Des ruines sortiront des fleurs

Au Québec, une école sur deux tombe en ruine. Ce constat brutal et désolant pour une nation qui se targue de faire de l’éducation un de ses fers de lance a été maintes fois démontré, et de multiples manières : moisissures, toitures laissant filtrer l’eau, émanations de monoxyde de carbone, cours d’école en décrépitude. Les lamentations des commissions scolaires sur le thème du délabrement des écoles, au déficit d’entretien si imposant qu’il est devenu impossible à résorber, sont bien connues. Et justifiées.

Il faut donc se réjouir d’apprendre que la CAQ pratique à nouveau le passage de la parole aux actes, en promettant 1,7 milliard de dollars pour l’ajout d’espace dans le parc scolaire en une seule année (2019-2020). Qu’un tel investissement ait obtenu l’aval du Conseil du trésor démontre que l’Éducation fait le poids au Conseil des ministres. Quel heureux signal.

Le Québec aura « les plus belles écoles au monde », foi de François Legault, qui l’avait promis en campagne électorale, promettant même de faire cheminer ces nouveaux bâtiments par des concours d’architecture, normalement réservés aux ministères de la Culture et des Affaires municipales. Depuis, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, n’a pas manqué une occasion de miser sur la beauté des écoles comme catalyseur de la fierté des élèves, et moteur d’adhésion au projet de réussite. L’idée a du mérite.

Mais ! Mais n’y a-t-il pas à nouveau dans cette annonce une touche de précipitation qui risque de faire capoter l’affaire, à la manière du projet des maternelles 4 ans dont on n’a de cesse de demander qu’on l’enveloppe d’un certain réalisme ? Le fait de mener à terme 128 projets de construction ou d’agrandissement d’école en l’espace d’une année, dont 39 chantiers uniquement sur l’île de Montréal, annonce un joyeux chaos. Les concours d’architecture prendront un certain temps — que seront ces « nouveaux standards » qui tiendront compte des « nouvelles pédagogies » ? —, tout comme les processus de consultation publique. La recherche de terrains sera ardue en certaines zones, et la pression exercée sur une industrie de la construction déjà pressurisée annonce une cascade d’augmentations des prix et une menace à la qualité. L’ambition et la bonne volonté ne seront pas les seuls garants du succès de tous ces projets menés en urgence. Additionné d’un certain sens de la réalité, cet enthousiasme serait mieux servi.

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2 commentaires
  • Marc Pelletier - Abonné 19 juin 2019 12 h 12

    Urgence, urgence !

    Il y avait urgence semble-t-il pour passer au baillon les lois sur l'immigration et la laicité. Privilège d'un gouvernement majoritaire : il faut le reconnaître, même si je ne suis pas d'accord avec la méthode utilisée.

    Mais la CAQ ne pourrait-elle pas se calmer le pompom avec les autres promesses électorales qui ne nécessitent pas une pareille urgence : les maternelles quatre ans en est un bon exemple.

    Vite et bien ne sont malheureusement pas toujours synonymes de succès en bout de ligne !

  • Yves Corbeil - Inscrit 19 juin 2019 21 h 07

    Avez-vous pensez

    Oui, avez-vous pensez vous présentez pour le parti libéral au élection prochaine, il me semble que votre dicours irait bien avec la façon de faire légendaire des libéraux provinciaux des dernières années. Non mais quel optimiste suite à des années de léthargies gouvernemental. Moi , je préfère roire que ceux qui sont au pouvoir prendront les moyens pour gouverner comme du monde qui ne prennent pas les québécois pour des demeurés et qu'ils feront ce qui est nécessaire pour que ça soit différent de leur prédécesseur qui n'en avaient que pour leurs petits amis dans tous ce qu'ils entreprennaient pour aboutir à des surfacturations faramineuses.