Plan vert de Scheer: sauver les apparences

Plus d’un an après avoir annoncé qu’il avait un plan environnemental en préparation, le chef conservateur Andrew Scheer a finalement ouvert son jeu mercredi et confirmé son manque d’ambition. Ce n’est pas tant combattre les changements climatiques qu’il veut qu’avoir des munitions pour répondre aux attaques libérales.

Il ne renie pas les objectifs canadiens de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) inscrits dans l’Accord de Paris et inspirés par le gouvernement Harper, mais il ne promet pas de les atteindre non plus. Il prétend seulement avoir une meilleure chance d’y arriver que les libéraux. Sans démontrer comment.

Tout l’édifice se veut une solution de rechange à la taxe sur le carbone du gouvernement Trudeau, taxe que les conservateurs condamnent. La dénonciation n’est pas nouvelle, pas plus que le silence de M. Scheer au sujet des remises fiscales que le gouvernement promet aux citoyens tenus de la payer. Mais le plus ironique est qu’une partie du plan conservateur s’inspire de mesures libérales.

L’exemple le plus éloquent est le futur régime pour les grands émetteurs de GES. Les deux partis leur imposent des plafonds d’émissions : 50 kilotonnes (kt) pour les libéraux, 40 pour les conservateurs, donc plus sévères. En apparence seulement. Sous les conservateurs, les entreprises qui dépasseraient le seuil devraient investir dans des technologies vertes, que ce soit à l’interne ou auprès d’autres entreprises et institutions.

Le gouvernement libéral, lui, exige que les entreprises achètent des crédits auprès de compagnies dont les émissions sont inférieures au plafond ou auprès du gouvernement qui les réinvestit dans des technologies environnementales. Les entreprises dont les émissions sont sous le plafond doivent cependant choisir de se soumettre à la taxe sur le carbone ou au système de crédits.

M. Scheer affirme qu’avec son plan, davantage d’entreprises seront mises à contribution. Faux : celles qui émettront moins de 40 kt n’auront aucune obligation en matière de diminution des GES. Rien, pas de taxe à payer, pas de crédits à acheter.

On ne chiffre pas non plus les baisses d’émissions qu’on espère obtenir avec chaque élément de la stratégie. Question importante s’il en est une car, selon le plus récent rapport fédéral, le Canada ratera sa cible de Paris par plus de 100 mégatonnes s’il ne fait pas davantage et l’écart se creusera avec l’abandon de la taxe sur le carbone.

Si la crédibilité de Justin Trudeau en a pris un coup avec l’achat et l’autorisation du pipeline Trans Mountain, M. Scheer n’en gagnera pas avec ce plan qui manque de conviction et qui ressemble davantage à la réalisation d’une figure imposée pour armer ses troupes durant la campagne électorale.

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1 commentaire
  • Claude Bariteau - Abonné 22 juin 2019 11 h 30

    Que ce soit le PLC qui jongle un pied dans les sables bitumineux pour avoir des sous et l'autre sur un oléoduc en rêvant à un jardin d'Éden canadien arrosé de pétrodollars.

    Que ce soit le PC qui fait des sauts périlleux avec la trampoline albertaine pour se faire voir un peu partout en promettant mer et monde.

    Que ce soit le PV qui veut des jardiniers nourris du pétrole des sables bitumineux.

    Il n’y a qu’une constante. Ces partis dorment au gaz et veulent que nous dormions tous au gaz.

    Bien sûr, ils dorment sur des matelas différents avec des oreillers de plume à rêver. Le fait est d’abord qu’ils dorment tous les trois sur le même matelas.

    Alors, le choix n’est pas le meilleur oreiller à vendre. Il est d’accepter ou non de dormir sur un matelas bourré de ce que vous savez quoi.

    Au Québec, nous avons inventé un matelas écologique et durable et nous disposons d’oreiller anti-plume volage. Pourquoi acheter la camelote de l’ouest qui grossira les revenus du Canada qui viendra nous dire comment sauver la planète.

    La campagne qui s’annonce devrait plutôt devenir, au Québec, quelque chose comme un refus de plonger tête première dans les sables bitumineux et de donner carte blanche au Canada pour encadrer ce que nous faisons de mieux grâce à Hydro-Québec et que nous pouvons encore faire mieux en investissant dans des entreprises qui innovent en matière de protection de l’environnement.