Aide de l’État et énergies fossiles

GNL Québec, le promoteur du projet Énergie Saguenay, qui est évalué à 9,5 milliards, se prépare à demander une aide substantielle de l’État québécois pour une usine de gaz naturel liquéfié destiné à l’exportation. Or, le gouvernement dispose déjà de la structure pour consentir cette aide, le Fonds Capital Mines Hydrocarbures (CMH).

Le Devoir nous apprenait mardi que GNL Québec a fait appel à sept lobbyistes, dûment inscrits au registre, en vue d’obtenir un soutien financier de la part de l’État québécois auprès, notamment, d’Investissement Québec (IQ). Pas moins de onze ministères sont visés par ces activités de lobbying, tout comme Hydro-Québec et la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Le projet Énergie Saguenay, associé à la construction d’un gazoduc de 750 km qui traverserait le territoire québécois, n’a pas encore été approuvé par l’Agence canadienne d’évaluation environnementale et n’a pas fait non plus l’objet d’une évaluation québécoise de la part du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Il ne faut toutefois pas se cacher que le gouvernement Legault voit d’un très bon œil la réalisation de ce « projet économique majeur », étant ouvert à financer tous les projets qui contribuent à la création de richesse s’ils « répondent aux critères environnementaux et d’acceptabilité sociale », selon le cabinet du ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon. Or, le gouvernement Legault, tout comme le gouvernement fédéral d’ailleurs, a indiqué qu’il ne tiendrait pas compte des émissions de gaz à effet de serre (GES) en amont, c’est-à-dire le fait qu’il s’agit essentiellement de traiter du gaz de schiste albertain, dont l’extraction par fracturation produira une énorme quantité de GES.

Par l’entremise du Fonds CMH, l’État québécois investit déjà dans les énergies fossiles. Mais il s’agit d’une broutille comparée au projet Énergie Saguenay. Créé par le gouvernement Couillard en 2015, le Fonds CMH, censé disposer d’une enveloppe de 1 milliard, n’a fait qu’un seul investissement dans les hydrocarbures, soit 8 millions dans le projet Galt de Junex en Gaspésie. Tous les autres investissements sont allés au secteur minier. Ce fonds n’est pas un grand succès : seulement 66 millions ont été versés.

Quoi qu’il en soit, avant d’envisager de soutenir financièrement ce mégaprojet, le gouvernement Legault doit s’engager à le soumettre à une évaluation environnementale digne de ce nom, une assurance qu’il a jusqu’ici refusé de donner.

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10 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 15 mai 2019 06 h 24

    EES, d’abord; BAPE, ensuite

    Un projet de cette envergure commande qu’on l’étudie sous toutes ses coutures avant que l’on puisse vraiment juger de son intérêt ou pas. Son examen ne saurait être valable sans la prise en considération
    1- de tout ce qui est présentement,
    2- de tout ce qui se ferait éventuellement et
    3- de tout ce qui serait ultimement
    si jamais on devait en connaître sa finalité telle que voulue par ses promoteurs.

    Ça va du gaz obtenu par fracturation au béluga en voie de disparition voire même avant cela et après ceci.

    Le gros bon sens veut que l’on commence d’abord par le soumettre à une évaluation environnementale stratégique (EES) tout ce qu’il y a de plus technique et scientifique qui tiendrait compte de tout cela. C’est seulement avec toutes ces données rendues disponibles en rapport et bien en tête qu’on devrait arriver au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement pour en discuter et en débattre avec les populations ciblées et tous les groupes d’intéret désireux de se faire entendre.

    La planète Terre est fatiguée de l’humain qui travaille à la salir et à la détruire. Elle mérite qu’on en prenne mieux soin en portant meilleure attention globale à ce que nous faisons chez elle.

  • Daniel Grant - Abonné 15 mai 2019 07 h 32

    Est-ce ça le don d'éloquence dont la CAQ avait besoin lors du changement de ministre?

    Quand la ministre de l'environnement a été changée pour

    un vrai ministre de l'environnement qui est porte-parole des pollueurs.

    Le Québec est une solution et la CAQ s'engage à en faire un problème.

    Toute une vision!!

  • Sébastien Collard - Abonné 15 mai 2019 07 h 57

    Subventionnons Gazoduc et payons les sinistrés ensuite!!!

    Comment l'état Québécois qui vient de devoir dépenser des centaines de millions dans des innondations liées aux bouleversements climatiques peut-il simplement envisager de financer un projet qui contribuera à exacerber le réchauffement climatique? Qu'est-ce que ça nous prend pour comprendre qu'on peut se brûler en jouant avec les allumettes? Qu'est-ce que ça nous prend pour comprendre que les énergies fossiles créent peu d'emplois (en comparaison avec l'économie d'énergie et les énergies renouvelables), qu'elles ont besoin d'être subventionnées pour être compétitives et, surtout, qu'elles nous font mal?

    Dans Le Devoir d'aujourd'hui, on apprend que Desjardins a perdu 100 millions en dédomagement des sinistrés. Desjardins continue d'investir dans les énergies fossiles. Où est le parent dans la pièce qui interviendra pour que les enfants cessent de jouer avec le feu?

  • Bernard Terreault - Abonné 15 mai 2019 08 h 27

    J'ai un doute

    Je ne vois pas comment un pipeline dont le fonctionnement est presque totalement automatisé va créer beaucoup d'emplois permanents. Un pipeline probablement construit par des experts de l'Ouest ou américains pour remplir les réservoirs de bateaux norvégiens ou singapouriens avec des équipages philippins ou sud-africains. Aucun intérêt économique réel pour le Québec.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 15 mai 2019 08 h 29

    Comment...

    peut-on dire "...être prèt à consentir ou, à tout le moins, à trouver des "mérites" à ce projet de GNL-Québec alors que l'on avance (ce que l'on sait déjà) , que cette aventure nous fera reculer de 30 ans dans la lutte aux GES.?"
    Voir l'article de A. Shields dans le Devoir du 14 mai 2019 ...section société/environnement (avant dernier paragraphe.)
    On n'apprendra jamais de nos erreurs...? ( voir, entre autres, le dossier HORNE en Abitibi.)
    On y croit aux changements climatiques ou on n'y croit pas ? Est-ce un bluff ou une réalité?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 15 mai 2019 10 h 58

      " On y croit aux changements climatiques ou on n'y croit pas ? "

      C'est que les solutions au changement climatique ne passe pas par une "strangulation" de l'offre, simplement parce que l'offre se joue a l'échelle mondiale et qu'il y a toujours quelqu'un pour y déposer son offre.

      Les solutions passent par ce qui a un effet réducteur conquêt et réel, c'est dire l'utilisation finale des produits émetteurs de GES. C'est a ce niveau que nos politiques peuvent avoir un impact réel de réduction de GES.

      Bloquer un pipeline comme celui-ci peut semblé être une action glorieuse, mais dans les faits il n'y aura pas la moindre réduction d'utilisation d'énergie de source fossile. Ce sera simplement un autre fournisseur qui livrera le produit.

    • Daniel Grant - Abonné 15 mai 2019 22 h 55

      @ JY Arrès, Je suis aussi indigné que Nicole Sévigny
      Non merci c’est la réponse qu’il faut être en mesure de répondre à une offre d’énergie qui nous ne convient pas.

      Le sujet est l’énergie.
      L’utilisateur à besoin d’énergie mais si le fournisseur n’a que de l’énergie sale à offrir et qu’on a pas de choix, comme ça été le cas pendant un siècle et bien on a tous fait partie du problème.

      Mais aujourd’hui, nous avons le choix d’énergie propre qui ne demandent pas de faire la guerre et de tuer des millions de gens pour la prédation du fossile.
      Si le fournisseur continue à offrir de l’énergie sale c’est le fournisseur qui est le problème, pas l’utilisateur.

      Le gaz soi-disant naturel c’est du fossile et c’est un mensonge grotesque que d'appeler ça une énergie de transition. C’est une rhétorique qui ne peut avoir un semblant de vérité qu’en se comparant à ce qui se fait de pire comme le mazout ou le diésel.

      Bloquer un oléoduc signifie que nous continuerons à importer ce que nous aurons encore besoin pendant la transition et le jour où nous serons autosuffisant en énergie nous n’aurons qu’à dire non merci aux offres de l’extérieur et nous ne serons pas pris avec plus d’infrastructure remplie de poison dégoulinant de partout qu’il faudra décontaminer et débarrasser.

      Dans une société bien ordonnée le gouvernement doit participer à la solution et faciliter l’accès aux énergies propres et la mobilité électrique pour sortir du problème.