Difficile de fixer un seuil d'immigration idéal

L’Institut du Québec, un organisme de réflexion qui réunit HEC Montréal et le Conference Board du Canada et dont le parti pris — et ce n’est pas une tare — est de favoriser des politiques gouvernementales contribuant à la croissance de l’économie, a rendu publique cette semaine une étude intitulée Seuils d’immigration au Québec : analyse des incidences démographiques et économiques, étude qui montre toute la difficulté de déterminer un seuil d’immigration optimal pour le Québec.

Les auteurs de l’étude ont analysé quatre scénarios sur 20 ans (jusqu’en 2040) : aucune immigration — un scénario que peu de gens envisagent -, la cible du gouvernement caquiste pour l’année en cours, soit 40 000 admissions, ou 12 % des immigrants à l’échelle du Canada, le seuil des libéraux de 53 000, ou 16 % de l’ensemble canadien, et enfin un seuil de 63 000, ce qui représente le poids démographique du Québec dans la fédération à l’heure actuelle.

Il va de soi que toute augmentation du nombre d’immigrants entraîne une accroissement du Produit intérieur brut (PIB). Mais l’étude établit que ce n’est pas toujours le cas pour le PIB par habitant, véritable étalon de la richesse d’une nation. Ainsi avec le seuil maximal de 63 000, en se basant sur les difficultés passées des immigrants à intégrer le marché du travail et le fait qu’ils commandent des salaires moindres dans les premières années suivant leur arrivée, le PIB par habitant diminuerait, ce qui n’est certes pas l’objectif visé par une saine politique gouvernementale. En fait, c’est en fermant complètement les vannes de l’immigration que le PIB par habitant augmenterait le plus. Du moins, en théorie, car il est possible que dans ce scénario qui implique un déclin démographique à compter de 2028, le manque de main-d’oeuvre conduise à des délocalisations et à une baisse des investissements des entreprises.

Ainsi, l’Institut du Québec estime qu’il n’existe pas un seuil optimal en immigration. « Les résultats de l’analyse — surtout ceux sur le PIB par habitant — indiquent que le nombre actuel de nouveaux arrivants devrait plutôt être établi en fonction de notre capacité à les intégrer sur le marché du travail », écrivent les auteurs de l’étude, nombre qui doit être fréquemment ajusté.

On pourrait croire que l’Institut du Québec apporte son soutien à la réforme de l’immigration que veut mettre en oeuvre le gouvernement Legault avec le projet de loi 9 et avec la baisse de 53 000 à 40 000 du nombre d’immigrants admis cette année. Après tout, le titre du projet de loi « visant à accroître la prospérité socio-économique du Québec et à répondre adéquatement aux besoins du marché du travail par une intégration réussie des personnes immigrantes » semble épouser les constats de l’étude. Au diapason des milieux d’affaires, l’organisme prône plutôt un accroissement des seuils d’immigration en raison de l’amélioration de la situation des immigrants sur le marché du travail depuis deux ans. Il note cependant que le Québec accuse toujours « un important retard » par rapport au reste de Canada en ce qui a trait à l’intégration en emploi des nouveaux arrivants.

L’Institut insiste sur la nécessité de « mettre les bouchées doubles » pour réduire les délais affectant la sélection des immigrants et pour rendre celle-ci efficace, pour assurer la reconnaissance des qualifications et de l’expérience étrangère et pour remédier aux lacunes en matière de francisation. C’est précisément ce que le gouvernement caquiste ambitionne de faire avec le projet de loi 9, notamment en offrant aux nouveaux arrivants des « parcours d’accompagnement personnalisé » en vue de leur francisation et de leur intégration au marché du travail et en mettant en oeuvre un nouveau processus de sélection, le système Arrima que le gouvernement libéral a annoncé sans véritablement l’implanter.

À l’heure actuelle, l’étude détaillée du projet de loi 9 avance à pas de tortue. À juste titre, les partis d’opposition critiquent l’annulation pure et simple des dossiers en inventaire. On s’élève contre les conditions — relatives à la connaissance du français, notamment — que veut imposer le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Simon Jolin-Barrette pour que les immigrants conservent leur statut de résident permanent octroyé par le gouvernement fédéral. Malgré les défauts qu’y trouve l’opposition, le projet de loi 9 doit être adopté au terme de la présente session puisqu’il importe de « mettre les bouchées doubles » dès cette année. Déjà, le gouvernement libéral a trop longtemps fait traîner les choses et ne serait-ce qu’en matière de francisation, un vigoureux coup de barre s’impose.

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18 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 27 mai 2019 08 h 24

    Déterminer d'autres critères pour fixer les seuils d'immigration

    L'étude de l'Institut du Québec ne permet pas de fixer un quota d'immigration idéal. « Pourtant l’organisme prône plutôt un accroissement des seuils d’immigration », ce qui est contradictoire. Cette position de l'organisme est en phase avec le dogme capitaliste de la croissance. Il « prône » puisqu'il est incapable de le démontrer scientifiquement. Quand il prône, il donne dans l'idéologie capitaliste, il se soumet au lobby des milieux d'affaires.

    Si l'on veut fixer démocratiquement les seuils d'immigration, il faut donc déterminer d'autres critères que ceux qui ont été étudiés par l'Institut. Quelle société veulent les Québécois ? Une société plus homogène ou plus hétérogène ? On devrait aussi essayer d'établir si l'immigration a une incidence positive ou négative sur l'environnement. Pour l'environnement naturel, est-il préférable de favoriser l'augmentation ou la diminution de la population du Québec ? La croissance économique dégrade-t-elle l'environnement ? Voilà les vraies questions auxquelles il faut répondre.

  • François Beaulne - Abonné 27 mai 2019 09 h 57

    Des questions en suspens

    Aussi intéressante et percutante qu'elle soit, cette étude demeure essentiellement macro-économique et quelque peu théorique. Au moins trois questions fondamentales demeurent sans réponses:
    1) Quelle est l'adéquation entre une connaissance fonctionnelle du Français et l'intégration au marché du travail: le Français est il toujours aussi essentiel au décrochage de <bons emplois> ou asssite t'on, dans les faits, à une érosion de l'utilisation du Français dans les secteurs qu'une augmentation des seuils d'immigration favoriserait
    2) Quels sont les impacts des divers seuils d'immigration sur l'adéquation aux besoins en main d'oeuvre en région dont le gouvernement fait une priorité et que les protagonistes d'une augmentation des seuils invoquent constamment pour appuyer leur argumentation
    3) Quels sont les impacts des divers seuils d'immigration sur la démographie montréalaise et l'intégration des nouveaux arrivants à la majorité francophone. Vont'ils contribuer davantage à la ghettoisation des nouveaux arrivants et au poids financier sur les charges sociales de l'Etat québécois ou seront ils en mesure de contribuer rapidement aux objectifs économiques, sociaux et linguistiques que s'est fixé le gouvernement.
    Jusqu'à ce que les réponses à ces questions soient précisées l'approche du gouvernement d'acceuillir moins d'immigrants pour mieux les intégrer demeure la plus prudente et la plus sage.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 27 mai 2019 10 h 45

    La véritable cause de l'immigration.

    On nous répète à satiété que le Québec, pour satisfaire ses besoins en main d'oeuvre, a besoin d'immigrants, de beaucoup d'immigrants, de plus en plus d'immigrants. Sans se questionner sur la cause première qui est à l'origine de ce désir aussi soudain qu'inextinguible de faire venir d'ailleurs des gens aux mentalités souvent bien étrangères à la nôtre.

    Cette cause première, qui semble taboue tant on n'ose l'évoquer, réside dans le fait que les Québécois ne font pas d'enfants, mettant ainsi en péril le renouvellement naturel de la population.

    En fait, ce n'est pas tout à fait exact: nous faisons des enfants, mais une part non négligeable passe avant de naître par la moulinette d'un génocide programmé: l'avortement.

    Depuis sa décriminalisation il y a plus de trente ans, il se pratique en moyenne entre vingt et trente mille interruptions volontaires de grossesse par année au Québec. Ce qui revient à dire que si toutes ces grossesses avaient été menées à terme, il y aurait près d'un million de Québécois de plus (dont certains auraient eux-mêmes des enfants) et le problème de main d'oeuvre serait réglé par le fait même.

    Qu'on me comprenne bien: la femme a le droit absolu au contrôle de son corps, et ce sans avoir à se justifier devant qui que ce soit. On doit néanmoins se questionner sur les causes profondes qui suscitent un si grand nombre d'avortements chez les personnes en mesure de procréer. Il y a là, semble-t-il, un malaise commun à toutes les sociétés occidentales mais auquel personne ne semble vraiment s'intéresser.

    L'immigration constitue donc la solution facile qu'ont trouvée nos dirigeants pour compenser les conséquences à long terme de ce mal qui ronge nos sociétés. Toutefois, la progéniture abondante des nouveaux arrivants démonte que ce mal pernicieux ne semble les affecter d'aucune manière. Peut-être que l'on devrait s'intéresser à eux davantage dans l'espoir de percer leur secret si précieux qui nous fait si cruellement défaut.

    • Marc Pelletier - Abonné 27 mai 2019 17 h 49

      M. Morin,

      Certains ( pur laine ) ont de réserves sur le nombre d'immigrants car ils ont une peur bleu de l'invasion de non francophones !

      Vous, un homme, osez nous parler ' d'un génocide programmé : l'avortement ' : il faut le faire !!!!!!

      J'espère que plusieurs femmes sauront vous répondre en vous envoyant vous faire f........,mais pour ma part, je me sens insulté en lisant vos propos dans un Québec qui nous parle tant et tant de liberté !

      Votre liberté assaille lourdement la liberté des autres : est-ce là le Québec que vous nous souhaitez pour demain ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 mai 2019 20 h 17

      Vous semblez confondre concevoir des enfants et faire des enfants, qui constitue un travail sur 20 ans.

      Le taux d'avortement au Québec (à 16‰) se situe dans la moyenne basse de la plupart des pays.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 28 mai 2019 11 h 35

      "Votre liberté assaille lourdement la liberté des autres." - Marc Pelletier

      Monsieur Pelletier. Je n'ai aucune idée de ce que vous voulez dire par là. M'avez-vous bien lu? Je n'empêche personne d'être comme il (ou elle) veut être, bien au contraire. Les gens sont libres de faire ce qu'ils veulent bien faire (ou ne pas faire). Je n'attaque ou ne culpabilise personne d'aucune manière et ne désire entraver leur liberté d'agir comme bon leur semble d'aucune façon.

      Je voulais seulement faire remarquer que le Québec, à l'instar de plusieurs pays occidentaux, voit le fait d'avoir des enfants (et de les élever) d'une manière de plus en plus négative. Cette disposition risque d'avoir à long terme des conséquences dramatiques sur l'ensemble de la société.

      Je ne crois pas que ce soit là la bonne façon de préparer l'avenir et qu'il serait sans doute temps d'examiner cette question qui nous assaille de plus en plus lourdement (pour reprendre votre expression) pour voir ce qui pourrait revaloriser chez nous cet aspect de la vie humaine car le fait de compter aussi massivement sur ceux qui viennent d'ailleurs afin de compenser pour ceux qui manquent et pour faire les enfants que nous ne voulons plus avoir se révèle à long terme une fausse bonne idée.

  • Jean-Henry Noël - Abonné 27 mai 2019 11 h 04

    Rigidité

    Il faudrait pour commencer régler le problème des immigrants qui ne travaillent pas. La rgidité des corps professionnels à reconnaître les diplômés d'ailleurs rend la chose impossible. (Il y a 50-60 ans, ils étaient très contents de les accueillir et reconnaissaient leurs diplômes). Est-ce qu'on ne peut pas penser à une période d'apprentissage des immigrants dans une institution québécoise et qui les habiliterait à travailler dans leurs domaines de connaissances au lieu de les condamner au taxi ? Et pourquoi l'examen du Collège des médecins est le plus difficile du Canada ?

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 27 mai 2019 14 h 19

    « une part non négligeable (de nos enfants) passe avant de naître par la moulinette d'un génocide programmé: l'avortement» (Jean-Charles Morin)

    Bien ! Pas une femme ne crie : - Oh ! Joie ! Je vais subir un avortement! Je suis tellement heureuse!

    L'avortement n'est pas une partie de plaisir.

    Celles qui se font avorter ont leurs raisons.

    Sans l'avortement, c'est l'enfant qui va subir les conséquences d'être à la charge d'une mère qui ne le désirerait pas.

    Les enfants en adoption qui restent sur le carreau, à 18 ans ils finissent sur le trottoir de nos grandes villes sans formation et sans diplôme avec en guise de bagage un sac à poubelle rempli de leurs effets personnels.

    Ce qui assure la relève de la prostitution et des taulards de faible envergure.

    Moi, j'ai fait castrer mon chat en janvier dernier. Au départ, c'était un chaton de quelques mois, maigre et affamé, qui s'était réfugié en miaulant dans ma cour. Il m'a adopté, mais il avait l'habitude d'aller dehors, et bien nourri il est devenu un vigoureux matou.

    Il a fait sa vie de garçon de l'été au printemps suivant, au terme de quoi avant qu'il ne peuple le quartier de chatons abandonnés, je l'ai fait castrer.

    En Amérique du Sud, où l'avortement est criminel, j'ai côtoyé des enfants abandonnés qui dormaient sur les trottoirs et mangeant des déchets dans les poubelles. Lorsqu'ils sont en surnombre, ils sont abattus.

    Je présume qu'à un sort si funeste au terme d'une vie misérable, leur mère aurait probablement préféré l'avortement, plutôt que d'abandonner leur bébé au destin, faute de ressources.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 27 mai 2019 17 h 28

      Monsieur Lacoste, vous passez à côté de la question que j'essaie de soulever ici.

      Je ne questionne pas le fait que les femmes qui se résignent à subir un avortement ont sans doute une bonne raison qui les motivent à agir ainsi et qui font de leur enfant à naître une charge dont elles ne veulent pas.

      Quelles que soient les raisons - bonnes ou mauvaises -qui font mettre un terme à ces grossesses non-désirées, les faits sont là, incontournables: un peuple qui n'arrive pas à se reproduire est condamné à disparaître.

      Par contraste, (question de mentalité, sans doute) on voit de plus en plus de femmes d'immigrants avec des ribambelles d'enfants. Avoir des enfants ne semble pas un problème pour ces gens qui semblent avoir une vision beaucoup plus positive de la famille et de la maternité. Peut-être pourraient-elles partager le secret de leur fécondité heureuse avec les femmes d'ici. Cela pourrait régler le problème.

    • François Beaulé - Abonné 27 mai 2019 17 h 41

      Vos remarques sur l'avortement sont on ne peut plus simplistes. Il n'y a jamais eu autant d'enfants souffrant de problèmes socio-affectifs au Québec. Une récente enquête révèle un nombre très élevé de jeunes en détresse. Il y a plus de sans-abri que jamais. Les nombreux avortements des 40 dernières années démontrent à quel point les enfants ne sont pas bienvenus ici. Les autres indicateurs sociaux disent la même chose.

      Ce n'est évidemment pas en empêchant les femmes d'avorter que l'on règlerait les problèmes. M. Morin ne dit pas le contraire.