Conservateurs et pétrolières: une alliance à courte vue

La sympathie des conservateurs canadiens envers le secteur pétrolier n’a jamais été un secret. Depuis des mois, le chef conservateur fédéral, Andrew Scheer, et ses troupes prennent fait et cause pour cette industrie et s’opposent sans nuances aux politiques fédérales contre les changements climatiques. Qu’ils les critiquent est de bonne guerre, mais à moins de six mois des élections, ils n’ont toujours aucune solution de rechange à offrir.

On comprend mieux pourquoi, après les révélations du Globe and Mail, mercredi, au sujet d’une conférence à huis clos tenue le 11 avril dernier au pied des Rocheuses. S’y réunissaient de hauts gradés du Parti conservateur, dont M. Scheer, et de grands patrons du secteur pétrolier albertain.

Si l’événement n’était pas partisan, au dire d’un des participants, le programme, lui, était franchement politique. M. Scheer était le principal orateur. Son directeur de campagne, des organisateurs et l’avocat du parti y ont pris la parole. Selon l’ordre du jour obtenu par le Globe, un panel traitait de la mobilisation de la base, un autre, du recours aux tribunaux pour faire taire les environnementalistes et un troisième, des « voies vers la victoire électorale fédérale ».

Fouettés par celle de Jason Kenney en Alberta, les participants ne cachaient pas leur désir de promouvoir les mêmes thèmes que lui : davantage de pipelines, moins de taxes et réduction de la réglementation, en particulier contre les changements climatiques.

Le moment choisi n’était pas anodin. En vertu de la nouvelle loi électorale, les groupes non partisans devront se plier dès la fin de juin à des limites plus strictes en matière de dépenses de publicité électorale. Alors, pour frapper fort, il faut le faire maintenant.

Tous les partis politiques consultent et courtisent les organisations dont les idées rejoignent les leurs. Envisager une stratégie électorale commune est d’un tout autre ordre. Cela équivaut à se lier les mains. Les conservateurs étaient pourtant les premiers à dénoncer le Nouveau Parti démocratique pour ses liens avec les syndicats et les libéraux pour leur proximité avec des firmes comme SNC-Lavalin.

Le secteur pétrolier est le moteur économique de l’Alberta, mais aucun gouvernement responsable ni un parti qui aspire à gouverner le Canada ne peut se permettre d’ignorer l’impact de l’exploitation des hydrocarbures sur le climat. Les dernières inondations au Québec en sont un rappel attristant.

Les conservateurs doivent décider pour qui et pourquoi ils veulent le pouvoir. Si le bien de tous est leur guide, ils ne peuvent se mettre ainsi à la solde d’un seul secteur industriel, qui ne défend que ses intérêts, et faire fi de l’inquiétude de millions de citoyens face aux changements climatiques.

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3 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 26 avril 2019 08 h 10

    Bien hâte d'entendre les discours des Deltell, Rayes et cie

    Bien hâte d'entendre les candidats conservateurs du Québec nous présenter leur programme en matière d'environnement, Bien hâte de les entendre nous vendre Énergie Est.

    Au fait, avez-vous entendu les Scheer, Deltell et cie s'inquiéter des 9 000 emplois chez SNC-Lavalin? De la perte possible du siège social? NON!

  • Louis-Dominic Bertrand - Abonné 26 avril 2019 14 h 22

    Fouettés par la victoire?

    «Fouettés par celle [la victoire électorale?] de Jason Kenney en Alberta, les participants ne cachaient pas leur désir de promouvoir les mêmes thèmes que lui [...]». Les élections albertaines ont eu lieu le 16 avril. Si la rencontre dont il est question dans l'édito a eu lieu le 11 avril...

  • Pierre Rousseau - Abonné 26 avril 2019 19 h 30

    Monsieur Pipeline est Libéral!

    C'est vrai que les Conservateurs profitent de l'appui des pétrolières mais on ne peut pas dire que les Libéraux sont en reste... Le PM Trudeau a osé faire ce que je ne crois pas que même le PM Harper aurait osé, soit acheter un oléoduc à même les fonds publics! Les Libéraux prêchent des deux côtés de la bouche et à force de vouloir plaire à tout le monde, on déçoit tout le monde.

    C'est bizarre tout de même d'entendre les Conservateurs se déchirer la chemise parce que les environnementalistes et les autochtones seraient financés par des étrangers, surtout des fondations américaines... Et qui finance les pétrolières et les Conservateurs? Des intérêts étrangers. C'est comme le dicton de celui qui s'offusque de voir la paille dans l'œil du voisin mais qui ne voit pas la poutre dans le sien!

    Ce n'est pas pour attirer plus de respect de la part des citoyens envers les politiciens... on dirait qu'ils font tout leur possible pour nous décevoir et, trop souvent, pour rire de nous... avec notre argent, celui des contribuables!