Environnement: virage ou mirage vert?

Dominic Champagne se pointera samedi au premier conseil général de la CAQ avec dans son baluchon de militant — convaincu et convaincant — non seulement sa carte du parti, mais aussi une bonne dose de l’urgence d’agir qu’il espère transmettre au parterre caquiste réuni pour causer « économie verte ». L’instigateur du Pacte pour la transition carbure encore à la vertu et à l’espérance mais, las d’attendre encore et toujours les gestes porteurs, sa flamme vacille.

Toutefois, l’économie verte, est-ce que cela s’accorde véritablement avec l’urgence climatique ? À lire le cahier de propositions qui sert de prélude aux discussions de la CAQ ayant lieu cette fin de semaine à Montréal, il semble bien que non. Dans ce préambule aux échanges, affublé bien maladroitement d’une étiquette promettant « le changement en action », on ne retrouve là rien qui porte une signature audacieuse, ambitieuse, pas le moindre signe d’un changement de cap radical pour permettre d’espérer atteindre les objectifs synonymes de survie de la planète.

Il eût été de bon augure, pour donner le ton, de s’arrimer aux conclusions dramatiques du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) d’octobre dernier, qui en somme rappelait aux occupants de la Terre que les cibles de réduction de GES del’Accord de Parisne sont plus suffisamment élevées pour empêcher la catastrophe. Mais la CAQ en est restée aux objectifs de 2015.

Pour le reste, ce n’est pas que les propositions qui seront discutées cette fin de semaine n’aient pas d’intérêt, car dans l’ensemble elles en ont toutes un brin, c’est qu’elles manquent de coffre, n’ont pas de lustre, n’atteignent pas le début du commencement d’un plan de match destiné à faire la révolution climatique. Virage vert, vous disiez ? Mirage, plutôt.

Tous les dirigeants se targuent de vouloir faire mieux et plus pour éviter de laisser une planète en rade à leurs héritiers, et pourtant, lesdits héritiers l’ont scandé dans la rue tous les vendredis pendant ces trois mois où ils ont séché les cours : ils veulent un changement de cap, ils espèrent un coup de barre, radical, courageux.

Après avoir subi l’opprobre pour avoir quasi oublié les priorités environnementales en campagne électorale, le premier ministre François Legault s’est engagé à reverdir son aura. Mais c’est la loi du petit pas depuis, et malheureusement, le règne des incohérences. Comment décoder la moindre sincérité dans la sauvegarde de la planète chez un gouvernement qui pratique la valse-hésitation autour d’un projet de ligne de métro additionnelle et qui vogue allégrement vers une absurdité nommée troisième lien à Québec pour unir les deux rives, et ce, pour environ 21 000 personnes empruntant ce passage chaque jour ? C’est à n’y rien comprendre. Tant à Québec qu’à Ottawa, où le premier ministre Trudeau veut tenir un vote déclarant le Canada en « situation d’urgence climatique nationale » tout en faisant l’acquisition d’un pipeline, les gestes ne s’allient pas à la parole.

Les auteurs du GIEC l’ont pourtant souligné à grands traits : le coup de barre radical que commande l’urgence climatique rime avec quatre champs d’action magistraux : laisser les énergies fossiles dans le sol, réformer le secteur des transports, préserver les milieux naturels et changer l’alimentation. Le programme de cette fin de semaine explore chacune de ces sphères, mais toujours en surface, sans mesure coercitive, trop souvent sur le mode de la suggestion plutôt que sur celui de l’interdiction. La Norvège, que la CAQ cite en exemple un peu maladroitement, n’a pas procédé par « mesurettes », mais a inscrit l’environnement comme un axe fondateur politique autour duquel l’économie et les actions sociales se sont développées.

« Les propositions ne sont pas à la hauteur de la crise », déplorait en mars dernier Léa Ilardo, du collectif La planète s’invite à l’université, au moment où des milliers de manifestants inondaient les rues de Montréal. Partout sur la planète, portée par des conclusions scientifiques accablantes, la société civile implore les politiques de pratiquer une gouvernance durable, en préservant l’immédiat mais en agissant surtout pour le futur. Le dramaturge Dominic Champagne a choisi d’incarner le pont et le dialogue entre ces citoyens espérant un commandement plus vert et les gouvernants abonnés aux promesses. Espérons qu’au terme de la fin de semaine, il repartira le baluchon rempli d’engagements sincères.

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