Réforme de l’immigration: la carotte avant le bâton

Le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette, a dévoilé, vendredi, de nouvelles mesures en matière de francisation, dont certaines étaient réclamées depuis longtemps par les organismes d’aide aux immigrants et qui sont particulièrement bien inspirées. Elles font partie du volet incitatif de sa réforme de l’immigration. Ce n’est que plus tard que le ministre en détaillera l’autre volet : les contrôles et les éléments coercitifs dont on sait qu’ils ne passeront pas comme une lettre à la poste à Ottawa.

À la faveur du premier budget du gouvernement caquiste, les dépenses relatives à l’immigration ont augmenté de 146 millions, une hausse qu’on promet de maintenir pour les cinq prochaines années. Près de la moitié de cette somme sera consacrée à la francisation des immigrants et des travailleurs temporaires. Il faut rappeler l’état lamentable dans lequel se trouve cette francisation après des années d’incurie de la part des gouvernements libéraux. Dans un rapport accablant en 2017, la vérificatrice générale (VG) du Québec, Guylaine Leclerc, constatait que seulement le tiers des nouveaux arrivants adultes qui ne connaissaient pas le français s’inscrivaient aux cours de français offerts par le MIDI. La VG relevait qu’aucun suivi n’était fait auprès des immigrants, que les taux de réussite de la minorité qui suivait des cours étaient désastreux et que les abandons étaient nombreux.

Un coup de barre s’imposait puisqu’un trop grand nombre d’immigrants, faute de connaître le français, travaillent en anglais dans la région de Montréal et s’intègrent ainsi à la majorité canadienne-anglaise, ce qui ne semblait guère déranger les libéraux.

Non seulement Simon Jolin-Barrette renfloue le programme, mais il corrige des aberrations qu’avait cautionnées la négligence passée. Ainsi, les immigrants arrivés au Québec depuis plus de cinq ans auront droit aux services de francisation du MIDI, ce qui touche souvent des femmes qui ont élevé leurs enfants à la maison, mais qui veulent par la suite apprendre le français. En outre, les travailleurs étrangers temporaires auront désormais accès aux cours.

On remédiera à une situation incongrue : les allocations versées pour suivre les cours à temps complet seront majorées pour correspondre au montant qu’un immigrant reçoit s’il suit une formation d’Emploi-Québec. Des allocations pour suivre des cours à temps partiel seront instaurées. De plus, un nouvel arrivant fraîchement débarqué n’aura plus à attendre des mois avant de pouvoir intégrer une classe de francisation. Le ministre prévoit l’ajout de 80 professeurs, soit 17 % de plus, et de 300 classes.

Ce n’est qu’en août que le ministre rendra publiques les mesures de contrôle et de suivi visant la francisation de chacun des nouveaux arrivants, corrigeant ainsi une lacune que la VG avait documentée. Nous avons appris que les organismes de soutien des immigrants recevront un financement supplémentaire pour assurer ce suivi dans le cadre du « parcours d’accompagnement personnalisé » que prévoit le projet de loi 9, adopté en juin.

Pour les gouvernements Charest et Couillard, le laisser-faire tenait lieu de politique d’immigration. Ce laxisme a entraîné un certain nombre de problèmes quand 85 % des nouveaux arrivants s’installent dans la région de Montréal, que leur arrivée a peu fait pour réduire les pénuries de main-d’oeuvre, qu’ils occupent bien souvent des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés et qu’ils sont nombreux à quitter le Québec faute d’avoir appris le français. Le gouvernement Legault amorce un changement majeur avec une approche beaucoup plus directive, voire contraignante à l’égard des immigrants dits économiques que choisit le Québec.

En plus d’assurer un suivi personnalisé du « parcours » des immigrants, le gouvernement Legault souhaite que le maintien du statut de résident permanent puisse dépendre de la réussite d’un test de français. Or, cette exigence ne peut se concrétiser sans l’accord d’Ottawa. François Legault voulait en arriver à une entente avec le gouvernement Trudeau avant les élections, mais c’est peine perdue. On doit admettre qu’après le 21 octobre, le premier ministre sera en bien moins bonne posture pour obtenir des concessions, quelle que soit la couleur du gouvernement.

Le gouvernement caquiste peut toutefois faire un bon bout de chemin en améliorant l’offre de francisation, comme il l’a annoncé, et en instaurant un parcours personnalisé, ce qui implique une évaluation des progrès réalisés par les nouveaux arrivants en français. Cela vaut mieux que la désinvolture libérale qui conduisait le Québec dans un cul-de-sac.

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8 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 juillet 2019 02 h 58

    Gaspillage

    Des cours de francisation sans obligation de réussite, ça ne vaut rien.

    On suit les cours parçe qu’on est payé et on cesse d’y assister quand cesse l’allocation pour ce faire.

    La véritable solution, c'est l’obligation de connaître le français pour que soit considérée une demande d’immigration. Tout comme il est obligatoire en Grande Bretagne de connaître préalablement l’anglais avant de pouvoir mettre les pieds dans ce pays.

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 juillet 2019 08 h 36

      C'est trop facile avec l'anglais. Et on ne contrôle pas l'immigration...

  • Sylvain Auclair - Abonné 8 juillet 2019 08 h 40

    Vivre en français

    Premièrement, le gouvernement pourrait cesser de communiquer en anglais avec les personnes morales; d'ailleurs, c'est la loi. Il pourrait aussi cesser d'attribuer aux immigrants un code linguistique permanent, qui fait que le MIDI va toujours communiquer en anglais avec un immigrant considéré non francophone à son arrivée. Quinze ans de régime libéral, ça laisse des traces.
    Et il pourrait modifier la loi pour donner à tous, et en premier lieu aux employeurs, la mission de franciser les immigrants. À Montréal, il est encore tout à fait possible de ne travailler qu'en anglais dans un commerce; c'est aux clients de faire des efforts. D'ailleurs, M. Parizeau serait heureux, puisque la plupart des Montréalais francophones maitrisent raisonnablement l'anglais...

  • Hélène Lecours - Abonnée 8 juillet 2019 09 h 17

    Et à Gaspé?

    À Gaspé on manque de logement parce que beaucoup travaillent pour une compagnie qui s'appelle, simplement LM Wind Power. Pas d'équivalent français, je trouve ça pour le moins insultant et ça parait comme ça dans le Devoir, sans commentaire. Mais qu'est-ce qui se passe dans nos petites têtes au sujet de la Loi 101?

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 juillet 2019 13 h 25

      Est-ce une société québécoise?

  • Gilles Bonin - Inscrit 8 juillet 2019 10 h 28

    Même si

    le titre laisse subodorer une forme de critique, quelle joie et plaisir de lire cet éditorial.

  • Jean Breton - Abonné 8 juillet 2019 10 h 36

    Début timide d'éveil au recul du français au Québec

    Une lueur d'espoir apparaît ce matin dans Le Devoir, ce quotidien qui fut toujours soutenu par l'élite québécoise française. En effet, on commence à y sentir le besoin d'apporter sa touche pour revigorer l'état languissant de la langue commune du Québec. A cet égard, on devrait faire appel aux lumières du grand spécialiste de la question linguistique, Charles Castonguay

    Il ne faut pas compter sur les dirigeants des minorités francos hors-Québec pour soutenir notre combat. C'est que ces gens éprouvent plus de solidarité avec les Montrealers qui vampirisent les allophones à la vitesse grand V. Est-il besoin de rappeler que sur l'île de Montréal le français n'est plus la langue d'usage que de 47% de la population. D'un recensement à l'autre, la situation empire.

    Il est temps que l'on cesse d'ânonner « tout va très bien Madame la Marquise ».

    Jean Breton