Aide à mourir: vers un élargissement

À la faveur d’une démarche transpartisane, le gouvernement caquiste entend mener cet automne une consultation publique sur un élargissement de l’aide médicale à mourir afin de permettre à une personne de donner son consentement anticipé pour qu’un médecin mette fin à sa vie en cas de démence profonde.

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, doit recevoir en juin un rapport d’un groupe d’experts présidé par la curatrice publique, Nicole Filion, et le philosophe et éthicien Jocelyn Maclure, et chargé de se pencher sur « la question de l’inaptitude et l’aide médicale à mourir », selon le mandat qui lui a été confié en 2017 par son prédécesseur, Gaétan Barrette. La ministre, qui compte déposer le rapport à l’Assemblée nationale au cours de la prochaine session, s’est dite consciente du fait que bon nombre de citoyens réclament un élargissement de l’aide médicale à mourir. En campagne électorale, la Coalition avenir Québec s’était engagée à tenir une consultation publique à ce sujet.

En vertu de la Loi concernant les soins de fin de vie, une personne, apte à donner son consentement, qui est en fin de vie, qui est affectée par une maladie incurable et qui éprouve des souffrances intolérables peut obtenir de l’aide médicale à mourir. Une personne à un stade avancé d’alzheimer ou de démence n’y a pas droit : elle ne peut consciemment donner son consentement.

On envisage donc de permettre à une personne de consentir d’avance, avant que la maladie ne la prive de ses facultés, à obtenir de l’aide à mourir si elle se retrouve un jour à un stade avancé de démence. Ce serait en quelque sorte l’équivalent des directives anticipées qu’une personne, avant de devenir inapte, peut donner en vue de refuser certains soins en fin de vie.

Cette possibilité de consentement préalable avait été abordée par la commission Mourir dans la dignité, mais les libéraux — plusieurs d’entre eux ont voté contre le projet de loi — se sont opposés à son inclusion. Il est temps de revoir cette question qui s’avère une préoccupation pour nombre de Québécois.

Ce consentement préalable soulève des enjeux complexes : jusqu’à quand peut-on donner un consentement éclairé après un diagnostic d’alzheimer, à quel stade de la maladie l’aide serait-elle permise et qu’en serait-il d’une personne démente qui ne souffre pas. C’est justement en raison de cette complexité que l’éclairage que doit apporter ce groupe d’experts est indispensable.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

4 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 31 mai 2019 06 h 33

    OUI à la demande d’AMM dans les DMA

    A
    La demande d’Aide médicale à mourir(AMM) devrait faire partie des DMA ? ABSOLUMENT.

    La très grande partie de la population québécoise est d’accord. À raison. J’appuie aussi ma position sur mes 35 années de promotion des droits/libertés/RESPONSABILITÉS de la personne en fin de vie.

    Cette possibilité étant, il y aura une grande diminution des suicides chez les aînés; c’est ÉNORME! Et une diminution des «meurtres par compassion» et des pactes inquiétants et périlleux entre proches.

    Pour le Gouvernement, le temps n’est plus aux études et aux comités, mais à l’action. Surtout sur l’inclusion des demandes d’AMM dans les DMA. Quant aux demandes chez les mineurs et les personnes avec maladies mentales, étudions encore, au besoin

  • Marc Therrien - Abonné 31 mai 2019 09 h 19

    Vers un élargissement de l'aide médicale à mourir sans parler d'euthanasie volontaire ou de suicide anticipé


    En attendant de pouvoir atteindre le rêve que tous meurent en santé, il faudra passer de plus en plus par le cauchemar de la maladie d’Alzheimer dont il est prévisible que la prévalence augmente avec le vieillissement de la masse des personnes nées entre 1946 et 1960. Le fait de côtoyer de plus en plus de personnes souffrant de cette maladie nous amènera peut-être à vouloir reconsidérer l'idéal de vivre centenaire. D’ici là, on doit certes continuer de mettre de l’espoir dans les recherches sur les moyens de prévenir l’apparition de cette terrible maladie tout en se préparant au pire. C’est pourquoi, il est fort possible que les citoyens et leurs gouvernants s’entendent pour rendre acceptable l’euthanasie volontaire ou le suicide assisté anticipé qui répondrait alors à des intérêts mutuels et convergents de préservation de la dignité humaine et de contrôle des coûts astronomiques et grimpants en soins de santé.

    À mesure qu'on creuse ce concept de l’aide médicale à mourir tout en envisageant son élargissement, on observe comment on joue avec les mots pour dire la même chose quand on est mal à l'aise avec les tabous. J'imagine que quand on sera plus à l'aise de parler de la mort en étant de plus en plus libéré de l'idée de Dieu, on pourra alors employer le mot euthanasie. Quand on réussira à parler d'euthanasie, dont l’étymologie du mot à l'origine, exprimait l'art de donner une bonne (eu) mort (thanatos), on pourra ensuite distinguer les types d'euthanasie volontaire, non volontaire et involontaire selon le type de consentement de la personne dont on veut accélérer la fin de vie; l'euthanasie involontaire étant assimilée au meurtre lorsque la personne euthanasiée a eu l'occasion d'exprimer qu'elle s'y opposait. On pourra en parler de façon plus sereine quand on aura confiance que la société des hommes faillibles et perfectibles sera capable de l’encadrer pour éviter la dérive consistant à s’en servir pour répondre à des impératifs économiques.

    Marc Therrien

  • Yvon Bureau - Abonné 31 mai 2019 09 h 33

    Faisons nos DMA, en attendant ...

    EN ATTENDANT … 90% des 65 000 Québécois qui vont décéder cette année auront plus de 50 ans. L’idéal : qu’elles aient toutes placé au Registre leurs directives médicales anticipées (DMA). Que d’économies sur TOUS les plans ce serait, spécialement familial et clinique. La ministre des Aînés devrait faire campagne intensive d’information et de promotion sur les DMA Il est bon de parler des droits et libertés des personnes aînées; meilleur et nécessaire aussi de parler de leurs responsabilités. Les DMA, ça est une.

    Faire ses DMA est un acte d’amour pour soi, pour ses proches, pour ses soignants et pour les établissements de soins. Un acte de haut civisme.

  • Gilles Bonin - Inscrit 31 mai 2019 10 h 47

    Vivement cet élargissement

    et bien sûr avec toutes les précautions. Je l'espère de mon temps de capacité mentale et inttellectuelle apte à prendre une décision sur ma fin de vie. MA décision et qu'on ne puisse y déroger sous prétexte que depuis ma prise de décision j'ai perdu mes capacités mentales de décider librement et de façon éclairée.