Avortement: devoir de vigilance

La décision des élus de l’Alabama d’interdire l’avortement, même en cas de viol ou d’inceste, a provoqué une onde de choc aux États-Unis. Depuis plus d’une semaine, les manifestations se succèdent pour tenter de contrer un mouvement dont le but ultime est d’amener la Cour suprême américaine à annuler l’arrêt Roe c. Wade qui a légalisé l’avortement en 1973.

Peu importe où il est mené, ce genre de guérilla législative est un assaut contre la liberté de conscience des femmes et leur droit de l’exercer sans contrainte. En interdisant l’avortement ou en l’encadrant de façon si serrée qu’il devient impossible d’y avoir recours de façon sécuritaire, les opposants au libre choix utilisent le bras étatique pour imposer leurs principes religieux ou moraux à tous.

Au Canada, aucune législature ne s’apprête à restreindre le droit à l’avortement, mais des politiciens en rêvent encore. Au fédéral, le moyen privilégié par ces derniers est la présentation de projets de loi de députés, ce qu’un chef peut fortement décourager ou laisser faire.

Deux d’entre eux, le chef conservateur Andrew Scheer et celui du Parti populaire, Maxime Bernier, ont déjà dit qu’ils ne relanceraient pas ce débat, mais qu’ils laisseraient leurs députés agir à leur guise.

Les convictions pro-vie d’Andrew Scheer sont bien connues et il ne les renie pas. Député, il a voté pour des motions limitant le libre choix. Lors de sa course à la direction du PC, il a courtisé les militants opposés à l’avortement, qui ont largement contribué à son élection. Il a établi à cette époque que son éventuel gouvernement ne présenterait pas de projet sur l’avortement, mais que ses députés seraient libres de s’exprimer sur cette question.

Ce dont ils ne se privent pas. Une douzaine d’entre eux ont participé au début du mois de mai à la manifestation annuelle du mouvement antiavortement sur la Colline parlementaire. Les libéraux se sont empressés d’exploiter la chose dans une lettre de sollicitation de fonds envoyée peu après à leurs partisans.

Bien que favorable au libre choix, Maxime Bernier, lui, ne fait pas de cas de la position de ses futurs candidats. Il répète toutefois depuis des mois qu’ils savent que ce genre d’enjeux associés au conservatisme social ne figurera pas dans son futur programme. Par contre, il a déjà dit qu’il pourrait rouvrir le débat si c’était le souhait de ses membres et que ses députés étaient libres d’en débattre.

Les mouvements opposés au libre-choix comptent bien être actifs durant la prochaine campagne électorale fédérale, comme ils le sont depuis des années. La Campaign Life Coalition a déjà affiché sur son site Web son guide électoral et son relevé à jour des positions des députés.

Face à cette mobilisation soutenue, une seule attitude s’impose chez qui croit à la liberté de conscience des femmes et à leur capacité de l’exercer pleinement : la vigilance. Il ne faut pas oublier qu’il aurait suffi d’un seul vote au Sénat pour qu’en 1991 l’avortement soit de nouveau criminalisé au Canada. Rien ne peut donc être tenu pour acquis quand il est question du libre choix des femmes et du plein et total contrôle de leur corps.

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5 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 24 mai 2019 08 h 33

    Pour avoir cette semaine commenté...

    ...la chronique de votre consoeur madame Francine Pelletier, je répète ma question : « Est-ce qu'avorter, dans le cadre d'une I.V.G. correspond à mettre fin à une vie, une vie humaine ? » Et j'y ajoute : « Auteur de mort, c'est une des question qui me taraude »
    Antérieur à ce questionnement, je pose aussi cette dette question : « Est-ce qu'une I.V.G. est un résultat d'une sexualité bien assumée ? » Question à laquelle j'ai été invité à répondre alors que je poursuivais mes psychothérapies.
    Et si je « faisais simple » comme nous le suggèrent nos concitoyens du Saguenay-Lac-St-Jean et j'y allais de cette simple voire simpliste question : « Pourquoi l'avortement ? » Question de faire réflexions sur ce qui est à l'origine même d'un avortement.
    Comment conclure ?
    Auteur de mort, eût-il été préférable que « notre » maman se fasse avorter de moi ?
    Je vis quotidiennement avec la vie que j'ai fait avorter, avec cette vie à laquelle j'ai mis fin.
    Je ne suis membre d'aucun organisme concerné ou impliqué dans le débat.
    Focaliser sur la vie, dans sa plus pure définition, m'est amplement suffisant.
    Mes respects et sans prétention,
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Pierre Fortin - Abonné 24 mai 2019 10 h 53

    « S'il suffisait de s'installer en position du lotus pour accéder à l'illumination, toutes les grenouilles seraient des bouddhas. » – Louis Pauwels


    Les entêtés anti-avortement devront assumer pleinement leur choix politique et établir clairement sur quelle base juridique repose le droit qu'ils osent s'attribuer de décider du corps d'autrui.

    Si les femmes ne peuvent plus décider elles-mêmes de leur corps et de ce qu'elles en font, incluant leurs gestations, alors elles n'auront plus droit aux Garanties juridiques que leur confère la Charte canadienne des droits et libertés dans son article 7 : « Chacun a droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de sa personne; il ne peut être porté atteinte à ce droit qu’en conformité avec les principes de justice fondamentale. » Les Pro-vies sont-ils à ce point déterminés ?

    Les pusillanimes Andrew Scheer et Maxime Bernier, n’ayant pas de minus habens à courtiser et craignant comme la peste de déplaire à l'opinion publique, se cachent derrière leurs membres en s'engageant le moins possible pour ne pas avoir à prendre position sur cet enjeu fondamental de l'avortement. Ils savent très bien qu'une fois le pouvoir acquis ils pourront dicter la loi sans jamais avoir eu à la défendre. Quand on ne sait pas se conduire soi-même, on évite de faire la morale aux autres.

    Mais quoi qu'il arrive, la question à laquelle ils doivent répondre subsistera : qui a le pouvoir de décider de la personne d'autrui ?

  • Serge Lamarche - Abonné 24 mai 2019 12 h 54

    Pas pour rien

    On peut appeler ça le droit des femmes, la liberté de choix, l'avortement reste quand même le meurtre d'un futur nouveau né. L'avortement ne fait pas de cas d'une vie enlevée, bien sûr à un moment ou cette vie ne peut pas protester.
    L'avortement n'est pas un droit, c'est une honte.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 25 mai 2019 08 h 12

    S’avorter ou avorter autrui ???

    « Il ne faut pas oublier qu’il aurait suffi d’un seul vote au Sénat pour qu’en 1991 l’avortement soit de nouveau criminalisé au Canada. » (Manon Cornellier, Le Devoir)

    Criminalisé ou décriminalisé, l’avortement touche tout le monde, sauf les Mouvements Pro-Vie et Pro-Choix qui semblent poursuivre d’autres intérêts qui, apparemment liés, visent l’affirmation d’un quelconque pouvoir-contrôle de société tant sur la femme que sur l’homme !

    Et, cela a débuté voilà un peu plus de 3-4 milles ans sous le règne de Pharaon en Égypte (A) !

    De ce qui précède, une question :

    S’avorter ou avorter autrui ??? - 25 mai 2019 –

    A : Lire Exode-Chemot 1, 15-16 :

    « Le roi d'Égypte s'adressa aux sages femmes hébreues, qui se nommaient, l'une Chifra, l'autre Poûa et il dit: "Lorsque vous accoucherez les femmes hébreues, vous examinerez les attributs du sexe: si c'est un garçon, faites-le périr; une fille, qu'elle vive." » .

  • Denis Carrier - Abonné 25 mai 2019 17 h 06

    D'intégrisme et de compromis

    La devise du Devoir étant «Libre de penser» je suis surpris qu’en ce qui regarde l’avortement, un seul point de vue est présenté soit celui favorable. J’en suis encore à retrouver un article montrant les deux points de vue. Lorsqu’un seul point de vue est disponible, je crois bien que nous sommes en présence d’intégrisme. L’intégrisme ne se limite pas au domaine religieux. Aller dire en Chine que le communisme est questionnable ou à la bourse de New York que le capitalisme est questionnable vous devinez facilement qu’elle réponse vous obtiendrez, en supposant que vous aurez pu poser exprimer votre point de vue. Questionner l’avortement dans une réunion féministe aura le même effet.
    Et pourtant, l’avortement légalisé est tout à fait récent à l’échelle de notre histoire. Il pourrait bien n’être qu’un épiphénomène. Il a environ un-demi siècle comparé aux centaines de milliers d’années de notre espèce. Une nouveauté en soit. Je comprends, par là, l’inquiétude de celles qui en font la promotion.
    Le droit de tuer son enfant restera le fond du problème. La réponse classique est de dire qu’il ne s’agit pas d’une personne comme il l’a été dit pour les Noirs pendant un temps comparable. Sur ce point fondamental, deux positions aux antipodes s’affrontent : celle voulant qu’il s’agisse d’une personne dès que le sperme et l’ovule se rencontrent et celle où l’enfant peur être éliminé sans contraintes légales tant que le cordon ombilical n’est pas coupé. La décision des élus de l’Alabama me semble un juste milieu. Quand le cœur de l’enfant bat, ce point de référence me semble un bon un compromis.