L’heure des choix pour Andrew Scheer

Critiqué depuis des mois pour son absence de politiques claires, le chef conservateur Andrew Scheer a entrepris une tournée de cinq discours pour donner un avant-goût de son futur programme. De ses deux premières allocutions sur la politique étrangère et l’économie, on garde, à quelques nuances près, une impression de déjà-vu.

On ne peut reprocher à un politicien d’être fidèle à son héritage politique, mais dans un contexte de bouleversements technologiques et environnementaux, de montée des antagonismes internationaux et de contestation des valeurs démocratiques, on aurait pu s’attendre à une plus grande modulation de ses politiques et à davantage de surprises. Bien qu’il ait reconnu le changement de donne, Andrew Scheer s’en est largement tenu aux valeurs sûres conservatrices.

En matière de politique étrangère, il préconise, comme tous les gouvernements jusqu’ici, la multiplication des accords commerciaux et de solides partenariats avec les pays partageant nos valeurs démocratiques. Il fait beaucoup écho à son prédécesseur Stephen Harper en vantant les mérites des alliances du Canada plutôt que le multilatéralisme et en déplorant l’abstention du Canada lors de votes aux Nations unies sur des résolutions visant Israël. Dans le cas de l’État hébreu, il va plus loin en réitérant sa promesse de reconnaître Jérusalem comme capitale et d’y déménager l’ambassade canadienne.

Un des rares dossiers où il se démarque, tant du gouvernement Trudeau que des gouvernements précédents, est celui de la Chine. Face au durcissement du régime actuel et de son mépris de la primauté du droit, il préconise la fermeté. Il a toutefois peu de solutions à offrir. Les relations sino-canadiennes doivent « être complètement redéfinies », dit-il, pour ajouter, en fin de discours, toujours vouloir négocier avec la Chine, « mais avec les yeux grand ouverts ».

En matière de défense, il se distingue aussi. Il reconnaît entre autres que tous les partis ont politisé le processus d’approvisionnement au point de nuire aux militaires en les privant des équipements nécessaires en temps opportun. Il dit vouloir s’attaquer à ce problème avec les autres partis.

 
 

Les grands thèmes de son discours économique — baisser les taxes, réduire la taille de l’État, alléger la réglementation, éliminer le déficit — sonnent comme une rengaine, mais sa proposition d’un corridor consacré aux infrastructures énergétiques représente une nouveauté et un risque, tout comme celle de viser l’autonomie énergétique du Canada d’ici 2030. Il insiste sur la nécessaire bonne entente fédérale-provinciale et promet de collaborer avec les provinces et les Autochtones pour définir le tracé de ce corridor, mais sans dire comment il entend surmonter leurs désaccords actuels autour des pipelines.

Il déplore la difficulté qu’ont les ménages à joindre les deux bouts, citant au passage le poids de leur endettement. Pour leur venir en aide, il propose d’alléger leur fardeau fiscal, mais préconise aussi de lever les règles hypothécaires mises en place pour éviter justement que les gens s’endettent au-dessus de leurs moyens, une mesure applaudie par le FMI.

Et M. Scheer reprend cette impossible équation à laquelle les conservateurs sont si attachés, à savoir réduire les taxes, donc renoncer à des revenus, tout en éliminant le déficit sans procéder, promet-il, à des compressions. Pourtant, tout nouveau poste de dépenses devra être financé à même des « économies au sein du gouvernement », dit-il.

M. Scheer enfonce par ailleurs des portes ouvertes, comme lorsqu’il promet de ne pas imposer l’Allocation pour enfants mise en place par les libéraux, qui n’est déjà pas imposée. En fait, c’était la prestation pour enfants des conservateurs qui l’était.

Il restera évidemment à Andrew Scheer à mettre beaucoup de chair autour de l’os, mais cette volée de discours, qui doit se conclure par des allocutions sur les thèmes de l’environnement, de l’immigration et de la confédération, a le mérite de donner finalement un portrait d’ensemble des orientations d’un futur gouvernement conservateur et de confirmer que le choix qui s’offrira aux électeurs en octobre prochain ne sera pas cosmétique. Au-delà des attaques personnelles et des guerres d’images, ils devront trancher entre différentes visions du rôle de l’État et de sa place dans la vie des citoyens, avec de réelles conséquences à court, à moyen et à long termes.

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9 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 23 mai 2019 08 h 05

    La démagogie dans le dossier SNC Lavalin

    Malheureusement, il suit les traces de Trump dans le cas de l'ambassade à Jérusalem.À déplorer sa démagogie et celle de ses députés québécois dans le dossier SNC Lavalin. A-t-on vu les Deltell, Rayes et cie dire que la question d'accord de réparation est appliquée dans plusieurs pays ....pour sauver des emplois? Se préoccuper de la question du siège social et des 9 000 emplois? Si le siège social de SNC avait été à Calgary ou à Toronto, je pense que Scheer et les siens auraient eu un comportement différent.

    Ça va être bizarre de voir les Deltell et cie suivre leur chef et nous vendre ÉNERGIE EST!

    • Gilles Théberge - Abonné 23 mai 2019 11 h 23

      Et essayer de nous vendre Energy Est... Essayer de vendre je dis bien, mais sans succès j’en suis persuadé. Avec un petit chantage « Canadian » à la clé, genre rapport d’impot unique versus pipeline...

      Misère de misère. Heureusement, on a le Bloc!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 23 mai 2019 14 h 09

      Ses accointances avec Doug Ford et le premier ministre unilingue du New Brunswick, ainsi qu'avec celui de l'Alberta vont lui nuire.

      A voir, sa politique sur l'environnement! Ça va être drôle!

  • François Beaulne - Abonné 23 mai 2019 09 h 54

    Belle analyse

    Merci Madame Cornellier pour cette analyse percutante, convaincante et bien étoffée de l'alternative que nous réserve le Parti conservateur de Sheer. En vous lisant je sen une sorte de morosité et de lassitude m'envahir en songeant aux jours gris, délavés, sans vision humaine et planétaire que nous avons vécus sous son prédécesseur Harper. Je sens également le recours à des recettes éculées, à des formules creuses, à des slogans trompeurs pour aguicher ponctuellement les électeurs. Je sens surtout un vide abyssal en ce qui concerne l'avenir de la fédération canadienne et la place que la majorité anglophone ainsi que les compromis que les partis fédéralistes qui la représentent sont prêts à négocier avec le Québec pour lui assurer la pérennité de sa spécificité.
    Ce parti promet toutes sortes de bonbons au gouvernement du Québec et une plus grande ouverture sur les grands dossiers de l'heure, notamment l'impôt unique, l'appariement des politiques d'immigration aux besoins du Québec, mais tout ça <après les élections> On sait ce que ça veut dire. Puis, silence radio sur toute la question de laicité, à l'exception d'une déclaration à l'effet que Sheer rétablira le financement du prosélytisme d'organismes religieux en matière de politique étrangère, politique étrangère dont vous soulignez bien le vide et surtout le recul en arrière.

    A vous lire j'ai comme l'impression qu'à moins d'un revirement spectaculaire on se dirige vers des élections fédérales <drab> et peu susceptibles de mobiliser les électeurs, à moins d'un soubresaut du Bloc Québecois qui vienne introduire un peu de passion et de fierté québécoise dans le portrait.

  • Pierre Fortin - Abonné 23 mai 2019 11 h 25

    Les dinosaures de l'Ouest canadien ne sont pas tous fossilisés, certains s'agitent encore


    Bien malin qui peut dire ce qu'Andrew Scheer a en tête lorsqu'il parle de programme environnemental; il n'est d'ailleurs pas certain qu'il le sache lui-même tellement son discours en la matière est naïf et famélique. Chose certaine, les quelques mesures qu'il présentera ne devront pas nuire à l'expansion de l'industrie pétrolière. Lors de sa visite à Québec il y a quelques mois, il a ouvertement annoncé son intention de relancer Énergie Est. Nous aurons donc été avertis et il nous est interdit de l'oublier.

    Dans le genre Bon cop–Bad cop, le couple Andrew Scheer–Jason Kenney est déterminé à poursuivre l'extraction pétrolière coûte que coûte, soutenu en cela par la majorité des électeurs albertains, eux-mêmes prisonniers d'une économie qui a mis tous ses œufs dans le même panier alors qu'il aurait fallu la diversifier quand il était encore temps, et constituer un fond souverain qui permettrait aujourd'hui d'affronter l'avenir sans creuser plus profondément dans les sables bitumineux en sacrifiant leur environnement ainsi que le nôtre. Les Albertains, conservateurs ou néo-démocrates, n'ont jamais reconnu la crise climatique à laquelle ils contribuent fortement, comment pourraient-ils croire aujourd'hui à l'urgence d'agir ? Même l'incendie de High Level n'arrive pas à les allumer !

    A-t-on oublié Jacques Parizeau alors qu'il nous confiait la réflexion qui l'a mené à cesser d'être fédéraliste en constatant à quel point le Canada est trop diversifié avec des intérêts trop divergents pour être dirigé comme il l'est par un gouvernement central qui monopolise le pouvoir et les décisions opportunistes. Quand on voit ce qui nous est offert comme projet de pays et les maigres options qui nous sont offertes aux élections de l'automne prochain, qui peut réellement croire que les priorités du Québéc seront considérées à leur juste mesure ?

    Aurons-nous un véritable choix Madame Cornellier ou s'il faudra encore une fois être ballottés au gré des vents de l'Ouest ?

    • Pierre Rousseau - Abonné 23 mai 2019 14 h 10

      Oui, effectivement, mais le plus ironique dans tout ça c'est le fait qu'un nombre croissant d'Albertains veulent se séparer du Canada... Je sais que c'est du chantage et que ce n'est pas sérieux car l'Alberta est enclavé entre la Saskatchewant, les Territoires du Nord-Ouest, la Colombie-Britannique et les É.-U., sans accès à la mer. Alors si la CB est contre les oléoducs, où vont-ils aller quand l'Alberta sera indépendante ? Ils sont experts dans le chantage : Madame Notley, tout néo-démocrate fut-elle, a boycotté les vins de CB parce que leur voisine voulait protéger son environnement... pas fort comme négociation ! Surtout que les vignerons de CB n'avaient rien à voir avec le fameux oléoduc TMX...

      Ils ont dépensé leur capital quand il aurait fallu penser plutôt à l'avenir comme l'ont fait les Norvégiens, grâce à leur cher PM Ralph Klein. Souvenons-nous du chèque envoyé à tous les Albertains quand les temps étaient meilleurs pour le pétrole. Ce genre d'administration à courte vue, très électoraliste et sans conscience de l'avenir est probablement ce que nous réservent les conservateurs. Alors, soyons avertis et la cerise sur le sundae serait que l'Alberta devienne indépendante avant le Québec...

    • Pierre Fortin - Abonné 23 mai 2019 19 h 14

      Monsieur Rousseau,

      S'ils ont largué les vins de Colombie-Britannique aussi facilement, et il y en a de très bons, c'est peut-être qu'ils ne savent pas les apprécier ou que leur rancœur domine leur désir d'arranger les choses pour le mieux. Quand on a vu leurs derniers gouvernements, celui-ci semble s'enfoncer plus encore dans un bête réflexe émotif d'entêtement. Et les Doug Ford et autres élus du même sérail s'inviteront tôt ou tard au bal.

      Jason Kenney devra comprendre qu'il ne tirera rien des autres provinces par des ultimatums, et que s'il désire leur coopération, le mieux serait qu'il s'adresse à elles avec intelligence et respect s'il s'attend à ce qu'elles l'aident à diversifier, enfin! son économie.
      Les Vénézuéliens ont le même problème " savamment " cultivé depuis au moins le Président Jaime Lusinchi (19884-89) : ils n'ont pas investi suffisamment dans leur avenir tout en dépensant beaucoup à tout va, tout comme ce que vous relatez à propos de Ralph Klein.

      L'Alberta a très mal administré sa manne pétrolière en l'épuisant presque, sans investir dans son avenir à l'exemple de ce que la Norvège a réussi avec son fond souverain qui la protège pour des générations ... enfin, si l'environnement nous permet encore de rêver un peu au bonheur de nos descendants. Quant à une éventuelle séparation de l'Alberta et bien avant que ça se produise, le désordre qu'il provoque dans la fédération n'est qu'une démonstration de plus et très probante que ce pays qui n'en est pas un, ne fonctionne pas. La constitution de papa peut avoir de drôles de retours de flammes.

      Comment envisagent-ils l'avenir ces Albertains s'ils ne savent pas lire le présent ?

      Des dinosaures, je vous dis !

  • Serge Morin - Abonné 23 mai 2019 12 h 59

    Scheer le pur ?

    M. Scheer essaie tant bien que mal d'effacer, gommer, atténuer les neuf pénibles longues années du «drab» gouvernement Harper. La simple évocation de son nom me fait frissonner de crainte véritable. Si l'on se souvient bien de ce gouvernement, que de très mauvais souvenirs remontent à la surface. Un gouvernement qui entre autres détestait viscéralement le Québec et son peuple. Je ne crois pas que ce nouveau chef (tout aussi baptiste du reste ou serait-ce évangéliste (?), n'oublions pas les 9 millions de $ consacrés par Harper pour une nouvelle traduction de la bible... ???... payé avec nos impôts) puisse changer quoi que ce soit à l'idéologie première du parti conservateur qui n'a plus rien à voir avec le défunt parti progressiste conservateur. Pour ma part et il en sera toujours ainsi, fort heureusement il y a le Bloc !

  • Pierre Rousseau - Abonné 23 mai 2019 13 h 59

    Baisser les taxes, une vieille rengaine conservatrice...

    Qui est contre la vertu ? Baisser les taxes est toujours un bon vendeur. Mais on oublie trop souvent le corollaire : réduire les service, se plonger dans un genre d'austérité. L'État est un compromis et les citoyens s'attendent à des services de leur gouvernement. Or, en baissant les taxes, l'électeur doit comprendre qu'il devra s'attendre à perdre bien des services de ce gouvernement. Que ce soit en matière de protection de l'environnement dont on a vu l'administration Harper sabrer sans vergogne, ou encore en matière de sécurité alimentaire où on a coupé dans le nombre d'inspecteurs et, corollaire nécessaire, dans le nombre d'inspections.

    On veut toujours plus de services des gouvernements, de meilleures routes, de meilleures infrastructures mais on ne veut pas payer pour... Faut agir en adultes et comprendre que ces services auxquels nous aspirons, nous devons les payer. C'est incontournable. Alors quand vient le temps de voter, si on vote pour ceux qui veulent baisser les taxes faudra pas se plaindre par la suite si les services ne sont plus au rendez-vous.