Armes à feu: gagner du temps

À en croire le rapport de consultation sur « les armes de poing et les armes à feu de style arme d’assaut » rendu public il y a une semaine par le ministre de la Sécurité frontalière, Bill Blair, 93 % des Québécois et 77 % des Canadiens seraient opposés à ce qu’on limite l’accès aux armes d’assaut. Un résultat qui détonne avec les sondages des dernières années, mais qui s’explique par le manque de rigueur scientifique de l’exercice.

Cette consultation menée à la fin de 2018 ne se limitait pas au volet en ligne, mais ce dernier, complètement noyauté, a faussé les résultats. Plus de la moitié des 135 000 questionnaires ont été remplis par des hommes. Près de la moitié des répondants ont dit posséder une arme. De son propre aveu, François Bellemare, adepte du tir sportif, aurait rempli le questionnaire entre 25 000 et 30 000 fois, rapportait La Presse.

Un des points de convergence, parce qu’il y en a, entre gens pour ou contre l’interdiction des armes de poing et d’assaut est une certaine frustration devant l’absence de définition desdites armes d’assaut. Le Code criminel n’y fait pas référence, se limitant à trois catégories d’armes à feu : celles sans restriction, celles à autorisation restreinte qui incluent des armes semi-automatiques et les armes de poing n’appartenant pas à la troisième catégorie, celle des armes prohibées. Alors, de quoi parle-t-on quand on parle d’armes d’assaut ? En général, on parle d’armes semi-automatiques d’allure militaire ou inspirées de modèles militaires.

Le problème est la désuétude des critères de classification de ces armes au Canada. Certaines armes semi-automatiques sont légales sans restriction et ne sont donc pas enregistrées, contrairement aux autres armes à autorisation restreinte qui ne peuvent servir que dans certains lieux, dont les clubs de tir. Actuellement, il peut parfois suffire à un fabricant de modifier un modèle pour en créer un nouveau qui sera classé sans restriction.

Le coroner Jacques Ramsay s’en désolait dans son rapport sur la fusillade mortelle au collège Dawson en 2006. Il notait l’incohérence des règles concernant la taille des chargeurs, limitée pour un modèle et pas pour un autre, ou encore la différence de classification selon la position dudit chargeur. En 2012, la GRC disait dans une note interne que cette réglementation dépassée « posait un risque pour la sécurité publique en permettant que des armes conçues à des fins militaires et paramilitaires soient aisément accessibles au public ».

La consultation du ministre Blair a peut-être permis au gouvernement de gagner du temps, mais s’il n’a pas le courage d’interdire les armes d’allure militaire semi-automatiques, il se doit de faire ce ménage qui pourrait avoir pour effet de limiter leur disponibilité.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.