Trump et son mur, une crise et un incendiaire

Porté par la promesse xénophobe de débarrasser les États-Unis de ses « illégaux » et de fermer la porte à tous ceux qui cherchent à y entrer — lire des femmes et des enfants fuyant en grand nombre la misère et la violence des gangs en Amérique centrale —, Donald Trump se trouve en fait depuis deux ans et demi à aggraver de façon exponentielle les problèmes soulevés par les enjeux d’immigration. Et sans doute cela lui convient-il électoralement, malgré tout le mal social, humain et économique que cause son inconséquence, surtout au sud du Rio Grande, mais au nord aussi.

Toujours est-il que l’obsession qui l’habite au sujet de son « mur » a beaucoup été faite depuis son élection de reculades politiques : renoncement à l’exigence délirante consistant à le faire financer par le Mexique ; défaite face au Congrès dans l’épreuve de force budgétaire qui a donné lieu, l’hiver dernier, à un arrêt des activités du gouvernement fédéral pendant une période record de 35 jours… En grossier manipulateur des faits, c’est encore à une relative reculade qu’il se livre tout en prétendant avoir obtenu de Mexico l’assurance qu’il appliquera des « mesures sans précédent » qui permettront « de réduire grandement, ou d’éliminer » l’immigration illégale venant du Mexique.

Pratiquant simpliste d’une politique étrangère fondée sur l’application de mesures punitives, il voudra prétendre que la menace d’une taxe de 5 % sur les produits importés du Mexique a fait céder le gouvernement du président Andrés Manuel Lopez Obrador (dit AMLO). Alors que c’est plutôt faux. Si M. Trump a renoncé à n’en faire qu’à sa tête, on peut avancer que c’est au vu des objections qui lui ont été faites de tous bords par les milieux d’affaires américains, le Sénat à majorité républicaine, les démocrates et des membres de son propre entourage quant aux impacts nuisibles qu’aurait une telle mesure sur deux économies très étroitement imbriquées.

Ce nouvel épisode dans la vie selon Donald Trump vient en tout cas illustrer le propos de l’écrivain Michael Wolff qui, dans son nouveau livre intitulé État de siège, étale le vide et la bêtise décisionnels dans lesquels opère ce président.

Le fait est, d’autre part, écrivait lundi le New York Times, qu’AMLO avait déjà acquiescé depuis quelque temps à certaines des exigences de Washington : d’abord en décembre dernier en acceptant la prolongation d’un programme par lequel les candidats au statut de réfugié seraient autorisés à demeurer au Mexique en attendant que les autorités migratoires américaines étudient leur cas ; puis en mars, en approuvant le déploiement de la Garde nationale à sa frontière sud.

Si donc M. Trump ne peut pas vraiment parader avec cet « accord », il reste que sa politique migratoire continuera de faire des ravages. En particulier, ces prétendues nouvelles mesures ne font que placer un peu plus encore le Mexique dans une situation impossible, écartelé entre les États-Unis et l’Amérique centrale.

Les camps de rétention débordent déjà dans le Nord mexicain et le nombre d’interpellations de sans-papiers a atteint en mai aux États-Unis une ampleur inédite en dix ans (144 000) — alors qu’au sud, le nombre de Centraméricains qui traversent la frontière a presque quadruplé par rapport aux années précédentes — à plus de 300 000 lors du premier trimestre de 2019. Ce qui confronte AMLO, arrivé au pouvoir l’année dernière, à une double crise migratoire.

Double crise, double défi : on ne peut guère reprocher au président Obrador de chercher à calmer le jeu face à son intempestif et puissant homologue, dont le pouvoir de nuisance est grand. Homme de gauche, AMLO a tenté de concilier les injonctions américaines avec une politique migratoire fondée sur le respect des droits de la personne et le développement économique. Le défi est de l’ordre de la quadrature du cercle. Sa politique d’ouverture, sous forme notamment de « visas humanitaires », a déclenché au sud une ruée ingérable de réfugiés… et une manne pour les passeurs.

En ce combat, AMLO est bien seul, alors qu’il est évident que les solutions au Salvador, au Guatemala et au Honduras passent non pas par la politique migratoire aveugle de M. Trump et par un soutien complaisant à des gouvernements corrompus, mais par une approche régionale et transversale valorisant la construction d’école, une justice indépendante, la lutte contre les changements climatiques… Autant de conditions de développement durable qui sonneraient moins creux si existaient, en plus grande proportion dans nos mondes politiques, les moyens et la volonté de les remplir.

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