Au secours des aînés

Comme c’est trop souvent le cas, il a fallu le décès d’une personne connue pour attirer l’attention du public sur la négligence dans les résidences pour aînés. La mort d’Hélène Rowley Hotte Duceppe, la mère de l’ex-chef bloquiste Gilles Duceppe, était évitable, a conclu la coroner Géhane Kamel dans un rapport révoltant.

La dame est morte de froid, coincée à l’extérieur de la résidence Lux Gouverneur par une température de -35 °C, le 20 janvier dernier. La coroner conclut à une mort accidentelle par hypothermie, au terme d’une agonie de six heures, mais est-ce bien un accident dont il est question ?

Depuis le début de cette histoire, la direction de Lux Gouverneur minimise sa responsabilité. À la suite du déclenchement d’une alarme d’incendie, par erreur, un peu avant 5 h du matin, Mme Rowley a quitté son appartement et emprunté la première sortie de secours. La porte s’est verrouillée derrière elle, sur une cour intérieure sans issue qui est devenue son tombeau.

Personne n’a prêté attention à la caméra de surveillance qui a filmé les six dernières heures de sa vie. Un employé a arrêté l’alarme de la porte, qui a retenti jusqu’à 8 h 45, avec l’autorisation des pompiers, sans jamais l’ouvrir pour voir s’il y avait quelqu’un à l’extérieur. Un décompte des résidents, demandé par les pompiers, n’a jamais été réalisé. Accident, dites-vous ?

Le Devoir rapportait mercredi qu’une quinzaine de personnes âgées et vulnérables sont mortes hors des résidences qui en avaient la garde depuis 2010, en raison de lacunes dans les systèmes de surveillance. Les rapports et les recommandations des coroners s’accumulent sans que les déficiences ne soient corrigées de façon systémique. On peut bien continuer de laisser les résidences régler les problèmes au cas par cas, mais ce sera au risque que se répètent ces décès indignes d’une société progressiste.

« On dirait que certains drames sont moins graves que d’autres », déplore Pierre Blain, le directeur du regroupement des Usagers de la santé du Québec. Celui-ci dénonce le manque criant de dispositifs de sécurité et de formation dans les résidences. Le p.-d.g. du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet, souhaite lui aussi un encadrement plus strict de la surveillance et un régime de sanctions plus sévères pour les fautifs.

Ces revendications légitimes invitent à une intervention de l’État pour protéger nos aînés de toute urgence, car le régime actuel est bancal et mortifère.

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6 commentaires
  • Pierre Rousseau - Abonné 20 juin 2019 11 h 10

    Situation incompréhensible...

    ... dans le contexte où nous avons tous de fortes chances d'être âgés et de vivre assez vieux. C'est comme si on refusait à faire face à cette réalité et, éventuellement, à la mort. Pourtant, plusieurs autres sociétés traitent les aînés comme des gens précieux qui peuvent souvent guider les générations plus jeunes. Prenons par exemple les peuples autochtones qui vénèrent la sagesse des aînés et qui recherchent leurs conseils. Il serait impensable de les parquer dans des mouroirs ou des oubliettes (dans le sens d'endroits où on les oublie...) en attendant leur fin, comme cela semble être le cas au Québec.

    Pour changer la situation il faudrait probablement un changement profond de société, ce qui n'est probablement pas près d'arriver, du moins pas à court ou moyen terme. L'alternative ? Porter des accusations de négligence criminelle causant la mort pour ceux qui sont responsables du bien-être des aînés sous leur responsabilité. Ces employés n'ont qu'un travail, celui de s'assurer que leurs pensionnaires sont en sécurité et ont toutes les nécessités de la vie. Or, dans ce cas, avec les caméras et un minimum de vigilance, cela n'aurait jamais dû arriver. On ne parle pas ici d'un simple accident mais quelqu'un a démontré une négligence grossière et éhontée en ne faisant pas le minimum décent dans le cadre de leur travail. Peut-être que si ces gens qui sont responsables des aînés savaient qu'ils s'exposent à des poursuites criminelles si elles et ils ne font pas leur travail correctement, les choses pourraient changer plus rapidement...

  • Céline Delorme - Inscrite 20 juin 2019 11 h 16

    Merci au Devoir

    Merci M Miles pour ce commentaire et l'enquête du Devoir.
    Indifférence: Malheureusement, dans notre société la discrimination selon l'âge est bien présente. Imaginons si le Devoir avait titré:
    15 bébés morts de froid dans la cour de leur garderie!
    Imaginons la réaction de colère justifiée de l'ensemble des citoyens. Quand il s'agit de personnes agées, on pense que ce ne sera jamais notre tour....
    ceci dit, les installations techniques de sécurité sont aidantes, mais il faut surtout revaloriser les personnes qui donnent des soins aux personnes agées et handicapées. Les préposés devraient être plus nombreux, mieux payés et mieux respectés. Le fait d'être valorisé aide à faire un travail rigoureux et exemplaire.

  • Claude Gélinas - Abonné 20 juin 2019 11 h 42

    Situation scandaleuse !

    Comment expliquer un tel laxisme du Lux qui fait sa publcité en nous montrant de jeunes retraités heureux et dansant à longeur de journée. Pourtant la réalité est tout autre. Que de lacunes et de négligences identifiés du dans le rapport de la coroner. Qui aurait pu penser que ces hébergements privés fassent preuve à ce point de négligence envers une clientèle autonome comprenant des personnes âgées vulnérables.

    Fallait-il que tant de drames soient rendus publics avant que le Gouvernement par la voix de sa Ministre Marguerite Blais donne suite avec diligence aux recommandations du rapport et l'étendent à l'ensemble du réseau privé d'hébergement.

  • Jeannine I. Delorme - Abonnée 20 juin 2019 14 h 31

    résidences privées pour les aînés

    Monsieur Miles, vous me réconfortez par votre article. J'ajouterais qu'il est grand temps qu'en haut lieu, on lance une meilleure surveillance de ces propriétaires qui sont cousus de fil d'or. Les résidences font leur fortune et ils ne se privent pas pour abuser et négliger. Sans que personne ne les réprimande. À quand les restrictions et les amendes pour ceux qui s'enrichissent sur le dos des personnes âgées ? Il serait carrément souhaitable que des lois et des règles plus strictes mettent fin à ce marché de dupes.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 20 juin 2019 14 h 40

    … ménage s’impose !

    « La mort d’Hélène Rowley Hotte Duceppe, la mère de l’ex-chef bloquiste Gilles Duceppe, était évitable, a conclu la coroner Géhane Kamel dans un rapport révoltant. » ; « Ces revendications légitimes invitent à une intervention de l’État pour protéger nos aînés de toute urgence, car le régime actuel est bancal et mortifère. » (Brian Myles, Le Devoir)

    De cette double citation, douceur double :

    A : « Quand on place son père ou sa mère, on s’attend à ce qu’ils soient plus en sécurité que seuls chez eux. » (Paul G. Brunet, P.-D.G, CPM) : oui, en effet, mais ce « hic » : lorsque la sécurisation des résidences est omniprésente (caméras de surveillance … .), on-dirait qu’elle demeure « absente » dans des situations d’urgence, et ;

    B : Que l’État soit invité à intervenir ou selon, l’important est de se rappeler qu’aucune mesure de sécurité, si-évoluée soit-elle ?!?, si, pendant une situation X, personne ne regarde, d’exemple, toute caméra susceptible de l’aider à VOIR et INTERVENIR, s’il y a lieu, d’urgence ou en temps opportun !

    De cette double-douceur, un …

    … ménage s’impose ! - 20 juin 2019 -

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 20 juin 2019 18 h 10

      Relire le B, cé mieux ! :

      B : Que l’État soit invité à intervenir ou selon, l’important est de se rappeler qu’aucune mesure de sécurité, si-évoluée soit-elle ?!?, n’aidera si, pendant une situation X, personne ne regarde, d’exemple, toute caméra susceptible de l’aider à VOIR et INTERVENIR, s’il y a lieu, d’urgence ou en temps opportun !