Seul contre tous

Qui peut dire lequel sortira gagnant de la guerre commerciale en cours entre les États-Unis du populiste Donald Trump et la Chine de l’ambitieux président à vie Xi Jinping ?

Pour le moment, les États-Unis ont le dessus grâce aux nombreux mécanismes de réaction rapide du marché qui permettent d’absorber les coups au fur et à mesure qu’ils surviennent. Et si l’économie montre des signes de ralentissement, il reste toujours l’intervention de la Réserve fédérale, comme on l’a vu la semaine dernière, lorsque la banque centrale a réduit ses taux pour la première fois en dix ans. Mais la Fed ne peut pas sauver le monde à elle seule !

De son côté, la Chine, dont les exportations vers les États-Unis sont beaucoup plus élevées que les importations (500 milliards de dollars contre 120 milliards l’an dernier), ressent durement les effets des tarifs de 25 % imposés sur les deux cinquièmes (2/5) de ses ventes aux États-Unis. Lesquels tarifs seront suivis dès septembre par une autre salve de 10 % sur les 300 milliards de dollars d’exportations encore intouchées. Ce qui ne peut qu’accentuer la baisse de l’activité manufacturière chinoise, voire de l’ensemble de l’économie mondiale à laquelle la Chine est désormais intimement liée.

Pour limiter les dégâts, la Banque populaire de Chine (BPC) a dévalué le yuan, en refusant cependant d’admettre que la commande provenait du parti. Le genre d’attitude dont rêve le président Trump, mais que la tradition d’indépendance de la Fed l’empêche de réaliser, heureusement.

Les deux pays continuent de prétendre vouloir négocier un accord commercial qui mettrait fin aux tensions économiques. Mais au rythme où vont les choses, nous sommes loin d’un tel accord, aucun des deux présidents n’étant prêt à reculer. La Chine, surtout, qui refuse d’adopter des lois qui interdiraient les subventions massives et récurrentes aux entreprises d’État manufacturières et commerciales, le vol de propriété intellectuelle et les transferts technologiques obligatoires des sociétés étrangères vers leurs partenaires chinois.

Puis, il y a la montée récente de très grandes entreprises chinoises, comme Huawei, qui est perçue par Washington comme une menace à sa sécurité. En fait, ce que craignent les Américains sans l’avouer ouvertement, c’est aussi de perdre l’avance technologique qu’ils ont mis cinquante ans à bâtir. L’arrestation à Vancouver en décembre de la numéro deux de Huawei, Meng Wanzhou, n’est pas sans lien avec la guerre technologique que se livrent Américains et Chinois. Et comme toujours, le Canada fait comme s’il ne le savait pas en jouant seulement la carte juridique pour ne pas déplaire à M. Trump, dont on connaît la capacité à piquer une crise à la moindre contrariété, fût-elle le fait d’un proche allié.

 
 

On l’a souvent dit, depuis que Donald Trump est président, les États-Unis font tout pour s’isoler de leurs alliés, allant jusqu’à renier les accords et les institutions qu’ils ont eux-mêmes contribué à créer. On pense entre autres à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et aux traités commerciaux comme l’ALENA que M. Trump n’a pas manqué de décrire comme le pire accord jamais négocié.

Devant une Chine menaçante, les États-Unis auraient évidemment eu tout intérêt à créer un front commun avec leurs alliés traditionnels que sont l’Europe, le Japon, l’Australie et le Canada. Après tout, ces pays sont aussi menacés par la montée en force d’une Chine communiste peu respectueuse des règles du commerce international, et encore moins des droits de la personne.

Au contraire, M. Trump a tout misé sur un protectionnisme tous azimuts à coups de tarifs assassins imposés à la presque totalité de ses partenaires commerciaux sous prétexte de sécurité nationale. Résultat : aucun d’entre eux ne prend aujourd’hui la défense des États-Unis dans sa guerre commerciale contre la Chine. Une guerre qui méritait d’être menée, mais certainement pas sans préparation, sans consultation et sans plan d’attaque à long terme auquel tous les pays victimes des tactiques chinoises déloyales auraient pu participer, dans le respect des règles et des traditions de négociation propres à l’OMC.

À cause de la bonne tenue de l’économie américaine, qui profite d’un cycle haussier d’une durée record, d’un taux de chômage de moins de 4 % et d’un taux d’inflation inférieur à 2 %, le président Trump continue de faire valoir les mérites de ses politiques à 15 mois des élections. Bien malin qui pourrait prévoir la suite. Ce qui est certain, c’est que plusieurs facteurs précurseurs d’un ralentissement mondial sont maintenant réunis, et tôt ou tard le ciel nous tombera sur la tête. Aussi bien nous y préparer.

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8 commentaires
  • Jean Duchesneau - Abonné 8 août 2019 04 h 43

    « Bien malin qui pourrait prévoir la suite.« ?

    Le malin c’est Trump qui connait d’avance l’effet de ses tweets sur les marchés boursiers. Qui sera assez naïf pour croire que même au risque de délit d’initIé, il résiste à la tentation de gonfler sa fortune personnelle; lui qui ne respecte rien!

  • Bernard LEIFFET - Abonné 8 août 2019 07 h 48

    Le conflit entre la Chine et les État-Unis n'a pas de quoi nous laisser indifférents!

    Connaissant quelque peu l'orientation de la politique américaine et chinoise, l'attitude des journalistes et des médias québécois et canadiens me rassure peu pour l'avenir! Frapper sur le représentant élu américain à qui mieux mieux plutôt que de s'intéresser aux nombreux problèmes québécois provenant de la main-mise du fédéral pour tout et rien dans nos projets est une tacticte à buts multiples, dont celui de montrer un Dominion plus grand, le reste on s'en doute avec le ROC. Bref, on grossit artificiellement une certaine opposition au leader voisin de notre frontière. Il faut être aveugle pour ne pas comprendre que cela fait le jeu des puissants communistes chinois qui, blague à part, doivent en rire et applaudir ces alliès de circonstance que sont les petits canadiens! À tout prendre, même si le caractère et la pensée de Monsieur Trump sont loin de faire l'unanimité, je suis plutôt près de lui en cas de conflit entre ces deux géants! Il est plus facile de japper de loin que d'oser montrer le bout du nez là-bas où sont les Autres, les Chinois dont une partie est aussi constituée de braves gens malheureusement pris dans un système politique guidé par le communisme que certains prônent même iici au Québec!

    • Françoise Labelle - Abonnée 8 août 2019 09 h 24

      M. Sansfaçon a pourtant bien insisté sur les reproches adressés à la Chine, qui font consensus à l'ouest: le vase communiquant état-entreprise, alors que ce lien est interdit ailleurs et l'imposition de clauses obligeant le dévoilement de techniques relevant du secret industriel.

      L'argument central: Au lieu de profiter de ce consensus à l'ouest, bébé Trump (les caricatures sont parfois fondées) s'est enfoncé dans un isolationisme tonitruant, se mettant le reste du monde à dos. Le Partenariat trans-pacifique visait à isoler la Chine pour l'amener à s'amender. Cédant à son réflexe pavlovien anti-Obama, fondamentalement raciste selon moi, il a annulé l'accord.

      Je ne me souviens plus des résultats électoraux des partis communistes au Québec.

  • Cyril Dionne - Abonné 8 août 2019 09 h 21

    « Ainsi vient la neige après le feu, et même les dragons ont une fin. » J. R. R. Tolkien

    Donald Trump remportera son pari avec la guerre commerciale entamée avec la Chine tout comme pour le rendez-vous électoral de 2020. Pourtant, c’est facile à comprendre, les Américains accusaient un retard net de 419,537 milliards en 2018 avec l’Empire du Milieu. Cette année, ceci seulement à la fin du mois de juin 2019, les États-Unis ont déjà un déficit commercial accumulé de 167,044 milliards avec la Chine. Alors, devinez qui va perdre dans cette relation ou la guerre des tarifs.

    Cette politique forcera les multinationales de ce monde à revenir dans les pays où ils écoulent leurs produits. Enfin, le régionalisme tant souhaité par tous reviendra en force dans les années à venir et tout le monde sortira gagnant de cette équation incluant les écologistes et les défenseurs de l’environnement.

    Que fait la Chine pour contrer les États-Unis? Elle dévalue le yuan et de ce fait, appauvrit les moins nantis de sa société, vous savez, le milliard de ses travailleurs/esclaves. La Chine et son dictateur nommé à vie ne sont pas fréquentables sur l’échiquier politique mondial. Dire que tous les néolibéralistes, libre-échangistes et mondialistes de ce monde mettent toute l’emphase sur Poutine et la Russie. Misère.

    Les USA n’ont pas besoin des autres pays pour faire face à l’invasion économique perpétrée par la Chine sur leur territoire. Ils sont majeurs et vaccinés et ont le leadership pour faire face aux pires tempêtes concoctées par la Chine. Vous pouvez accuser Trump de toutes sortes de choses, mais il n’y a pas grand-chose qui lui fait peur, certainement pas le dragon chinois.

  • Françoise Labelle - Abonnée 8 août 2019 10 h 09

    Tout est beau comme en 2008?

    L'actuel secrétaire au Trésor, Mnuchin, avait déclaré à la veille de la crise financière que tout allait bien. Combien d'économistes avaient vu venir la crise? Plusieurs, à posteriori.
    Quand aux indicateurs, bien malin l'oracle qui pourra en tirer quelque chose. L'inflation basse peut signifier que les salaires demeurent bas et que les consommateurs, moteur de la croissance, n'achètent pas. Leurs dépenses ont augmenté mollement de 0,9% et les tarifs trumpiens ont fait chuter les ventes au détail. Si on considère le PIB annualisé (7%) et un bas taux de chômage (1%), le Vietnam se porte mieux que les USA.
    Contrairement à ses promesses, Trump a augmenté sensiblement la gigantesque dette US et il ne peut prétexter de crise financière. Or, la Fed est le plus gros détenteur de la dette US avec 2,43 trillions (2,430,000,000,000 selon l'échelle US). Cf. «The balance: Who owns the debt», 2018. Devant la Chine (1,18) et le Japon (1,03). Ça peut signifier que la Fed veut contrôler la dette ou alors que la confiance envers les USA s'érode. La Fed doit dans ce cas soutenir la dette. Or le dollar US est basé sur la confiance.
    Le marché boursier est un casino surtout depuis que les riches sont les principaux bénéficiaires de la réforme de l'impôt de Trump. Trump est un homme de casino. L'économie de la marmotte.

  • Marcel Vachon - Abonné 8 août 2019 10 h 14

    Bravo

    Quel bel article en parfaite harmonie avec la réalité Bravo.