Maternelle 4 ans: ça coûtera ce que ça coûtera

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a confirmé que le coût moyen d’aménagement d’une maternelle 4 ans, c’est-à-dire celui des nouvelles classes qu’il faudra construire, s’élève à 800 000 $, soit une somme six fois plus élevée que le coût sur lequel la Coalition avenir Québec s’était basée pour lancer cette promesse phare en campagne électorale. Ainsi, la note pour les immobilisations est passée de 153 millions à 900 millions.

À l’Assemblée nationale mercredi, Jean-François Roberge a repoussé le problème à plus tard en faisant valoir que les 250 nouvelles classes de maternelle 4 ans qui ouvriront leurs portes en septembre prochain s’établiront dans les locaux présentement vacants. Aucune dépense en immobilisations inscrite dans le PQI (Plan québécois des infrastructures), s’est réjoui le ministre.

Il y aurait quelque 760 classes vacantes dans les écoles du Québec, a-t-il avancé.

Le mérite de la maternelle 4 ans, c’est qu’elle permet d’offrir des services aux quelque 18 000 enfants de cet âge qui ne fréquentent aucun service de garde — ou 20 % du total —, surtout dans des milieux défavorisés. Or il n’y a aucun lien entre la présence des écoles partiellement vides et ces enfants qui auraient besoin de la maternelle. Ainsi, la Commission scolaire de Montréal (CSDM), par exemple, compte un grand nombre de ces enfants, mais elle ne pourra ouvrir que quatre nouvelles classes de maternelle 4 ans, faute de locaux. Elle manque d’ailleurs de classes pour accueillir ses élèves des autres niveaux.

L’autre problème, c’est que le déploiement de ces maternelles « zéro dollar PQI », pour reprendre l’expression du ministre, se fera dans des régions en déclin démographique, puisque leurs écoles se vident, et non pas dans des municipalités qui connaissent une forte croissance de leur clientèle scolaire, en raison notamment de l’afflux d’immigrants, comme dans la grande région de Montréal. On le voit encore : le déploiement des maternelles 4 ans n’est pas relié aux besoins des enfants.

On aurait pu penser que cette explosion des coûts ferait réfléchir le premier ministre François Legault ainsi que le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, deux comptables qui ont dû manifester dans leur vie antérieure plus de souci pour ces considérations pécuniaires. « Ça coûtera ce que ça coûtera », semblent-ils persister à nous dire, alors que l’on peut sérieusement se demander si un régime universel de maternelle 4 ans au Québec constitue une allocation judicieuse des ressources de l’État.

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3 commentaires
  • Yvon Robert - Abonné 2 mai 2019 08 h 18

    Le mur de Legault

  • Clermont Domingue - Abonné 2 mai 2019 09 h 20

    RÉFLÉCHIR.

    Vous avez parfaitement raison.Les ministres Roberge, Dubé et Legault n'ont pas réfléchi. Espérons qu'ils trouveront le temps de le faire.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 2 mai 2019 11 h 37

    Quel argent?

    Concernant le rôle du gouvernement de la CAQ sur les inondations, il n'y a pas à fouiller très loin pour découvrir les horreurs concernant la santé de Québécois résidant en zone éloignée qui attendent depuis 20 ans, qu'enfin un jour ils auront un réseau d'acqueduc et d'égout pour une commune de plus de 1000 habitants dont plus de 300 puits ont été analysés lesquels sont tous contaminés! (voir commentaire sur le héros du jour d'aujourd'hui) .
    Comme héros on repassera car, à moins d'être aveugle et sourd, il y a des priorités à respecter, dont celle de la santé des citoyens avant un gaspillage des fonds publics! Il serait temps qu'une vaste enquête publique soit réalisée afin de supporter ceux et celles qui voient aussi la sécheresse venir et les puits contaminés qui seront aussi à sec. Bref, il faut acheter de l'eau en bouteille et prendre une douche quand il y a un peu d'eau!
    Bref, c'est le laissez-aller et l'injustice qui règnent au Québec!