Autonomie et pipelines

François Legault a eu droit à son baptême de feu au Conseil de la fédération et, malgré les critiques qu’il réservait, quand il était ministre péquiste, à cette instance créée sous l’impulsion de Jean Charest, c’est de bonne grâce qu’il a assumé son rôle dans ce jeu de l’égalité des provinces devant l’Éternel.

Selon le principe qui veut que toute vérité ne soit pas bonne à dire, François Legault a voulu faire oublier sa déclaration sur le « pétrole sale » de l’Alberta. Question de bien disposer ses homologues des provinces productrices d’hydrocarbures, la ministre de la Justice, Sonia LeBel, a annoncé, lundi, que le Québec interviendra devant la Cour suprême lors du recours déposé par la Saskatchewan contre le gouvernement fédéral afin de contester la loi C-48 qui habilite Ottawa à imposer une taxe carbone. Non pas que le gouvernement caquiste s’oppose à la tarification du carbone, bien au contraire : il veut s’assurer qu’en la matière les compétences du Québec, qui s’est doté de sa propre Bourse du carbone, sont respectées.

 

À cet égard, le nouveau candidat du Parti libéral du Canada dans Laurier–Sainte-Marie, Steven Guilbeault, cet ancien d’Équiterre qui aspire à faire partie d’un gouvernement dont le principal projet économique est de construire un pipeline, manquait de crédibilité quand il a attaqué le gouvernement Legault, lui qui ne fait que défendre, de façon traditionnelle, les prérogatives de l’État québécois.

Dès le début de la rencontre, François Legault s’est fait fort de défendre l’autonomie des provinces — de toutes les provinces. Autre fleur faite à certains de ses homologues, il s’est rangé aux côtés des premiers ministres, tous conservateurs, Jason Kenney, de l’Alberta, Doug Ford, de l’Ontario et Scott Moe, de la Saskatchewan, pour dénoncer la nouvelle loi C-69 qui renforce le processus d’évaluations environnementales du gouvernement fédéral. Il réclame qu’une seule évaluation environnementale soit nécessaire pour les grands projets au Québec, celle de l’État québécois.

Jason Kenney a dit vouloir s’inspirer du Québec dans sa défense de l’autonomie de l’Alberta. Mais quand il est question des intérêts de sa province, il n’hésite pas à évoquer les limites à cette autonomie en brandissant les pouvoirs constitutionnels du gouvernement fédéral. C’est ainsi qu’il a invoqué l’article 92 de la Constitution canadienne, article sur lequel reposent les pouvoirs exclusifs d’Ottawa en matière de pipelines interprovinciaux et auquel Ottawa pourrait recourir pour forcer le passage d’un pipeline sur le territoire québécois. L’autonomie des provinces, certes, mais dans le strict respect de la Constitution.

Comme il cherchait avant tout à se rapprocher de ses homologues conservateurs, François Legault a tenté de mettre sous le boisseau ce différend sur le pipeline. Mais il n’a pu y échapper lors de la conférence de presse de clôture : il a défendu le droit du Québec, comme celui de la Colombie-Britannique, de bloquer la construction de tout pipeline sur son territoire. Au-delà des pouvoirs constitutionnels des uns et des autres, ce sont des considérations politiques qui empêchent Ottawa d’aller à l’encontre de l’opinion de la population québécoise et de la volonté de son gouvernement, a-t-il avancé. Il n’a pas tort, mais on peut demander si le projet d’Énergie Est aurait été abandonné si les conditions économiques l’avaient favorisé.

Comme ce projet est bel et bien mort et enterré, la sortie de Jason Kenney visait plutôt le projet Trans Mountain, rappelant à la fois à ses électeurs et au gouvernement fédéral que celui-ci doit imposer la construction du pipeline. Quant à François Legault, il a pu faire miroiter qu’à défaut d’un oléoduc, le Québec aura un gazoduc, celui d’Énergie Saguenay. Le premier ministre met la charrue devant les boeufs puisque le projet n’a justement pas franchi l’étape de l’évaluation environnementale. Si c’est tout le poids qu’il accorde aux évaluations environnementales des grands projets, il y a lieu de s’inquiéter.

D’aucuns se demandent à quoi servent ces rencontres du Conseil de la fédération. Le Québec y exerce une certaine influence en matière de défense des prérogatives des provinces et il peut obtenir certains appuis ponctuels. Ainsi, à l’instigation de François Legault, les premiers ministres réclament que 65 % des immigrants soient de la catégorie économique. Comme le fait le Québec depuis belle lurette, le Conseil de la fédération dressera une liste de demandes auxquelles, à la veille des élections, les chefs de partis fédéraux seront appelés à répondre formellement. Devant l’incarnation provinciale de la nation canadienne, François Legault peut faire avancer les intérêts de la nation québécoise, d’une modeste mais nécessaire façon.

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11 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 12 juillet 2019 07 h 27

    "L'autonomie des provinces ... dans le strict respect de la Constitution"

    La sentence "L'autonomie des provinces ... dans le strict respect de la Constitution" n'est pas qu'une synthèse de la pensée politique de M. Jason Kenney. C'est aussi le slogan des pétrolières dans la lutte aux changements climatiques. Elles déclament haut et fort les règles du jeu qui régiront la défense de l'environnement vs le développement des sables bitumineux.
    Il y aura d'un côté des provinces isolées par leurs prérogatives autonomistes pour défendre l'environnement et de l'autre, les pétrolières unies par la constitution du pays pour construire de nouveaux pipelines. Cette hardiesse des pétrolières de fixer les règles du jeu est en partie alimentée par les déclarations de M. Legault, qu'en dernier ressort, la voix des québécois triomphera pour résoudre l'issu de la lutte aux changements climatiques.
    Tout laisse croire que les pétrolières comptent en tirer avantage, en temps et lieu, grâce aux immenses capitaux dont elles disposent.

    • Raynald Blais - Abonné 12 juillet 2019 12 h 01

      Version améliorée:
      La sentence "L'autonomie des provinces ... dans le strict respect de la Constitution" n'est pas qu'une synthèse de la pensée politique de M. Jason Kenney. C'est aussi le slogan des pétrolières dans la lutte aux changements climatiques. Elles déclament haut et fort par la voix de leurs représentants les règles du jeu qui régiront la défense de l'environnement vs le développement des sables bitumineux.
      Il y aura d'un côté des provinces isolées par leurs prérogatives autonomistes pour défendre ou non l'environnement et de l'autre, les pétrolières unies par la Constitution du pays pour construire de nouveaux pipelines. Cette hardiesse des pétrolières de fixer les règles du jeu pour défendre leurs intérêts capitalistes semble en partie alimentée par les déclarations de M. Legault, qu'en dernier ressort, la voix des québécois triomphera pour résoudre l'issu de la lutte aux changements climatiques.
      Tout laisse croire que les pétrolières comptent en tirer avantage, en temps et lieu, grâce aux immenses capitaux dont elles disposent.

  • Gilles Delisle - Abonné 12 juillet 2019 08 h 21

    Un premier ministre québécois qui se tient debout!

    Depuis longtemps, le Québec n'avait pas connu un premier ministre québécois , capable de défendre et d'affirmer clairement les idées du peuple. Après la laiçité, voici donc M. Legault qui dit NON au pétrole sale de l'Alberta sur les terres du Québec, et ce , devant tous les premiers ministres des provinces. On n'avait pas connu cela depuis longtemps au Québec. Par ailleurs, dans le mëme ordre d'idées, la grande déception du Québec actuellement, est de voir M. Guilbaut, ce grand défenseur de l'environnement, perdre complètement sa notoriété en allant rejoindre les libéraux de Justin Trudeau!!! Un virage incroyable pour ce jeune homme en qui les Québécois avaient mis leur confiance pour défendre leur environnement.

  • Daniel Grant - Abonné 12 juillet 2019 09 h 05

    Jason Kenny lobbyiste du pétrole

    Jason Kenny et François Legault sont des élus alors ils sont censés représenter le peuple mais ils se comportent comme des lobbyistes du fossile, cette machine de guerre.

    Le sujet est l’énergie et aujourd’hui nous faisons de l’énergie propre qui ne tuent pas et pour lesquelles nous n’avons pas besoin de faire la guerre, alors pourquoi nos élus supportent une machine de guerre?

    On le voit bien, comme à la guerre la première victime est la vérité, ils sont prêt à nous mentir en pleine face.

    Jason Kenny utilisent des arguments de 'propagande de guerre (Michel Collon)';
    - d’abord il cache les intérêts de ceux à qui ça profite,
    - occulte les histoires de guerre du fossile,
    - dénigre ceux qui s’opposent à son projet (dénigrement du Québec et de la CB),
    - inverse la victime et l’attaquant, en présentant l’AB comme victime des méchants canadiens qui refusent son projet d’oléoduc
    - monopolise le débat en ne parlant que du pétrole comme s’il n’y avait aucune autre solution

    On pourrait s’attendre à voir les ministres de l’environnement monter sur leur boîte à savon pour promouvoir les énergies de flux renouvelables comme la mer le vent le soleil la géothermie
    et
    les ministres de la santé défendre le bien-être des canadiens menacé par cette industrie polluante du fossile
    et
    les ministres du transport pour défendre la mobilité sans-émission
    et
    les ministres de la finance pour ne pas entraîner l’argent public dans des aventures rétrogrades du fossile qui risquent de finir en actifs bloqués par les nouvelles technologies que le reste du monde adoptent

    Où sont les élus qui représentent le peuple?

    Détruire la planète est inacceptable, gagner de l'argent en la détruisant est pire encore.
    Pape François
    https://act.350.org/sign/divest_vatican_fr

  • Cyril Dionne - Abonné 12 juillet 2019 09 h 18

    L’autonomie et les intérêts du Québec, et ensuite on pourra discuter

    On a érigé l’écologie et l’environnement au rang de religion. Ce n’est plus un discours basé sur des principes évidents, des démonstrations et des raisonnements expérimentaux, ou encore sur des analyses sérieuses et des faits, mais bien sur les émotions. Québec solidaire utilise cette tactique pour embrigader les jeunes alors que la plupart de ceux-ci ne comprennent absolument rien en fait de changements climatiques. Essayer de leur expliquer que le Québec n’est responsable que de 0,1% des GES mondiaux et que c’est l’autre 99,9% qui devraient les préoccuper est peine perdue.

    Le Québec produit l’énergie la plus verte et la plus propre au Canada avec son énergie hydroélectrique, gravité naturelle de l'eau oblige. Il s’oppose au pétrole lourd des sables bitumineux puisque l’impact d’un déversement de celui-ci serait dévastateur pour la nappe phréatique et les cours d’eau du Québec à l’opposé du méthane qui est plus léger que l’air. Pour l’immigration, le Québec veut plus d’immigrés économiques puisque dans la plupart des cas, ils s’intègrent plus facilement et ne représentent pas une charge additionnelle pour la société. Pour la réunification des familles, on passera. Ce n’est pas en allant cherché les grands-parents ou les oncles et les tantes que le tout sera couronné de succès et qu’on abaissera l’âge moyen des Québécois, vieillissement oblige.

    C’est ce qui fait du Québec un état distinct. C’est pour cela que les Québécois appuient M. Legault et la CAQ. L’autonomie et les intérêts du Québec d’abord, et ensuite on pourra discuter.

    • Patrick Boulanger - Abonné 12 juillet 2019 17 h 13

      Si on n'est contre le réchaufefment climatique, il faut agir en conséquence. Le Québec doit donc diminuer ses émanations tout comme les grands pollueurs (ex. : Chine; États-unis; etc.).

    • Patrick Boulanger - Abonné 13 juillet 2019 10 h 09

      Si on est contre le réchauffement climatique, il faut agir en conséquence. Le Québec doit donc diminuer ses émanations tout comme les grands pollueurs (ex. : Chine; États-unis; etc.).

  • François Beaulne - Abonné 12 juillet 2019 09 h 29

    L'intérêt national Québécois

    Parfait exemple qui illustre que <l'intérêt national> canadien est à géométrie variable et ne correspond pas nécessairement à l'intérêt national du Québec. D'où la nécessité de conserver en main tous les atouts nécessaires à la défense de <nos> intérêts nationaux, notre atout principal étant, comme le rappelait le regretté Jean Lapierre, l'option d'exercer notre plein droit à la souveraineté, si nécessaire.

    • Pierre Fortin - Abonné 12 juillet 2019 13 h 50

      Si le Québec était indépendant, ce que tente de faire Jason Kenney serait un geste d'aggression.

      Bien sûr, le Québec n'est pas indépendant, mais la nature du geste et l'intention sont les mêmes. Voilà ce qu'il en coûte de confier sa souveraineté à autrui.