Élections et santé: du pareil au même

Le chef conservateur, Andrew Scheer, a cru nécessaire la semaine dernière d’écrire aux premiers ministres des provinces pour leur dire que, sous son règne, la croissance des transferts fédéraux en santé resterait la même que maintenant. La manoeuvre n’a pas fait taire les libéraux qui brandissent l’épouvantail des futures coupes conservatrices, à l’image de celles imposées par l’Ontarien Doug Ford.

Ce que promet M. Scheer est pourtant simple : maintenir le taux de croissance des transferts pour la santé et les programmes sociaux qui est prévu dans la loi. Cela veut dire que leur progression restera arrimée à la croissance économique, avec un taux plancher de 3 %. Ce que promettent les libéraux ? La même chose. Aucun de ces deux partis ne va plus loin pour l’instant.

Il y aurait moyen de faire mieux. En juillet, les premiers ministres provinciaux, réunis à Saskatoon, ont fait une déclaration commune réitérant leur demande vieille de plus de trois ans pour un taux de croissance plus généreux, soit 5,2 %. Ce n’est pas pour rien. Les nouvelles technologies, les avancées thérapeutiques et le vieillissement de la population, en particulier, exercent des pressions à la hausse sur les coûts de santé. Les premiers ministres ont demandé une rencontre avec leur homologue fédéral après les élections.

Les libéraux veulent que les électeurs doutent de la parole de M. Scheer vu que le taux plancher de 3 % qu’ils appliquent est celui mis en place par le gouvernement Harper. Annoncé en 2012 afin de donner le temps aux provinces de s’ajuster, il est entré en vigueur en 2017. Au pouvoir, les libéraux n’ont pas cru nécessaire de le changer.

Le gouvernement Trudeau a bien créé un fonds de 11,5 milliards sur 10 ans pour les soins à domicile et les services en santé mentale, un montant bien maigre face à l’ampleur du défi, mais même quand on en tient compte, on est loin du taux de 5,2 % suggéré par les provinces. En plus, pour profiter de cet argent, chaque province a dû négocier une entente et se soumettre à certaines conditions, sauf le Québec qui jouit d’un traitement asymétrique.

Bien que l’entourage de M. Scheer insiste pour dire qu’il maintiendra ce fonds pour les soins à domicile et la santé mentale, il ne l’a pas mentionné dans sa lettre ni lors de sa conférence de presse. Les libéraux, la ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, au premier chef, ont pris prétexte de cette omission pour faire un vigoureux procès d’intention au chef conservateur.

Or, depuis plus de 30 ans, c’est un gouvernement libéral, celui de Jean Chrétien, qui a sabré le plus sévèrement, pour ne pas dire sauvagement, dans les transferts aux provinces pour la santé, l’aide sociale et l’éducation postsecondaire. Ils sont passés de 17,4 milliards en 1994-1995 à 12,4 milliards en 1997-98 et ce n’est qu’en 2002-03 que le total des transferts en espèces a rejoint et a légèrement dépassé le niveau de 1994-1995, le plus haut montant jusque-là. Rien dans le programme libéral de 1993 n’annonçait ce coup de tronçonneuse.

La crise qui a suivi se résorbe à peine et une chance qu’il y ait eu un accord sur la santé en 2014 pour réparer en partie les pots cassés. Minoritaire, pressé par ses vis-à-vis provinciaux, le premier ministre Paul Martin a alors accepté d’augmenter les transferts pour la santé de 6 % par année pendant dix ans, soit jusqu’en 2014. Héritier en 2006 d’une entente qui lui assurait la paix dans un dossier explosif, le premier ministre Stephen Harper a choisi non seulement de la respecter, mais de prolonger de trois ans le taux de 6 %.

Stephen Harper, il faut le dire, n’a jamais, lui, réduit les transferts pour la santé. Il a seulement ralenti leur croissance en mettant en place cette formule d’indexation arrimée à la croissance économique, avec un taux plancher de 3 %. On peut être en désaccord, mais quand on fait la même chose, comme les libéraux, on devrait se garder une petite gêne.

En ce moment, ni les libéraux ni les conservateurs ne s’engagent à faire davantage. La campagne approche et on attend de voir les programmes. Les deux partis devraient en profiter pour offrir des réponses aux demandes des provinces qui gèrent le système et paient le gros de la facture. Et s’ils les rejettent, qu’ils expliquent pourquoi. C’est le moins qu’ils puissent faire.

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4 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 5 août 2019 09 h 45

    Un pays civilisé comme le Canada ne devrait pas se classer en 30e rang en santé.

    Classement de l’Organisation mondiale de la santé:
    Le Canada arrive au 30e rang dans le classement des systèmes de santé de l’OMS, qui regroupe 190 pays. La France arrive au 1er rang tandis que les États-Unis occupent le 37e rang.
    Il faudrait injecter des sommes colossales aux soins de santé au Canada. Ce classement parmi les pays du monde est honteux. Il faudrait arrêter aussi l'expansion du secteur privé en santé, qui ne fait qu'augmenter la pénurie systématique dans le secteur public et créer une structure à deux vitesses; un pour les riches et l'autre pour les pauvres.

    • Geneviève Tardif - Abonnée 5 août 2019 12 h 29

      Classement du 21 juin 2000?

      Je crois que vous faites référence au classement de l'OMS paru il y a près de 20 ans, en juin 2000, et qui donnait effectivement la 1re place à la France, la 30e au Canada et la 37e aux États-Unis: https://www.sangonet.com/FichActuaInterAfric/ClassementOMS.html

      Si oui, je pense qu'il faudrait baser nos analyses sur des classements plus à jour.

      Bien cordialement.

    • Nadia Alexan - Abonnée 5 août 2019 18 h 57

      Oui, vous avez raison, madame Tardif. Je m'excuse. Voici le nouveau classement:
      Le système de santé canadien est l’avant-dernier rang du nouveau classement des pays développés.
      Le Canada s'est classé au dernier rang dans une nouvelle étude (2017) détaillée comparant les systèmes de soins de santé de 11 pays développés, réussissant à battre la France et les États-Unis au dernier rang.

      L’étude, publiée par une fondation de recherche privée basée à New York, le Commonwealth Fund, met l’accent sur les résultats décevants de l’Amérique, mais révèle également des faiblesses persistantes du système canadien qui nous maintiennent à la traîne par rapport à des pays comme l’Australie et le Royaume-Uni et les Pays-Bas.
      Le document indique clairement que les Canadiens n'optent pas pour l'optimisation des ressources, dépensant l'équivalent de 11% de notre PIB en soins de santé.
      https://globalnews.ca/news/3599458/canadas-health-care-system-lower-performing-compared-to-its-peers-study/

  • Bernard LEIFFET - Abonné 5 août 2019 13 h 20

    La santé au Canada : comme tout le reste, pas fort!

    En se basant sur les rapports de l'OMS et sur mon expérience tant en France qu'au Québec (encore sois la tutelle du Dominion canadien), c'est l'antipode complet! Bien sûr les anciens membres du PLQ ont déjà sabré dans ce domaine en privant les provinces d'un revenu substanciel. Actuellement on est loin d'une redistriibution juste et bien loin des discours! C'est là qu'est le problème, on fait croire aux canadiens qu'ils sont les meilleurs en tout et qu'ils ont les meilleurs services! Ecoutez R-C concernant les résultats d'une activité sportive. On donne le nom du canadien arrivé dans les premiers, mais rarement il est indiqué qui sont les premiers! On fait dans la fantaisie pour faire croire! Pour la santé, nous aurons jamais des médecins qui viendront à la maison, comme en France, pour vérifier notre état de santé! Ben voyons, ce sont les personnes malades qui eux doivent se déplacer! Où est la logique? Endoctrinés par le mythe canadien des grands espaces, les gens de l'étranger ne soupçonnent même pas cet état de fait. Pire, c'est le même endoctrinement qui maintient cette situation sur place, et comme tout le reste on laisse faire! Il existe des fausses nouvelles comme il existe des vraies réalités qui sont cachées du grand public! Bref, le Canada n'excelle pas dans beaucoup de domaines, à part celui bien sûr de critiquer les autres pays...