Un immense chagrin collectif

Cet incendie ravageur qui a balafré Paris en touchant son coeur vibrant, Notre-Dame de Paris, a semé l’émoi sur toute la planète. La France et toute l’Europe pleurent la perte d’un monument, miraculeusement préservé jusque-là des flammes, malgré le passage des siècles. Perle d’architecture, joyau d’une valeur d’exception inscrit par l’UNESCO sur la liste du patrimoine mondial, la cathédrale racontée dans toute sa symbolique par Victor Hugo ne rassemble pas que l’Europe. C’est un deuil planétaire qui est commencé depuis l’affaissement de sa charpente.

On peut donc collectivement pleurer des pierres. Lorsqu’en leur majestuosité des murs racontent les noces de quelques souverains, le couronnement d’un empereur, les funérailles de certains présidents, l’universalité de la douleur est plus que probable. Lorsqu’en plus d’être un symbole, ce bâtiment est un musée abritant en son sein de fabuleux trésors, l’émotion n’en est que plus forte. La liste des pièces perdues n’est pas encore complète, mais on s’accroche comme on peut à certains sursauts d’espoir dans ce tableau morose, comme au coq de la flèche effondrée retrouvé mardi dans les décombres ou la possibilité qu’un orgue soit préservé.

Une enquête s’est ouverte à Paris pour comprendre ce qui s’est réellement produit. La tragédie qui frappe Notre-Dame de Paris nous renvoie à l’immense fragilité du patrimoine, si grandiose soit-il. Fières et fragiles à la fois, les deux tours de la façade ouest de la cathédrale ont résisté au feu. Ce squelette hier embrasé et qu’aujourd’hui tout un peuple embrasse servira de repère à la longue réhabilitation qui s’annonce. Le lancement d’une souscription nationale avait permis mardi d’amasser plus d’un milliard de dollars, signe incontestable de l’engagement du coeur spontané pour qu’autour du symbole, on érige de nouveaux murs. Cinq ans de reconstruction à peine pour un édifice qui à l’origine demanda deux siècles de travaux ? Des experts avancent déjà que c’est irréaliste.

« Je partage votre douleur, mais je partage aussi votre espérance », a dit mardi soir le président français Emmanuel Macron, solennel dans cette brève adresse à la nation, où il s’est engagé à reconstruire la cathédrale, « plus belle » encore que la première. L’ironie du sort a voulu que le déclenchement de l’incendie survienne quelques instants avant un discours du président sur la sortie de crise, associée au tumulte des gilets jaunes depuis cinq mois. Les Français auront saisi les parallèles à peine camouflés entre l’effondrement de ce joyau devenu mythe et une nation en crise, cherchant à se rebâtir. « Il me revient de retrouver le fil de notre projet national », affirme Macron, désireux de « transformer cette catastrophe en occasion de devenir tous ensemble ». Autour d’une cathédrale malmenée par les éléments, pourra-t-on jeter les bases d’un nouveau contrat social ? L’histoire dira en quoi ce grave incident, rassembleur dans l’effarement et la peine, aura permis d’avancer quelques pions sur l’échiquier politique.

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