Laïcité: confusion des genres

À l’unanimité, les élus de la Ville de Montréal ont adopté, mardi, une déclaration pour s’opposer au projet de loi 21 sur la laïcité de l’État.

À lire la déclaration, on croirait que le projet de la loi 21 interdit la pratique de toute religion et empêche tous le port de signes religieux dans l’espace public. Ainsi, il faut « construire un espace public qui soit à l’image du Montréal et du Québec du XXIe siècle », avancent les élus. Il n’est aucunement question de faire autrement.

Au conseil municipal, le chef de l’opposition, Lionel Perez, s’est montré émotif en déclarant : « Ma kippa n’est pas un affront à la laïcité, au contraire. C’est une preuve que le Québec évolue dans le respect de sa diversité. » Le hic, c’est que le projet de loi n’interdit aucunement à l’élu municipal de porter un signe religieux.

Il n’y a que deux catégories d’employés de la Ville de Montréal qui sont visées : les policiers et les procureurs municipaux. Tous les autres peuvent porter des signes religieux, sous réserve d’avoir le visage découvert. De leur côté, les citoyens peuvent recevoir des services municipaux à visage couvert.

La mairesse Valérie Plante voudrait qu’on laisse au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) le soin de décider si ses policiers peuvent porter des signes religieux, comme si pareille décision pouvait relever du corps policier. Le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francoeur, a bien exprimé la raison qui milite pour l’interdiction : il faut éviter que le justiciable ait « l’impression de subir un préjugé religieux pouvant compromettre l’application neutre de la loi ». On ne peut présumer qu’un tel argument serait rejeté par les tribunaux ou prétendre qu’il est contraire aux « valeurs montréalaises ».

Pour Valérie Plante, il existerait la région métropolitaine, qui représente quelque 4 millions de personnes, et le reste du Québec. Or, selon un sondage Léger commandé par la Coalition avenir Québec, 69 % des répondants de la région métropolitaine de Montréal (RMR) appuient l’interdiction pour les policiers, ce qui n’est guère différent des 74 % pour l’ensemble du Québec. Bien qu’il n’existe pas de données précises pour Montréal ou même l’île de Montréal, il est à noter que la moitié des non-francophones sont d’accord avec l’interdiction. Il apparaît que les Montréalais ne vont pas aussi loin que la mairesse dans leur détestation du projet de loi 21.

Valérie Plante n’a pas brandi la menace de ne pas respecter la loi. Aussi, elle a précisé mercredi qu’elle n’avait pas demandé d’exemption pour sa ville. C’est heureux, car le Québec sans Montréal, c’est pas le Québec.

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37 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 18 avril 2019 01 h 12

    «Il n’y a que deux catégories d’employés de la Ville de Montréal qui sont visées : les policiers et les procureurs municipaux. Tous les autres peuvent porter des signes religieux»




    Ce qui démontre que cette loi ne va pas assez loin;

    La loi devrait s'appliquer à tous les employés municipaux: ils relèvent d'une administration publique.

    • Claude Bariteau - Abonné 18 avril 2019 09 h 04



      D'accord avec vous M. Lacoste.

      Le PL21 introduit le principe de la laïcité dans la Charte québécoise. Ce principe implique que les libertés et droits fondamentaux doivent s’exercer dans le respect de ce principe. Conséquemment, les relations entre les institutions du Québec énumérées à l’Annexe I, leurs employé/e/s et leurs usagers doivent s’exercer sur cette base.

      Le PL21, au niveau de l’expression de la neutralité des employé/e/s, a identifié des professions associées à l’ordre public, aux activités juridiques et à l’enseignement concernant le port des signes religieux. En les identifiant, le législateur n’exclut pas pour autant les autres employé/e/s, ni les usagers et les directions des institutions du respect de la neutralité et des traitements associés à l’égalité des hommes et des femmes.

      C’est la faille de ce PL21. Il n’explicite pas l’exigence de neutralité de la part des employé/e/s des institutions publiques, ce qui aura pour incidences le recours à des « accommodements particuliers » à la différence que ceux-ci ne pourront se baser sur le respect ou non de l’égalité entre les hommes et les femmes.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 18 avril 2019 09 h 05

      J'espère que M. Dutrisac vous lira, il apprendrait ainsi que les balises actuelles du projet de Loi ne sont que contextuelles, et que les extrémistes salivent à la pensée d'interdire encore plus!

    • Gilles Delisle - Abonné 18 avril 2019 10 h 28

      Tout à fait d'accord, MM. Lacoste et Bariteau.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 avril 2019 10 h 42

      Bon. Voilà une prétendante qui se pette les brettelles. Seulement 750 000 personnes ont voté durant l’élection municipale de Montréal et Mme Plante a récolté un gros 350 000 votes et donc, elle représente seulement 20% des Montréalais. La population de Montréal est de l’ordre de 1,7 millions et on est bien loin du prétendu 4 millions d’individus. La CAQ a récolté plus de 1 600 000 votes et elle trône présentement à 44% dans les sondages. L’Assemblée nationale est où on retrouve le gouvernement légitime des Québécois. Pas à Montréal avec des politiciens, des policiers et même des ingénieurs corrompus. Vous voulez des cônes oranges avec ça?

  • Nadia Alexan - Abonnée 18 avril 2019 01 h 25

    Il faudrait que la mairesse de Montréal s'informe sur les messages silencieux véhiculés par les signes religieux.

    La mairesse de Montréal, madame Plante, ne parle pas pour tous les Montréalais. D’ailleurs, elle ne comprend pas la loi sur la laïcité ni le message véhiculé par les signes religieux ostentatoires. Il n'y a pas de signes religieux anodins. Ces signes véhiculent un intégrisme qui n'a pas sa place dans la fonction publique.
    Voici les propos de madame Fatima Houda-Pepin: «L'égalité hommes-femmes est un droit fondamental qui demeure un acquis fragile à l'ère des intégrismes qui caractérise notre siècle. Il faut le protéger et le défendre et non le mettre en péril.»
    Est-ce que c'est ça le modèle de l'égalité hommes-femmes que la mairesse de Montréal veut maintenant défendre ? Est-ce que les Québécoises ont fait tout ce chemin pour en arriver à prendre comme modèle de l'égalité hommes-femmes celui de l'Arabie Saoudite ou de l'Iran des Ayatollahs ?

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 18 avril 2019 09 h 09

      @Mme. Alexan

      Votre lecture du voile est simpliste et déconnectée. Vous ne faites que répéter les mêmes slogans depuis des années, sans parvenir à argumenter. Cette hystérie identitaire, qui dans votre cas vous permet de comparer les tenants de la laïcité de l'État avec les Ayatollahs, rend le climat délétère pour tous : vous êtes en train de nourrir la chasse aux sorcières.....

    • Pierre Grandchamp - Abonné 18 avril 2019 13 h 58

      @M. Lamy-Thivierge

      ."Le voile n’est pas musulman, c’est notre étoile jaune, à nous, femmes musulmanes et non islamistes. Il est imposé par l’islam dévoyé par l’alliance du politique et du religieux depuis près de 40 ans. C’est cette vision islamiste qui a fait que j’ai dû quitter mon Algérie pour me réfugier au Québec pour échapper à mon exécution, cette vision fondamentaliste que votre parti semble avoir adoptée en son sein sans même en comprendre les dangers."!. Leila Lesbet musulmane non islamiste-"

      https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/543829/le-voile-est-un-moyen-de-controle-du-corps-de-la-femme

    • Cyril Dionne - Abonné 18 avril 2019 14 h 38

      Il faut le faire, accusez Mme Alexan d'hystérie identitaire. N'est-ce pas les extrémistes religieux qui cultivent la notion d'identité perverse jusqu'à la porter au sein des instances étatiques avec des signes qui les identifies? Ce désir tribal d’identification annonce des jours sombres pour les démocraties.

      Et vous argumentez M. Lamy-Théberge? Vous êtes toujours en train de spéculer sur le fil de la laïcité comme un islamo-gauchiste de Québec solidaire papotant sur le sexe des anges en parlant des services publics à visage découvert ou encore dans des débats de sémantique épurée sur les différences entre la laïcité de l’État et celle des individus. Franchement, on est pas mal « tanné » d’entendre ce discours de la laïcité ouverte qui a longtemps passé sa date de péremption. On passe à autre appel.

      Le Québec est derrière vous M. Legault.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 18 avril 2019 16 h 16

      En compléement à M. Lamy-Thiverge

      "Prenez le temps de lire Olfa Youssef, Ani Zonneveld, Fatima Mernissi, Mohammed Arkoun, Rachid Benzine, Soheib Bencheikh, Tahar Haddad, Chahla Chafiq, pour ne citer que ces quelques réformistes, qui sont de plus en plus nombreuses et nombreux et qui font face à l’islam politique commandité à coups de pétrodollars et relayé par la gauche communautariste.

      Il était de tradition chez la gauche de porter la cause des opprimées où qu’elle soit. Aujourd’hui, nous constatons que cet idéal est remplacé par le relativisme culturel, qui, pour nous, les musulmanes, est la plus haute forme de mépris, puisque ici, nous sommes invisibles et inaudibles si nous ne sommes pas voilées."

      https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/543829/le-voile-est-un-moyen-de-controle-du-corps-de-la-femme

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 18 avril 2019 16 h 30

      @M. Grandchamp

      Ah, si seulement il suffisait d'une lettre, d'un témoignage, d'une comparaison, on n'aurait pas besoin d'argumenter autant que ça ;)

      Nous ne sommes pas l'Algérie ou l'Iran, les femmes portant le voile au Québec le font pour une multitude de raisons, demandez-leur (car j'imagine que vous vous méfiez des chercheurs qui ne sont pas de votre avis, comme M. Dionne) : elles ont choisi le Québec pour y refaire leur vie, pas pour y imposer une religion. D'avoir à le redire est d'un ridicule....

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 19 avril 2019 14 h 56

      @Monsieur Grandchamp, à force de reprendre la même citation... Je vous laisse dire amen

  • Paul Toutant - Inscrit 18 avril 2019 01 h 57

    Ah bon

    Tout ce bruit pour...pas grand'chose finalement. La mairesse est mairesse et devrait se préoccuper de ce qui préoccupe généralement les mairesses: les nids de poule, le déglaçage des trottoirs l'hiver, les transports en commun et autres occupations de mairesses.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 avril 2019 11 h 39

      M. Toutant,

      Selon Eve Torres, la candidate de Québec solidaire dans le comté de Mont-Royal–Outremont aux dernières élections, dieu était fâché contre le projet de loi 21 sur la laïcité et il a brûlé la cathédrale Notre-Dame en France pour se venger. On imagine tous que cette basilique française l’avait cherché tout comme pour les journalistes de Charlie Hebdo. Notre dieu vengeur puni les méchants, ceux qui ne sont pas d’accord avec les règles byzantines d’un autre millénaire de la religion musulmane.

      Bon ceci dit, la ville de Montréal est représentative de tous les Québécois? Ah ! « ben » coudonc. Il n’y pas beaucoup de diversité si tous les élus de cette ville qui croule sous les cônes oranges pensent tous de la même manière. C’est de la même façon que les dictateurs se maintiennent au pouvoir en recevant supposément 100% des votes.

      Désolé, pour les intégristes et les djihadistes en devenir de cette métropole, Montréal n’est pas le Québec et la mairesse devrait s’activer à suivre les lois tout comme les autres citoyens de sa ville. Ce n’est pas un menu à la carte et on décide de suivre les lois qui nous plaisent. Si tel était le cas, je voudrais m’abstenir de payer taxes, cotisations et impôts parce que cela briment mes droits monétaires inaliénables selon mon imam financier de la « Royal Bank of Canada ».

      Dieu est grand! Il mesure 6 pieds et deux pouces.

  • Serge Pelletier - Abonné 18 avril 2019 05 h 09

    Réponse spécialement pour vous Suzanne Chabot – nouvelle convertie à l’islam, et à Madame Plante mairesse de Montréal en délire de grandeurs

    Une peur imaginaire... Bien oui, c'est cela. Une vraie de vraie psychose…

    Sans aucun doute, en nos jours de délires, un metteur en scène maître des films d’épouvantes et de psychoses tel que Feu Alfred Hitchcock changerait le scénario du film culte LES OISEAUX (1963), film où ces derniers avaient une aura monstrueuse en s’attaquant aux humains, par une grande et terrifiante idée d‘étranges attaques de l’Occident par des femmes musulmanes de noir vêtues de pied en cap – avec bien sur un hidjab sur le coco – pour ne pas attiser la convoitise et les fornications en tous genres des mécréants occidentaux…

    Succès assuré au box office.

    En fait, que non Mesdames, l’Occident n’a pas peur. L’Occident – nous occidentaux du Québec inclus – répète ce qu’Ambroise de Milan (IVe siècle) a donné comme réponse à Augustin d'Hippone (ou Saint Augustin), berbère originaire de Thagaste – actuellement en terre d’Algérie, alors que celui-ci le demandait si le jour de repos devait se prendre le samedi comme à Milan ou le dimanche comme à Rome. Ambroise de Milan lui répondit simplement : « si fueris Romae, Romano vivito more; si fueris alibi, vivito sicut ibi » signifiant « Si tu es à Rome, vis comme les Romains; si tu es ailleurs, vis comme on y vit ».

    D’ailleurs, le roi Hussan II (El-Hāssān Ibn Mūḥāmmād Al-‘Alawī) - arrière-arrière petit fils du gendre (Ali) de votre prophète Mohammed et commandeur de tous les croyants – a fait parvenir une missive, faisant siens les dires d’Ambroise de Milan, à tous les marocains d’origine qui vivaient en France pour leur ordonner de : 1) respecter les lois du pays où ils se trouvaient; 2) de s’habiller comme dans le pays d’adoption; 3) de vivre comme il se fait dans le pays d’adoption…

    L’on peut certainement pas qualifié le commandeur de tous les croyants de mécréant impie délirant dans les psychoses et peurs imaginaires… Ou d'opportunisme politique comme l'est la Mme Plante dans ses délires de grandeur.

  • Michel Lebel - Abonné 18 avril 2019 06 h 35

    Les élus se sont prononcés.

    Bizarre de titre: confusion des genres? Enfin quelle importance faut-il accorder à un sondage commandé par la CAQ? Il demeure que les élus montréalais ont adopté une résolution unananime contre le PL21. C'est ce qui importe au plan démocratique.

    M.L.

    • Christian Roy - Abonné 18 avril 2019 10 h 07

      Confusion de genres comme dans cette difficulté extrême de distinguer la laïcisme à la française (qui se révèle finalement un échec monumental au plan de l'intégration des communautés culturelles) et la laïcité "ouverte" qui se veut la réponse originale (et à parfaire) que le Québec s'est donné au cours des dernières années avec son approche interculturaliste.

      L'État québécois est laïc, c'est un fait.

      Étrangement, la teneur débats laissent entendre que ce n'est pas le cas.

      Merci à la CAQ qui n'a su faire preuve de diversion. Brûme assurée alors que les lobbies se bousculent à la portes du bureau du PM.

      Je prévois une mauvaise gueule de bois.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 18 avril 2019 14 h 00

      "... quelle importance faut-il accorder à un sondage commandé par la CAQ?" - Michel Lebel

      Si ce sondage est fait de manière professionnelle par une firme reconnue, la même importance qu'aux autres. M. Lebel juge ici manifestement sur les apparences en se basant sur ses seuls préjugés.

      "... les élus montréalais ont adopté une résolution unanime contre le PL21. C'est ce qui importe au plan démocratique." - Michel Lebel

      J'ai relu trois fois ce passage pour être sûr que j'avais bien compris, tellement j'étais éberlué. Et que font ces élus montréalais de tous leurs commettantss qui appuient le PL21? Ils ne les représentent plus? Ils ne les consultent plus avant de jouer au matamore avec le gouvernement? Et moi qui croyais que le règne de la pensée unique avait disparu depuis le départ de Jean Drapeau. Il y a de quoi tomber en bas de sa chaise.

      Les mots "unanimité" et "démocratie" ne vont à peu près jamais ensemble, à moins de vivre en Corée du Nord, dans l'Albanie d'Enver Hoxha ou, selon toute évidence, dans la principauté d'Entrelacs.

      Décidément Michel Lebel fait tout ce qu'il peut pour semer le doute sur son passé universitaire. Mais dans quel but se livre-t-il à un tel sabordage? Une histoire à suivre...

    • Michel Lebel - Abonné 19 avril 2019 16 h 19


      Mon passé universitaire n'est pas douter, M. Morin: 6 ans à l'UdeM et 22ans à l'Uqam. Je n'ai que faire de vos allusions malveillantes.Sachez aussi que je ne me livre à aucun sabordage!! Vraiment, qu'est-que je peux lire!

      M.L.