Jeunes libéraux: divisions sur l’interculturalisme

Lors du 37e Congrès-Jeunes du Parti libéral du Québec qui se déroule samedi et dimanche à Québec, les jeunes libéraux débattront d’une proposition de la Commission-Jeunesse du parti en faveur de l’adoption d’une loi sur l’interculturalisme, qui, contrairement au multiculturalisme canadien que cette instance rejette, reconnaît la « présence, au Québec, d’un groupe majoritaire francophone » et l’existence d’une « culture commune [qui] doit servir de socle pour l’intégration des immigrants », la culture québécoise étant « source de cohésion sociale ».

Or ce rejet du multiculturalisme — acceptable pour le reste du Canada mais pas pour le Québec, a précisé le président de la Commission-Jeunesse du PLQ, Stéphane Stril — a provoqué une vive réaction de la part du président de la Commission des communautés culturelles du parti, Mohammed Barhone, pour qui le multiculturalisme « a toujours été une réalité québécoise » et « de nos innombrables communautés qui composent notre riche mosaïque ». Selon lui, l’interculturalisme est « un échec » : « c’est nous diviser entre culture majoritaire et cultures minoritaires, condamnées à s’assimiler ». Seul le multiculturalisme, à ses yeux, est « garant de l’égalité entre toutes les communautés et entre tous les Québécois ».

Espérons qu’ils ne sont pas trop nombreux à penser de la sorte au sein de la formation politique, car la reconnexion du PLQ avec la majorité francophone, que bien des libéraux appellent de tous leurs voeux, serait impossible.

Son opinion sur l’interculturalisme représente toutefois un courant au sein du PLQ à l’heure actuelle, où bien des militants se sentent « Canadian first and foremost », d’autant plus que la plupart des circonscriptions que le parti a conservées sont des bastions qui comptent un grand nombre d’anglophones et d’allophones.

Communautariste, Philippe Couillard avait indirectement encouragé cette tendance en prônant, quand il était candidat à la chefferie libérale, la création d’une nouvelle identité québécoise qui ne serait pas l’apanage de la majorité francophone, une « communauté » qui ne devait pas imposer sa vision aux autres communautés. Son projet de se servir à cette fin des instances du PLQ, regroupant « un éventail des communautés au Québec », avait-il souligné, n’a jamais vu le jour et il s’est rallié sur le tard, avec le dévoilement de la Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes en 2017, au concept d’interculturalisme, promettant de l’encadrer dans une politique.

L’interculturalisme, c’est la réplique de Robert Bourassa au multiculturalisme promu par le pouvoir fédéral et protégé par un article interprétatif de la Constitution de 1982. Il est clair que le multiculturalisme post-national, qui rabaisse le peuple québécois à un statut de gros groupe ethnique appelé à coexister avec d’autres groupes ethniques au sein d’une diversité dépourvue d’ancrage dans une culture commune, ne peut convenir au Québec.

L’interculturalisme, toutefois, est sujet à bien des interprétations. Pour les nationalistes conservateurs, dont les thèses sont défendues intelligemment par Mathieu Bock-Côté, entre autres, et pour certains multiculturalistes aussi, ce concept n’est qu’une version du multiculturalisme. L’interculturalisme, favorisant le pluralisme, irait à l’encontre de l’identité nationale québécoise et mine la préséance de la majorité francophone, estiment ces conservateurs, qui préconisent une approche purement assimilatrice et le ralliement à une « culture de convergence », pour reprendre l’expression de Fernand Dumont.

Populaire ou savante, la culture québécoise est bien vivante, c’est un fait tangible. Elle n’est pas qu’histoire et origines. Cette culture est moderne, distincte au sein de la francophonie — elle n’est pas franco-française — et elle est déjà passablement métissée. On ne peut nier les influences anglaises et américaines dont elle s’est nourrie, de même que françaises évidemment — et nous ne parlons pas seulement de ses racines pré-Révolution française.

En ce sens, plutôt que de parler de culture de convergence, il conviendrait sans doute de parler, comme l’ont suggéré certains auteurs, de convergence culturelle, une notion moins théorique que l’interculturalisme. Ouverte à la diversité culturelle, dont elle est d’ailleurs une incarnation, la culture québécoise est perméable aux influences. C’est ce qui peut expliquer sa fragilité, mais aussi sa vitalité. On ne peut certes pas ignorer les difficultés que lui posent le statut politique du Québec et la concurrence multiculturelle canadienne qui s’exerce auprès des immigrants. C’est une raison de plus pour tout mettre en oeuvre afin que la plupart des nouveaux arrivants se l’approprient puisqu’en définitive, au-delà de l’opposition entre majorité et minorités, c’est la culture de leur terre d’accueil.

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12 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 10 août 2019 02 h 01

    Ouf!

    «c’est la culture de leur terre d’accueil»

    Entre ça et le «C'est comme ça qu'on vit au Québec», il n'y a guère de différence. Virage caquiste du Devoir? J'espère que non, ce serait triste...

    Il faut dire que quand on vante «les thèses défendues intelligemment par Mathieu Bock-Côté», on se colle sur le Journal de Montréal et ses promoteurs du nationalisme identitaire. Ce qui est encore plus triste.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 10 août 2019 13 h 55

      Je vous trouve bien sévère, M.Jodoin.

      L’éditorial de M. Dutrisac est un des meilleurs textes qu’il m’ait été donné de lire sous sa plume.

  • Gilles Bonin - Inscrit 10 août 2019 06 h 15

    Multiculturalisme au pire,

    interculturalisme au un peu mieux... mais au bout ça finit toujours en une même mélasse qui trop ingurgitée est très indigeste. Parlons plutôt du respect de l'autre... respect qui, bien compris et appliqué, marche dans tous les sens.

    • André Robert - Abonné 11 août 2019 19 h 59

      Respect de l'autre quand d'abord on a le respect de soi. Trop de Québécois "de souche" ont honte d'eux-mêmes, de leur culture, de leur histoire et s'effacent devant les cuttures des nouveaux immigrants. Ils se targuent d'être ainsi moralement altruistes et bons et osent juger et mépriser les identitaires, ce qui est "politiquement correct". Si vous déménagiez au Maroc ou dans tout autre pays, monsieur Bonin, exigeriez-vous de conserver votre langue et votre culture et exigeriez-vous que les Marocains méprisent la leur comme vous le faites avec la vôtre? Si on s'attend au respect de soi si on a honte de soi et des siens, le nouvel arrivant ne nous manifestera sûrement pas du respect. Il me semble que vous n'avez pas lu Bock-Côté.

  • Cyril Dionne - Abonné 10 août 2019 08 h 25

    L’interculturalisme, la version édulcorée du multiculturalisme

    L’interculturalisme est un leurre et une version édulcorée du multiculturalisme. Ceci n’implique aucune intégration et que toutes les cultures se valent même pour celles qui prêchent contre l’égalité homme/femmes et des minorités sexuelles et qui considèrent la liberté d’expression ou la critique de leurs croyances basées sur des amis imaginaires comme un blasphème. Les mosaïques sociétales abondent dans les pays du Proche et Moyen-Orient tout comme les innombrables guerres civiles et les conflits sans fin. Il n’y a rien d’absolu et toutes les valeurs des différentes cultures ne sont pas égales.

    Disons-le, le PLQ se limite aux anglophones et aux immigrants sur l’île de Montréal. Cette enclave ne représente pas le Québec. C’est une anomalie tout comme la ville sur plusieurs points de vue.

    Le multiculturalisme au Canada implique la langue et la culture anglo-américaine dominante. Sans celles-ci, le multiculturalisme n’existerait pas au pays de Don Cherry. En fait, le multiculturalisme n’est que la continuation de l’Empire britannique et son Commonwealth. Mais cette ligne de pensée a engendré le communautarisme ou le mal du siècle. Créé des états dans un état et penser que la cohésion et communion sociétale seront au rendez-vous. Misère.

    C’est dans notre nature intrinsèque que de vouloir vivre avec des gens qui partagent les mêmes valeurs et idéaux dans un territoire délimité sans pour autant vouloir la guerre aux autres. C’est ce que le multiculturalisme fait, mais dans un espace qui est partagé avec toutes les cultures et ceci n’augure rien de bon lorsque les tensions augmentent et que les ressources de base commence à manquer. Le Moyen-Orient est l’exemple typique de cet énoncé et on ne peut pas dire que c’est le paradis sur terre. En fait, c’est un enfer multiculturaliste que tous les acteurs qui le composent veulent quitter pour venir ici et recréer les mêmes conditions qui ont provoqué leur départ. Misère au carré.

  • Mylène Nobert-Nadeau - Inscrite 10 août 2019 12 h 22

    La beauté du monde

    "Selon lui, l’interculturalisme est « un échec » : « c’est nous diviser entre culture majoritaire et cultures minoritaires, condamnées à s’assimiler »"

    Mais qu'y a-t-il de mal à ce qu'il y ait une culture majoritaire au Canada et au Québec? N'est-ce pas ce qui fait la beauté du monde? N'est-ce pas ce qui rend les voyages intéressants? Ceux qui voyagent en Italie n'y vont pas pour entendre jouer de la cornemuse, ceux qui voyagent au Maroc n'y vont pas pour faire du traîneau à chien et ceux qui vont au Sénégal n'y vont pas pour assister à un festival de film japonais.

    Une société doit être plus qu'une simple juxtaposition de cultures minoritaires qui se tolèrent mutuellement. Sa culture traditionnelle est son identité et doit constituer une référence pour ses habitants, quelle que soit leur origine, afin de favoriser une véritable communication entre eux.

  • Hélène Asselin - Abonné 10 août 2019 14 h 05

    Les faits...

    Quelqu’un pourrait-il répondre clairement à ceci : si la particularité québécoise tient d’abord et avant tout à la langue française, en quoi un Canada qui s’est donné le français comme l’une de ses deux langues officielles (avec tout ce que cela implique en termes de reconnaissance législative/constitutionnelle, de la présence du français au sein des grandes institutions culturelles, etc.), qui valorise l’apport de diverses cultures à la vie du pays, et bien sûr, tout cela dans le respect des valeurs et principes fondamentaux que reflètent les lois et Charte canadienne (libertés fondamentales, droits à l’égalité, etc.), en quoi, donc, ce Canada et le multiculturalisme qu’on lui attribue diffère-t-il tant de ce qu’on identifie au Québec comme étant l’interculturalisme? Ce serait vraiment super si, de temps en temps, on référait aux faits dans ce débat : le multiculturalisme canadien s’inscrit en parallèle de sa dualité linguistique, et ce, dans le respect des droits fondamentaux que privilégient autant les Canadiens hors-Québec que ceux résidant au Québec.

    • Cyril Dionne - Abonné 10 août 2019 21 h 15

      Chère Mme Asselin,

      Quoi! Le multiculturalisme canadien s’inscrit en parallèle de sa dualité linguistique?

      Comme Franco-Ontarien de 3e génération, je ne crois pas que vous vivez dans le même pays que moi. Le français n'existe tout simplement pas hors Québec. C'est un leurre. La dualité linguistique existe au pays des licornes et de la pensée magique mais pas dans le ROC. Je ne peux pas travailler ou vivre en français en Ontrario. Impossible. Il faut que je parle anglais 99,99% du temps lorsque je ne suis pas à la maison. Mais les anglophones eux, n'ont pas besoin d'apprendre le français. Ils parlent tous « white » 100% du temps.

      Et ça, ce sont des faits indéniables et inaliénables.

      Alors, vous savez ce que vous pouvez faire avec votre constitution anti-francophone et anti-autochtone. Et le Québec n’a jamais signé la charte de Trudeau.