Inondations printanières: prise de conscience

À quelque chose malheur est bon, dit l’adage. Osons espérer que les fortes inondations printanières, à peine deux ans après les crues de 2017 qui avaient causé des centaines de millions de dommages, sonneront l’heure d’un réveil, d’une prise de conscience qui amène citoyens et élus des municipalités touchées à sortir du déni.

On ne peut plus se réfugier derrière la plate statistique selon laquelle de telles inondations ne surviendraient que tous les 20 ans ou encore tous les 100 ans. Les changements climatiques faisant leur oeuvre, les récurrences constatées dans le passé ne peuvent plus servir de guide infaillible. Selon les scientifiques, il se peut que le phénomène s’accentue à moyen terme dans les grands bassins versants de la rivière des Outaouais ou de la rivière Richelieu même si, à très long terme — sur 100 ans —, les crues printanières diminueraient en raison de la réduction du couvert de neige.

Mais les changements climatiques ont le dos large. Aujourd’hui comme hier, le Québec est sujet à des phénomènes hydrologiques extrêmes. Le véritable problème, c’est un aménagement du territoire qui fait fi des risques d’inondation.

Une actualisation de la cartographie des zones inondables s’impose. Mais cette responsabilité ne peut être laissée aux seules municipalités et aux MRC. Le gouvernement du Québec ne peut se contenter de leur apporter une aide technique, il doit imposer un cadre réglementaire afin que cette cartographie, qui doit être dynamique de façon à tenir compte des changements à venir, dresse des portraits comparables d’une région à l’autre. Surtout, il importe que toutes les MRC tiennent compte des résultats dans leurs schémas d’aménagement et que les municipalités cessent d’accorder des dérogations aux premiers promoteurs venus. L’autonomie des administrations municipales peut être une bonne chose, mais, en matière de zones inondables, autonomie rime trop souvent avec laxisme, d’autant plus que ce sont les autres ordres de gouvernement qui ramassent la note.

Le premier ministre François Legault a indiqué que plusieurs résidents devront se résigner à abandonner leur maison pour se loger ailleurs. Certains y ont vu un manque de compassion, mais la réalité, c’est que l’ensemble des contribuables québécois ne peut plus payer pour l’incurie des municipalités au regard d’inondations qui, loin d’être fortuites, sont inévitables pour peu que l’on les considère dans une juste perspective temporelle. Comme le rappelle le consortium Ouranos, il vaut mieux pour une société investir dans la prévention des risques que gérer les situations d’urgence.

Il n’y a pas une solution unique. Pour certaines municipalités, notamment les plus anciennes, l’érection de digues et des travaux de consolidation pourraient s’imposer. Or, les ouvrages de protection peuvent aussi accroître les risques d’inondation. Il faudra également se résigner à retourner des zones inondables à leur état naturel. Bien souvent, il est préférable de se faire une alliée de la nature plutôt que de la combattre, un combat que l’on devrait savoir perdu d’avance.

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2 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 6 mai 2019 09 h 37

    Laissée

    ;a la gabegie des petits potentats locaux, on voit bien que la solution à un aménagement réfléchi du territoire passera par autre chose que de faire uniquement confiance aux «élites locales» que le bon peuple élit ou tolère tant quil n'a pas les pieds dans l'eau.

  • Pierre Bernier - Abonné 6 mai 2019 10 h 44

    Évidence !

    L’autonomie des administrations municipales peut être une bonne chose... pour produire et rendre disponibles et accessibles des services publics de qualité (notamment égaux) aux citoyens qui y ont droit sur le territoire sous sa responsabilité.

    Mais, en matière de protection et d’aménagement du territoire (ex. « zones inondables », « territoire à vocation agricole », transport interrégional...), leurs initiatives doivent être encadrées par une politique nationale. Et correctement conçue, celle-ci laisse peu de place au « bricolage » local !

    Dans plusieurs pays, le bras agissant de cette politique de gestion hydrique est une « agence » par bassin. Cette entité détermine ce qui peut et doit être fait sur le territoire en cause et assure cohérence et contrôles des actions « locales »... pour garantir l’égalité des citoyens devant ce « service public » d’intérêt général.

    L’UMQ et les autres chantres de l’autonomie municipale excessive devraient y réfléchir.