Se faire entendre

Les relations tendues entre le Canada et la Chine ne s’améliorent pas, au contraire. Les représailles chinoises à la suite de l’arrestation de la directrice financière de Huawei à Vancouver le 1er décembre, à la demande des États-Unis, se multiplient. Tout cela sans que le Canada ait d’ambassadeur en poste à Pékin depuis la fin janvier. Mais est-ce le plus grave ?

L’opposition conservatrice déplore cette absence et n’arrive pas à savoir, malgré ses questions pressantes, quand ce poste sera pourvu. Les producteurs de canola, frappés de plein fouet par la fermeture récente du marché chinois, s’interrogent aussi alors qu’ils se préparent avec inquiétude pour les semailles.

Le gouvernement refuse de lier publiquement ce dossier commercial à la dispute provoquée par l’affaire Huawei, mais il est difficile de ne pas le faire, surtout que les arguments pour fermer la porte au canola canadien sont douteux. La Chine prétend que ce canola est infesté d’un parasite dangereux. Ottawa dit vouloir démontrer scientifiquement le contraire, mais une visite en Chine d’un haut gradé de l’Agence canadienne d’inspection des aliments a été bloquée. Malgré cela, le Canada n’envisage pas encore de s’adresser à l’Organisation mondiale du commerce et a dévoilé mercredi un plan d’aide aux producteurs.

Mais ce ne sont pas les seules représailles. Des exportateurs de bois, de porc et de soya canadiens font face à des inspections inusitées. Encore cette semaine, un Canadien a été condamné à mort pour trafic de drogues, le deuxième en quatre mois. Et les deux Canadiens arrêtés en décembre pour espionnage, Michael Kovrig et Michael Spavor, sont toujours détenus dans des conditions extrêmement difficiles.

À Pékin, le chargé d’affaires canadien Jim Nickel assure actuellement le suivi de tous ces dossiers ainsi que les relations avec les autorités chinoises. Diplomate d’expérience, il connaît bien la dynamique politique asiatique et particulièrement chinoise. À Affaires mondiales Canada, on explique cet intérim qui se prolonge en disant simplement qu’il faut du temps pour trouver la bonne personne qui remplacera John McCallum, évincé après avoir publiquement semé le doute sur la réponse canadienne aux critiques chinoises dans l’affaire Huawei.

Cependant, un titre peut faire une grande différence en diplomatie lorsqu’il faut ouvrir des portes, mais Guy Saint-Jacques, qui a été diplomate en Chine pendant treize ans, dont quatre comme ambassadeur en Chine, tempère. Et il n’est pas le seul à penser ainsi. Dans le contexte actuel, Ottawa n’aurait pas la garantie que la Chine accepterait les lettres de créance du nouvel ambassadeur, et en Chine, ce dernier n’a pas le même accès qu’ailleurs. Selon M. Saint-Jacques, tant que la directrice financière de Huawei ne sera pas libérée, la Chine serrera la vis. Et il est clair, dit-il, que le régime chinois actuel ne comprend qu’un langage, celui de la fermeté. À son avis, le Canada doit toujours défendre l’ordre international, mais aussi répliquer.

Cela ne doit cependant pas l’amener à céder du terrain dans sa défense de la primauté du droit. Par contre, si la solidarité des autres pays, en particulier des États-Unis, ne se traduit pas par une pression sur la Chine, il faut que le Canada exerce les siennes. Il peut remettre explicitement en question l’idée d’un accord de libre-échange. Et rien n’interdit, par exemple, d’être pointilleux à notre tour lors de l’inspection des importations alimentaires et autres de la Chine. La liste peut s’allonger.

Il vaudrait mieux avoir un ambassadeur en poste à Pékin, mais il faudrait surtout qu’Ottawa n’ait pas peur de hausser le ton et de revoir sa politique d’engagement pour prendre acte du virage toujours plus autoritaire de la Chine.

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2 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 2 mai 2019 06 h 03

    Au fond monsieur Trudeau est-il l'Homme de la situation...

    ...ou l'Homme avec oui, une très belle personnalité, une toute aussi belle image autant personnelle que familiale et au plan de ce que vous soulevez madame Cornellier, « ça » s'arrête là, il n'est pas l'Homme de la situation... ni Chinoise, ni SNC Lavallin.
    Pour le si peu que je connaisse...il faut être fort pour s'asseoir à la même table que le pouvoir Chinois.
    Puis, jpuis bien me faire entendre. Entendre ne signifie pas que je serai écouté. Je me rappelle : « Cause toujours mon lapin....»
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • William Dufort - Abonné 2 mai 2019 07 h 27

    Jean-François Lépine

    A-t-on songé à M. Jean-François Lépine comme embassadeur du Canada? Il connait très bien le pays, son histoire et sa culture. Il parle le mandarin et est hautement respecté par les Autorités chinoises.