Permis de taxi: une compensation raisonnable

Le ministre des Transports, François Bonnardel, a annoncé qu’il présentera un amendement au projet de loi 17 afin d’ajouter quelque 270 millions aux 500 millions déjà prévus pour indemniser les 8000 propriétaires des permis de taxi appelés à disparaître.

Le montant de l’indemnité correspondra au coût d’acquisition du permis. Les titulaires qui l’ont acheté à prix fort ces dernières années et qui, souvent, se retrouvent avec une importante hypothèque à rembourser pourront s’acquitter de leurs engagements financiers. Des drames humains seront ainsi évités.

Les titulaires qui se sont procuré leur permis depuis belle lurette pour une fraction du prix que ces titres ont par la suite atteint sur le marché spéculatif perdent évidemment au change. Ceux qui en détenaient plusieurs qu’ils louaient chèrement à des chauffeurs au bas de l’échelle et qui, souvent, ne touchaient jamais à un volant de taxi essuieront une lourde perte sur papier. Or il faut reconnaître que ces derniers ont pu empocher sans effort de juteux revenus pendant des années.

Parce qu’il est responsable d’avoir mis en place un monopole qui a nourri la spéculation, le gouvernement avait certes le devoir d’offrir une juste compensation. Nous croyons que ce remboursement du coût d’acquisition est équitable. Le gouvernement s’assure ainsi qu’aucun détenteur de permis ne subira une perte financière réelle, en espèces sonnantes et trébuchantes.

Il reviendra aux usagers de garnir cette cagnotte de 270 millions par le truchement d’une redevance de 90 cents, au lieu des 20 cents prévus, prélevée pour chacune des courses de taxi, d’Uber ou tout autre concurrent pendant une période de cinq ou six ans. Le gouvernement, dont le rôle n’est pas de subventionner les usagers du taxi, évite ainsi d’y aller d’un autre apport de fonds publics. Il y a trois semaines Le Devoir, en éditorial, avait proposé pareil arrangement. En commission parlementaire, l’Institut économique de Montréal, un think tank habituellement réfractaire à la levée de nouvelles taxes, a fait une suggestion similaire.

Le porte-parole de l’industrie du taxi, Abdallah Homsy, a dénoncé cette ouverture du gouvernement, réclamant le paiement d’une indemnité de 1,3 milliard, ce qui représente la valeur marchande des permis au moment de l’arrivée d’Uber en 2014. Il a trouvé une alliée en la personne de la députée de Mercier, Ruba Ghazal, de Québec solidaire. Étrangement, le porte-parole de l’opposition officielle, Gaétan Barrette, a, quant à lui, insisté pour que ce soit l’ensemble des contribuables qui paient la totalité de la note, ce que le gouvernement libéral a toujours voulu éviter.

On oublie que la disparition des permis permettra à bien des chauffeurs de taxi d’épargner plus de 10 000 $ par an en frais d’intérêt ou de location. Certes, il est difficile de prévoir comment ces chauffeurs tireront leur épingle du jeu dans ce nouveau contexte de concurrence. Assailli par des changements technologiques auxquels, d’ailleurs, ils sont appelés à prendre part, leur monopole a malheureusement fait son temps.

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