pour faire une belle vie puis économise ensuite ce qu'il a besoin pour sa retraite au lieu de passer sa vie a remplacé tous ce qui ne fonctionne plus due à cette TARE.

    On ne parlerait surement pas du même niveau de réchauffement en limitant cette surconsommation due à l'inefficatité des produits achetés à répétition. Et peut-être même qu'on pourrait envisagé un certain confort pour la majorité des être vivants sur la planète et les dépôts à vidanges ne seraient autant d'actuaités.

    Vous savez quoi monsieur Dutrisac, quand j'étais jeune, on en mangaient pas des fraises en hivers, ni des bleuets ou du blé d'inde et nous n'en sommes pas mort.

    La globalisation, la mondialisation, vous êtes vous déjà sérieusement poser la question, à qui ça sert tout cela? Ça vous en donne-tu plus dans vos poches? êtes-vous plus en santé? êtes-vous plus heureux de manger des choses qui viennent d'à l'autre bout du monde. Pis les chinois, sot-ils plus heureux de manger des bleuets du Lac St-Jean. Les produits de base comme les grains qui servent à la fabrication des aliments je veux bien mais pour le reste, à quoi ça sert. Est-ce due au mouve

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 12 août 2019 17 h 35

    Excellent édito

    Bravo !