Un interdit inévitable

Le premier ministre Justin Trudeau n’a jamais caché son désir de se draper de vert pour la prochaine campagne électorale. L’annonce, lundi, de l’interdiction de produits en plastique à usage unique dès 2021 n’y est pas étrangère. Elle était toutefois à prévoir à un moment ou à un autre.

La pollution par le plastique fait les manchettes depuis quelques années avec ces images désolantes d’animaux marins empoisonnés et ces îles de déchets au milieu des océans. Si ces clichés frappent l’imaginaire, ils n’illustrent pas la nature du problème au Canada, quoi qu’en pense la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, qui s’en sert sans cesse pour justifier ses politiques.

Le Canada contribue peu à la pollution des océans par le plastique. Son défi est plutôt d’essayer d’éliminer la trop grande quantité de cette matière qu’il envoie au dépotoir. Environ 80 % des trois tonnes de matières plastiques jetées par les Canadiens y aboutissent. Seulement 10 % sont recyclées, et le reste est incinéré. La part de ces déchets de plastique composés de produits non durables atteint 63 %, selon le Conseil canadien des ministres de l’Environnement (CCME).

L’objectif est de réduire la quantité consommée et d’augmenter radicalement la part qui est réutilisée et recyclée. L’interdiction des produits à usage unique, comme les pailles, certains emballages ou les bouteilles de boissons gazeuses, répond au premier objectif, leur usage ne répondant qu’à un souci de commodité et de soutien à nos nouvelles habitudes de consommation. Pour ceux jugés nécessaires, on peut chercher des solutions de rechange, s’il en existe, ou en développer.

Dans cette optique de réduction et d’innovation, M. Trudeau a aussi annoncé qu’il souhaitait que les entreprises qui fabriquent des produits en plastique ou utilisent des emballages en plastique soient soumises — on ne sait trop quand cependant — à des programmes de Responsabilité élargie du producteur (REP). Ces derniers font porter aux entreprises la responsabilité et le coût du recyclage et de la récupération de leurs produits en plastique, ce qui peut les inciter à modifier leurs produits ou procédés.

M. Trudeau n’a rien inventé et l’essentielle collaboration des provinces est déjà une réalité. En novembre dernier, Ottawa et elles se sont entendus sur une « Stratégie visant l’atteinte de zéro déchet de plastique » dans le cadre de la réunion du CCME. Quant au principe de la REP, les ministres fédéral et provinciaux de l’Environnement l’ont adopté dès 2009 et pris des engagements pour le mettre en pratique dans une foule de secteurs, pas seulement celui du plastique. Au Québec, les fabricants de produits électroniques, de piles et de batteries, de lampes au mercure, de peintures, d’huiles et d’antigels y sont soumis depuis 2011. Des programmes REP sont en vigueur en Ontario, au Manitoba, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique.

 
 

Pour ce qui est de recycler davantage, encore faut-il avoir les infrastructures nécessaires. La décision de la Chine de ne plus transformer la plupart des déchets venus de l’étranger a fait réaliser la nécessité de non seulement augmenter le nombre d’usines de recyclage, mais aussi de les diversifier afin de pouvoir traiter les plastiques moins courants ou plus difficiles à récupérer. Sur ce plan, les entrepreneurs ont pris les devants, en particulier au Québec.

Il faudra deux ans pour établir la liste des produits à bannir, ce qui peut être trop long pour certains et trop court pour d’autres, mais le virage que devra prendre l’industrie du plastique devra l’être correctement et les gouvernements doivent soutenir l’innovation. Après tout, le Québec est la deuxième province productrice de plastique, avec 25 % des emplois. Heureusement, nombre de fabricants et de commerces ont commencé à modifier leurs produits et à adopter des solutions de rechange. Les chaînes Metro et Bulk Barn, par exemple, acceptent que leurs clients utilisent leurs contenants réutilisables.

Il y a une certaine urgence et le Canada a pris du retard. Une trentaine de pays ont déjà interdit ou annoncé leur intention d’interdire certains produits en plastique à usage unique. Les sacs de plastique sont interdits dans plusieurs villes canadiennes, américaines et européennes et dans certains pays asiatiques et africains.

Les engagements pris par M. Trudeau ne peuvent qu’être un début, et reculer n’est pas une option pour le prochain gouvernement, quel qu’il soit.

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4 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 13 juin 2019 09 h 06

    La nouvelle couleur écologique vert-brune

    Bon. Dans l’équation recycler, réutiliser et réduire, en fait, seulement un item est viable si on veut grader nos écosystèmes marins et terrestres intacts.

    Recycler prend plus d’énergie que de produire en neuf et du coup, pollue beaucoup plus. Ici, on ne parlera pas que les infrastructures pour le faire ne sont pas en place et que les coûts exorbitant effraient tous les investisseurs du domaine privé. En fait, recycler est une fausse de bonne idée.

    Réutiliser devrait être encouragé. C’est un moyen facile de réduire notre empreinte carbone. Enfin, pour être réaliste, combien de gens pratique cet art aujourd’hui? Un peu plus que personne?

    Réduire est la seule façon d’empêcher l’inévitable et de le remettre à demain. Mais lorsqu’on lit dans ce même journal que l’Afrique est en train de se développer et de s’industrialiser tout comme tous les pays de l’Asie, disons que c’est difficile d’être positif par le temps qui court. La Chine augmentera de presque 25% ses émissions de GES par 2030. Imaginez maintenant l’Afrique. Et qui dit GES, dit plastique.

    Venons-en au méchant plastique. Le plastique est le produit le moins coûteux dans la vie de tous les jours. Notre niveau de vie est directement proportionnel à ce médium qui consomme 4% de tout le pétrole produit dans le monde. Donc, les économies des nations émergentes en feront l’usage abusif de celui-ci dans les années à venir. Il est à parier que les détritus de plastique qui se retrouvent dans les mers aujourd’hui ne parviennent presque pas du Canada. Mais on veut se donner une bonne image « Canadian » tout en occultant les problèmes pressants.

    C’est le paradoxe de la vertu écologique. On veut réduire notre empreinte carbone tout en améliorant nos conditions de vie et notre confort. On veut le beurre, l’argent du beurre et un sourire de la Terre avec ça. C’est pour cela que notre enfant roi devenu premier-ministre parle de l’écologie tout en annonçant de nouveaux pipelines.

    Misère.

  • Daniel Francoeur - Abonné 13 juin 2019 09 h 39

    Le Canada contribue peu à la pollution des océans par le plastique. Vraiment?

    J’aime bien votre article, mais une affirmation m’a tiqué, soit : Le Canada contribue peu à la pollution des océans par le plastique. Et, je pense aux gens die Iles de la Madeleine qui voient leurs plages envahies de plus en plus par le plastique ainsi qu’à nos cotes du Saint-Laurent jonchées de débris plastique ou aux poissons, aux mammifères et aux oiseaux de notre grand fleuve qui contiennent un niveau de plus en plus élevé de particules ou de nanoparticules plastiques. Aussi, je me demande comment cela est-il possible sans que notre eau fluviale charrie des immondices plastiques dans l’océan? Ce qui me porte à croire que les régions des Grands Lacs et les villes côtières considèrent parfois le fleuve comme un immense canal d’égouts qui les débarrasse de leurs immondices toxiques. Comme on dit en chimie : rien ne se perd, rien ne se crée. Ou si vous aimez mieux : ce qu’on met dans le fleuve se ramasse forcément quelque part.

  • Daniel Francoeur - Abonné 13 juin 2019 13 h 43

    La publication d’âneries noir pétrole

    Je veux mettre en garde les lecteurs contre certains efforts de désinformations constants dans cette section commentaires sur tout ce qui touche le domaine environnemental. C’est à croire que certains sont payés par les pollueurs pour dire des âneries sous forme de texte pseudo-érudit.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 juin 2019 18 h 30

      Vous êtes qui vous?

      Et qui met en garde les lecteurs sur les faux prêtres qui prient à l’autel de la, ô combien, très Sainte rectitude écologique? Ces nouveaux curés de l’environnement nous annoncent la fin du monde mais ne proposent aucune solution pragmatique et viable. Ils essaient de nous faire peur et ils inventent et créent des épouvantails partout.

      Ceci dit, encore une fois et au risque de me répéter, le Québec produit 0,1% des GES mondiaux avec 0,1% de la population mondiale. Se pourrait-il que la pollution par le plastique des Québécois est proportionnelle aux totaux des GES produits par nous et inversement proportionnelle aux taux alarmistes que nous chantent les oiseaux de malheur d’une extrême gauche alarmiste prise dans une faille spatio-temporelle? Au Québec, la pollution par le plastique augmente à toutes les années en proportion de l’augmentation de la population via l’immigration. L’étalement urbain augmente à toutes les années en proportion de l’augmentation de la population via l’immigration. La destruction de nos écosystèmes marins et terrestres augmente à toutes les années en proportion de l’augmentation de la population via l’immigration. La qualité de notre air qu’on respire est aussi inversement proportionnelle à l’augmentation de la population via l’immigration. Vous voulez un dessin et une petite comptine avec ça?

      Le plastique qui est dans les océans, eh bien, il provient de partout et une infime part du Québec (0,1%). Alors, pour les séances d’autoflagellation, on passe. Obliger les gens à se culpabiliser et ne point donner des solutions de rechange, c’est la définition même du mot « ânerie ».

      Misère qu’ils font « dur » nos pseudo-grands prêtres de la nouvelle écologie.