Mes poubelles dans ma cour

L’image de ces 69 conteneurs canadiens remplis de déchets non recyclables, coincés dans deux ports philippins depuis six ans, a fait réaliser au monde que le Canada n’avait pas toujours les mains propres en matière d’environnement. L’affaire, qui a provoqué une crise diplomatique entre Manille et Ottawa, a finalement été résolue, mais la leçon doit porter.

Les conteneurs ont repris la route du Canada jeudi dernier en direction d’un incinérateur générateur d’électricité de la région de Vancouver. La compagnie exportatrice qui avait faussement affirmé que les déchets étaient recyclables a toutefois disparu et ce sont les contribuables canadiens qui vont éponger la facture de plus de 1,14 million de dollars.

Les sociétés riches ne peuvent prétendre concilier croissance, synonyme de consommation, et protection de l’environnement sans s’attaquer résolument à la production des déchets et sans en assurer complètement le traitement et l’élimination. L’exportation de nos déchets vers des pays en développement est simplement inacceptable. De toute façon, la Chine les refuse depuis janvier 2018 et la Malaisie menace à son tour le Canada de lui retourner ses poubelles.

On veut consommer, assumons-en les conséquences. La dispute avec les Philippines a au moins eu le mérite de secouer un peu le gouvernement fédéral qui, en 2016, a finalement adopté un règlement resserrant le contrôle des exportations de déchets. Depuis, aucun permis n’a été accordé, dit Ottawa. Tant mieux, mais il faut faire plus.

Le Canada, déjà reconnu pour être un des principaux producteurs de gaz à effet de serre par habitant, est aussi le pays membre de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui produit le plus de déchets par habitant. Avec seulement 0,5 % de la population mondiale, le Canada génère 2 % des déchets de la planète.

 
 

Tous les gouvernements ont un rôle à jouer pour changer ce bilan, bien que les municipalités soient les premières sur la ligne de front, avec les provinces. Le Québec arrivait troisième pour le recyclage des déchets ménagers en 2017, selon Statistique Canada. Pour sa part, Ottawa se vante par exemple de s’attaquer à la pollution par le plastique avec la Charte sur le plastique adoptée au Sommet du G7 de juin 2018, mais il refuse d’interdire les objets à usage unique qui infestent la planète.

Les solutions ne manquent pas. La valorisation énergétique des déchets, comme cela se fait en Suède depuis plus de 20 ans, est souvent citée en exemple. Brûler les déchets de manière contrôlée pour produire de la chaleur ou de l’électricité est toutefois une option moins attrayante pour le Québec, qui a déjà des surplus imposants.

La réutilisation, la revalorisation des matières résiduelles et le recyclage sont par contre des incontournables. Les initiatives locales et provinciales visant les ménages sont connues : consigne, tarification du volume des ordures ménagères, collecte sélective, compostage, points de dépôt de produits toxiques… Les consommateurs doivent apporter leur contribution, et ils le font, puisque la quantité d’ordures par habitant envoyées au dépotoir et à l’incinérateur a diminué de près de 6 % entre 2012 et 2015 au Québec, selon Recyc-Québec. À l’échelle canadienne, le taux de recyclage et de compostage des ordures ménagères est passé de 25 à 32 % entre 2002 et 2016, selon un rapport de Statistique Canada paru en décembre dernier. Mais quand on tient compte de toutes les sources de déchets, résidentielles et non résidentielles, ce taux n’est que d’environ 27 % (2016), ce qui est loin de la moyenne de 50 % des pays européens.

La quantité de déchets de sources non résidentielles (entreprises et institutions publiques) non recyclés a quand même diminué entre 2008 et 2016 d’environ 1,9 mégatonne, passant de 16,6 à 14,7 mégatonnes, selon l’agence fédérale. Ces ordures représenteraient cependant 59 % des déchets non récupérés. Bref, il y a du travail à faire.

Mais on n’y échappe pas. Si on veut vraiment protéger l’environnement, il faut réduire la production de déchets à la source. Combattre le gaspillage alimentaire et le suremballage, punir l’obsolescence programmée, exiger des produits conçus pour être réparés et… les faire réparer ne suffisent malheureusement pas, il faut contrer la surconsommation.

Faudra-t-il cependant que les déchets qu’elle génère restent dans notre cour pour qu’enfin nous en soyons persuadés ?

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