Fin de l’intermède NPD en Alberta

Si la compilation des derniers sondages effectuée par l’analyste Éric Grenier de CBC se confirme, le United Conservative Party (UCP) et son chef, Jason Kenney, ont 99 % des chances de battre le NPD de Rachel Notley, mardi, en Alberta. Auquel cas, le passage du NPD au pouvoir n’aura été qu’un accident de parcours causé par la division des forces conservatrices aux élections de 2015.

Bien sûr, tout peut arriver, mais si les conservateurs l’emportent, Justin Trudeau aura perdu un autre allié dans sa quête utopique pour concilier lutte contre le réchauffement climatique et développement pétrolier.

Jeudi dernier, le chef du Parti conservateur fédéral, Andrew Scheer, est allé donner un appui officiel à son homologue albertain. Il en a profité pour marteler son credo anti-taxe sur le carbone. De son côté, le chef albertain, ancien ministre de Stephen Harper, a insisté sur l’importance de faire élire Andrew Scheer à la tête du pays en octobre prochain pour que l’Alberta obtienne enfin un « fair deal » avec le reste du pays.

Vue du Québec, une victoire de l’UCP suivie d’une victoire d’Andrew Scheer invite à la réflexion. Non pas que les conservateurs soient pires que les libéraux quant au respect des compétences des provinces, au contraire, mais ils sont davantage branchés sur les intérêts de l’Ouest en matière d’énergie et de redistribution des revenus fédéraux. Ce sont les conservateurs qui ont plafonné la croissance de la participation fédérale en santé et en péréquation.

Parlant de péréquation, voilà l’autre thème récurrent de la campagne conservatrice en Alberta. Cette année, Ottawa versera 19,8 milliards de ses dépenses totales de 355 milliards en péréquation à six des dix provinces dont la capacité à percevoir des impôts est inférieure à la moyenne canadienne. Le Québec recevra 13 milliards du fédéral, soit 1548 $ par habitant, le Manitoba 2,2 milliards (1650 $/h) et l’Île-du-Prince-Édouard, 419 millions (2693/h). Les quatre provinces dont la capacité fiscale est plus élevée que la moyenne (Alberta, Colombie-Britannique, Ontario, et Terre-Neuve) n’auront rien.

Il est donc exact d’affirmer que le Québec a droit à la part du lion, mais la raison tient à son développement économique et au plus grand nombre d’habitants et non au plus gros montant par habitant. François Legault a promis d’y remédier, mais sans le contrôle de la totalité de ses outils de politique économique comme d’autres pays de taille semblable, le Québec ne récupérera jamais le titre de métropole nationale que l’Ontario lui a ravi avec la complicité d’Ottawa et de l’ensemble de la communauté politique et financière anglo-saxonne canadienne.

Rappelons que l’argent de la péréquation ne provient pas directement des Albertains, mais des taxes et impôts perçus de tous les Canadiens par le fédéral en fonction de leur niveau de revenus.

Jason Kenney voudrait bien qu’Ottawa cesse d’envoyer de l’argent dans les provinces moins riches. C’est comme si les gens de Westmount demandaient à l’État de cesser de redistribuer une partie de leurs impôts sous forme d’aide sociale aux gens de Montréal-Nord sous prétexte qu’on ne touche pas d’aide sociale à Wesmount.

Si la Constitution force le fédéral à redistribuer une petite fraction, soit 5,6 % de ses dépenses, sous forme de péréquation, chaque province reste libre d’offrir les services qu’elle juge nécessaires. Certaines, comme le Québec, ont choisi d’en donner plus et d’imposer davantage leurs citoyens ; d’autres, comme l’Alberta, préfèrent maintenir les impôts très bas.

L’économiste Pierre Fortin a bien illustré ce choix en expliquant que si l’Alberta appliquait le taux d’impôt moyen des dix provinces à ses citoyens, soit 16 % au lieu des 11 % actuels (le Québec est à 21 %), elle tirerait en moyenne 12 000 $ par année en recettes par habitant comparativement à 8000 $ pour le Québec. Avec une telle récolte, l’Alberta pourrait s’offrir bien des garderies gratuites, malgré la crise pétrolière.

Et si la même Alberta avait engrangé une partie de ses excédents au temps des vaches grasses, elle ne ferait pas face à un déficit de 8 milliards cette année. Le manque d’espace en oléoduc a le dos large en ces temps de surplus mondial de production.

Jason Kenney a promis, s’il est élu mardi soir, d’annuler la taxe sur le carbone imposée par le NPD et de se joindre aux trois provinces qui contestent la taxe fédérale. Il a aussi promis de relancer les démarches pour la construction de trois autres pipelines qui sont sur la glace, dont Énergie Est, et, en cas d’échec, de tenir un référendum pour sortir la péréquation de la Constitution canadienne. Un référendum pour changer la Constitution, quelle bonne idée !

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6 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 15 avril 2019 03 h 42

    « Un référendum pour changer la Constitution, quelle bonne idée ! »

    C’est pas certain que le Québec sortirait gagnant d’un tel exercice. Rappelez-vous l’entente de Meech. Il y aura toujours un Clyde Wells pour recevoir une accolade de Crétin. Ou de quelqu’un d’autre. Les alloés ne manquent pas parmi les anglophone, ils ont une vision dison carrée du fédéralisme. Et comme c’est leur pays à eux...

    Je ne vois pas quel est l’intérêt d’une grande ou basse messe fédérale. Vous vous comportez comme si le dialogue constructif était possible. Comme si il était possible de mettre tout sur la table. Vous faites preuve d’une insignifiance peut-être pas coupable mais pas loin !

    Le mieux serait, et sera, que nous prenions nos affaires en main, et que nous faisions notre indépendance nous-mêmes comme des grandes personnes...!

    • Pierre Robineault - Abonné 15 avril 2019 18 h 07

      Je vous en prie sincèrement, monsieur Théberge, continuez.! Rares ont été les moments où je n'aurais pas été d'accord avec vous. et surtout pas cette fois-ci.

    • Marie Nobert - Abonnée 16 avril 2019 00 h 58

      @Gilles Théberge Faudrait pas oublier l'«ami» Elijah Harper qui a évité notre perte.

  • Raynald Blais - Abonné 15 avril 2019 08 h 25

    Une paix provisoire

    "..le passage du NPD au pouvoir n’aura été qu’un accident de parcours causé par la division des forces conservatrices aux élections de 2015." (Jean-Robert Sansfaçon)

    Comme tout parti social-démocrate, tantôt pour adoucir la lutte de classe, tantôt pour faire oublier la division au sein de l'une d'elle, le NPD se présente comme le lieu politique où les partisans de la bonne entente s'assemblent. Un parti social-démocrate peut donc être écologiste à l'est, à l'ouest, et promoteur d'énergies fossiles ailleurs sans renier son credo pour la paix sociale. C'est pourquoi l'apparition du NPD albertain et sa disparition prévue sont dépendantes de l'intensité de la concurrence des capitaux entre extraction et transformation des matières premières. Par son élection albertaine, le NPD au pouvoir révélait une paix provisoire entre l'intérêt de sous-évaluer le prix du baril et celui de le surévaluer. Mais cette paix ne pouvait être que de courte durée.

    L'achat du pipeline est un cadeau aux extracteurs après celui que se sont offerts les transformateurs dans l'industrie automobile. Mais encore faut-il qu'il soit rénové et fonctionnel pour ne pas devenir un cadeau empoisonné. Le United Conservative Party (UCP) et le Parti conservateur fédéral, lieux politiques des extracteurs, enragent que l'achat du pipeline TransMountain n'ait servi qu'à soustraire le pipeline du marché, qu'un probable achat à rabais aurait permis de remettre en marche plus rapidement.

    La paix entre extracteurs et transformateurs n'est plus, l'existence du NPD albertain, non plus.

  • Gilles Bonin - Abonné 15 avril 2019 09 h 15

    Ne pas s'en faire

    quand l'Alberta sera définitivement dans la mouise - les sables vont bien finir par enterrer définitivement le rêve «saoudien» - si je peux me permettre cette «appropriation culturelle». Là, alors, un parti tirant plus vers une gauche quelconque viendra au pouvoir RÉPARER LES POTS CASSÉS. Le NPD au pouvoir était une anomalie et personne n'en a profité pour changer la donne: l'entre-deux-chaises de Mme Nothley n'aura pas servi à grand chose sinon à re-coaliser les conservateurs. Ce soir tout sera revenu à la «normale. rien à voir»

  • Gilbert Talbot - Abonné 15 avril 2019 10 h 45

    Au-delà de l'élection Albertaine.

    Au-delà de l'élection albertaine, l'horreur à l'horizon proche de octobre 2019, c'est le retour des Conservateurs à Ottawa. Si on ne veut pas revivre le cauchemar Harper, préparons nos crayons pour voter contre eux aux prochaines élections.

    Au-delà de la défaite prévisible de Rachel Notley en Alberta demain, c'est la faillite de la gauche canadienne qu'il faudra questionner. Surtout si, comme prévu, le NPD fédéral aussi prend une méchante débarque. Il faudra remettre en question son orientation trop centriste, tellement que les électeurs ne le distingue plus du Parti libéral. Il faudra que le NPD se donne des armes mieux affûtées pour lutter pour l'environnement, pour les travailleurs et pour les plus démunis. Il devra s'inspirer des démocrates américains qui virent à bâbord toute, avec Bernie Sanders et bien d'autres candidat-e-s démocrates à la prochaine présidentielle américaine.
    S'il veut garder le Québec dans son giron, le prochain chef, ou la prochaine cheffe du NPD, devra enlever son turban en public, s'il veut effectivement respecter la loi québécoise et le choix de la population pour la laïcité.