Investissement Québec: le pari ambitieux de Fitzgibbon

Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a annoncé une révision en profondeur de l’intervention de l’État dans l’économie. Investissement Québec (IQ) en mènera large : elle deviendra l’instrument privilégié pour soutenir le démarrage et la croissance des entreprises québécoises, assurer l’automatisation et le virage numérique des PME, stimuler les exportations et attirer les investissements étrangers.

IQ prend sous sa coupe des activités du ministère de l’Économie et de l’Innovation (MEI) et du ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF). Pour le meilleur et pour le pire, le gouvernement Legault imprime une approche commerciale aux relations internationales, comme en font foi les changements qu’il a apportés aux délégations et bureaux du Québec à l’étranger.

Le ministre a heureusement renoncé à couper les vivres à Montréal International et à Québec International, deux organismes financés en partie par le secteur privé qui font de la prospection à l’étranger.

Les effectifs d’IQ doubleront pour passer à 1000 personnes, dont un certain nombre proviendront du ministère. Les salaires et bonis de ses dirigeants seront relevés, question de s’arrimer à la rémunération du secteur privé. On sait que le président, Guy LeBlanc, touchera un demi-million par an, auquel peut s’ajouter une rémunération variable de l’ordre de 450 000 $.

IQ voit ses fonds propres augmenter de 1 milliard. La capacité d’intervention d’IQ en capital de risque sera considérablement augmentée, d’autant plus que les exigences de rendement seront réduites. On ne peut qu’espérer que cette expansion ne viendra pas du remplacement des joueurs existants, comme le Fonds de solidarité, Desjardins ou la Banque Nationale.

Pierre Fitzgibbon veut doubler les investissements étrangers au Québec, de 3,5 à 7 milliards, et augmenter les exportations de plus de 50 % en dix ans. Puisqu’une grande partie de la rémunération des dirigeants d’IQ sera variable, les primes qu’ils encaisseront devront être véritablement liées à leur performance, et non pas au rendement des portefeuilles constitués par l’ancienne équipe ou encore à des fluctuations qui ne dépendraient pas des actions d’IQ. Comme le faisait remarquer récemment la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, la rémunération incitative des hauts dirigeants de sociétés d’État comme IQ atteignent ou dépassent souvent la cible établie, et ce, sans égard à la performance individuelle. C’est le temps de mettre fin à cette pratique.

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2 commentaires
  • Christian Beaudet - Abonné 15 juin 2019 11 h 21

    Investissement Québec ne prend pas le contrôle des relations internationales du Québec

    En lisant attentivement le projet de loi 27 concernant Investissement Québec et le ministère de l’Économie et de l’innovation, on ne voit pas comment :« IQ prend sous sa coupe des activités du ministère de l’Économie et de l’Innovation (MEI) et du ministère des Relations internationales et de la Francophonie». C’est plutôt le ministère de l’Éducation et de l’enseignement supérieur qui écope, il cède sa fonction recherche au nouveau (MEI) et le Centre de recherche et d’innovation (CRIQ) lequel est fusionné à IQ.

    Le projet de loi au contraire renforce les pouvoirs du ministère des Relations internationales et des délégués du Québec à l’étranger en ce qu’il leur reconnaît un rôle à l’égard d’IQ, ce qui n’était pas le cas auparavant. Contrairement aux autres ministères présents dans une délégation du Québec à l’étranger (culture, immigration, agriculture, etc), IQ jouissait d’une relative indépendance invoquant au besoin le secret commercial. En lisant les articles 20.1 à 20.5, il appert entre autres que la nouvelle loi oblige IQ à participer au comité de liaison interministériel institué par le ministère des Relations internationales, et qu’il tienne informés les délégués du Québec et leur personnel de leurs activités et priorités, ce qui n’était pas le cas auparavant.

    Le projet de loi 27 cherche à mettre en place des conditions pour une meilleure coordination de l’action du Québec à l’étranger en matière économique. Est-ce que cela éliminera les rivalités entre ministres et entre fonctionnaires? On peut l’espérer.

  • Mario Jodoin - Abonné 15 juin 2019 15 h 11

    C'est quand même étrange...

    ...que le gouvernement augmente ses dépenses pour attirer des investissements pour créer plus d'emplois, alors que ce qui manque le plus au Québec, ce sont des travailleurs, pas des emplois, et que ce même gouvernement fait diminuer l'immigration qui est justement devenue la principale source de nouveaux travailleurs depuis quelques années.

    En effet, entre 2010 et 2018, plus de 70 % de l'augmentation de l'emploi (230 000 sur 320 000) est due à l'immigration et l'immigration explique plus de 100 % de celle de l'emploi des 25 à 54 ans. En fait, l'emploi des natifs âgés de 25 à 54 ans a diminué de 90 000 ou de 3,3 %, tandis que l'emploi des immigrants de cette tranche d'âge a augmenté de 180 000 ou de 49 %. Et, pire, ce gouvernement utilise même le bâillon pour faire diminuer cet apport (qui ne retrouvera son niveau de 2018 qu'en 2022, ce qui représentera quand même une baisse en pourcentage de la population).