Un sain dialogue est souhaitable

C’est reparti. Le psychodrame des accommodements raisonnables de 2006-2007, prélude à la formation de la commission Bouchard-Taylor, s’est mué en une guerre de tranchées entre les tenants du nationalisme, du multiculturalisme, de l’interculturalisme et du communautarisme le plus sectaire.

Non, il n’y aura pas de consensus possible au Québec sur le projet de loi 21 du gouvernement Legault. Il sera imposé par la force de la majorité parlementaire caquiste, sous la menace du bâillon, et la police d’assurance de la disposition de dérogation. L’utilité sociale de cette mesure sera sans cesse à démontrer. Quoi qu’il advienne, une kyrielle d’opposants aux valeurs et objectifs disparates feront de la laïcité une tache indélébile sur le bilan caquiste. Quoi qu’il advienne, une majorité de Québécois, hors de Montréal, appuiera la CAQ dans son intention de limiter le port de signes religieux pour les agents de l’État en situation d’autorité. C’est le fondement du compromis Bouchard-Taylor (maintenant sans Taylor) que Le Devoir soutient.

Contrairement à ce que propagent une galerie de personnages alarmés par ce « liberticide », les Québécois ne sont pas plus racistes ou xénophobes que la moyenne. Leur conception de la laïcité, de vague inspiration française, réside dans leur attachement à l’interculturalisme, à l’égalité entre les hommes et les femmes, à un anticléricalisme acquis après s’être libéré du poids de l’Église catholique.

Ce sont les fondements mêmes de ce modèle interculturaliste et de cette réalité sociohistorique que les opposants à la laïcité contestent dans leur quête pour faire primer les libertés individuelles, quitte à recourir à la désobéissance civile s’il le faut. Le Québec, comme tant de fois dans son histoire, est forcé de revendiquer, contre vents et marées, son droit à une trajectoire singulière et distinctive. En soi, ce n’est pas un phénomène nouveau.

Ce qui frappe plutôt, c’est la virulence singulière de la riposte. Le maire de Hampstead, William Steinberg, dérape au point de l’abomination en réduisant le projet de loi 21 à une forme de « nettoyage ethnique », des propos qui lui ont valu la condamnation quasi unanime de la classe politique, à l’exception du Parti libéral du Québec. Loin de s’excuser, M. Steinberg a indiqué que ses paroles « pénibles à entendre pour certains » découlent du caractère raciste du projet de loi 21. La défense des libertés individuelles, de la liberté de conscience et de religion n’excuse pas ses propos outranciers et méprisants pour les Québécois, mais surtout pour la mémoire des millions de réelles victimes du nettoyage ethnique à travers les âges. Qu’attendent les électeurs de Hampstead pour l’envoyer à la retraite ?

Et que dire d’Adil Charkaoui, prédicateur de l’intolérance ? Sous le couvert de la lutte contre l’islamophobie, celui-ci attise les braises du conflit dans une constante recherche de division entre la société d’accueil et les Québécois de confession musulmane. L’intégration de ceux-ci au tissu social est une humiliation pour les fondamentalistes de son espèce, qui refoulent l’idéal du vivre-ensemble au profit du communautarisme religieux.

On pourrait multiplier les cas de figure, mais ce serait au risque de travestir la réalité. Steinberg n’est pas un leader d’influence de la communauté anglophone, pas plus que Charkaoui ne parle au nom de la communauté musulmane. Il faudra en revenir, un de ces jours, de cette manie d’interpréter les défis contemporains du Québec dans l’intégration des minorités à partir d’une grille de lecture inspirée par la peur des régimes islamistes. Le Québec n’est pas l’Arabie saoudite. Le voile, puisque c’est bien la principale raison qui justifie le projet de loi 21, peut symboliser à la fois l’oppression de la femme, le fondamentalisme, l’appartenance religieuse et l’affirmation culturelle. Tout dépend de qui le porte.

La construction de l’identité est une affaire complexe dans les sociétés postmodernes. Mouvante, éclatée, en reconfiguration perpétuelle, l’identité ne peut se résumer à cet immuable ensemble de caractéristiques et d’expériences communes sur lequel fantasment les tenants du conservatisme identitaire.

Le projet de loi 21 dérange tant parce que l’affirmation des droits collectifs de la majorité, intimement liée à la démocratie parlementaire, représente un concept beaucoup moins attrayant que l’affirmation des libertés individuelles à l’échelle du continent nord-américain.

Pour cette raison, il faut une certaine audace au sein du gouvernement Legault pour donner suite à ses engagements de légiférer sur la laïcité, au terme d’un débat qui dure depuis plus de dix ans parce que les libéraux n’ont pas su fournir une réponse cohérente au rapport Bouchard-Taylor lorsqu’ils en avaient l’occasion.

La page ne sera pas tournée aussi facilement que l’espère M. Legault. Le débat québécois, loin de s’atténuer, a des répercussions au Canada et à l’international, en ces temps où le mélange toxique du populisme et du nationalisme suscite de véritables inquiétudes pour la paix et la stabilité des sociétés démocratiques.

François Legault n’est pas de cette chapelle de politiciens infréquentables. Mais le contexte planétaire donne à cette phrase lapidaire qu’il a prononcée — « Au Québec, c’est comme ça qu’on vit » — un caractère suranné, comme s’il n’avait pas mesuré l’impact de ses politiques publiques au-delà des frontières de la circonscription de L’Assomption.

Le gouvernement Legault est en droit de limiter le port des signes religieux aux agents de l’État qui exercent des fonctions coercitives (juges, procureurs, policiers et gardiens de prison). Il va trop loin en étendant cette mesure aux enseignants.

Il n’y a aucun lien de causalité entre le port du voile ou d’autres symboles religieux et le prosélytisme dans les salles de classe. Le bienfait de cette interdiction reste à démontrer, comme le fait remarquer un Gérard Bouchard catastrophé par cette loi « radicale » et ce débat « cadenassé » par le recours à la disposition de dérogation en amont du débat.

L’interdiction du port de signes religieux chez les enseignants est de trop, et il est encore temps de reculer sur cette question qui ne fera qu’empoisonner les relations entre parents, élèves, enseignants et membres du personnel dans le milieu scolaire.

Le projet de loi 21 peut encore tenir la route, sans les enseignants, mais certainement pas en menaçant de recourir au bâillon avant même le début de l’étude en commission parlementaire.

Il est de la responsabilité du gouvernement de s’élever au-dessus de la mêlée, et de permettre un débat franc et ouvert sur les questions de laïcité, quitte à se faire bousculer dans ses certitudes. Au Québec, on vit aussi dans le dialogue.

Il faudrait enfin revenir à l’essence du rapport Bouchard-Taylor, qui en appelait à un resserrement des liens entre la majorité et la minorité. Intégration, francisation, lutte contre les inégalités et la discrimination : l’essentiel devient invisible à force de zoomer collectivement sur les signes religieux.

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229 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 13 avril 2019 01 h 18

    Je déménage à Brunei, là où les règles sont claires.

    Inutile d'ajouter d'ajouter du pétrole sur (celui) «des huiles» qui alimentent déjà le feu. Bref.

    JHS Baril

    Ps. Pas de ps. Misère!

    • Claude Bariteau - Abonné 13 avril 2019 11 h 37

      Mme Nobert, projeter de déménager parce que M. Myles reprend les vues du clergé qui a dévalorié la laïcité valorisée par les Patriotes m'est apparu une boutade.

      Je préfère souligner que M.Myles oublie que Mgr Bourget a fait carrière pour éradiquer les Patriotes promoteurs d'institutions laïques grâce au Canada-Uni et au support de bourgeois locaux pour recruter des communautés religieuses pour qu’elles assurent l’enseignement, la santé et des services sociaux, ce qui s'est perpétué sous le Dominion of Canada.

      En mettant en place des institutions publiques, la Révolution tranquille les a mises à l’abri de l’influence des communautés religieuses et du prosélytisme religieux.

      Le PL21 poursuit dans cette direction. Il enchâsse par une décision de l'Assemblée nationale la laïcité dans la Charte québécoise, précise son expression et recoure à la dérogation de la Charte canadienne, une clause sans laquelle le rapatriement de la constitution canadienne n’aurait pas eu lieu sans l’aval du Québec.

      Sous cet angle, le PL21 n’est ni nationaliste, ni populiste, ni à contre-courant sur la scène internationale. S’il freine les décisions qui font jurisprudence des juges de la Cour suprême et s'écarte des vues œcuménistes de l’inter-culturalisme, il est avant tout l’affirmation du principe de la laïcité et de son expression au-delà des employé/e/s en autorité coercitive.

      Il s'agit d'une loi qui assurera des services publics indépendants de tout prosélytisme religieux, fut-il associé à des convictions personnes au nom de la liberté religieuse, alors que les communautés religieuses, à quelques exceptions, n’obligent pas leur port.

      Aussi la position de M. Myles n'invite pas à un sain dialogue. Elle promeut le prosélytisme et une vision autoritariste de la laïcité, discréditant à cette fin l’État du Québec après avoir banaliser l'objectif recherché .

      Mme Nobert, il y a plutôt lieu de faire valoir votre position.

    • Pierre Desautels - Abonné 13 avril 2019 12 h 29


      @Claude Bariteau.
      "Aussi la position de M. Myles n'invite pas à un sain dialogue. Elle promeut le prosélytisme et une vision autoritariste de la laïcité, discréditant à cette fin l’État du Québec après avoir banaliser l'objectif recherché."

      Pourtant, la position de Brian Myles vient rejoindre celle de Louise Harel, de Richard Guay, ex-ministre du PQ, de Jean Dorion, ex-président de la SSJB et de Jacques Parizeau, entre autres. Vous ne pourriez accuser ces fiers indépendantistes de discréditer l'État du Québec ou de promouvoir le prosélytisme, de par leur position d'opposition à l'interdiction du voile chez les enseignants.

    • Claude Bariteau - Abonné 13 avril 2019 15 h 07

      M. Dessautels, j'ai déjà signalé que je ne partage pas la position de Mme Harel, de M. Guay et de M. Dorion.

      Quant à la position de M. Parizeau sur le port de signes religieux, si elle exclut les employé/e/s en autorité exerçant des contraintes, elle ne précise pas que les enseignant/e/s n’exercent pas de contraintes.

      Vous le savez puisque vous avez cité un extrait de sa position. Elle ne fait que suggérer de se limiter « aux recommandations du rapport Bouchard-Taylor » alors que le PQ en faisait une question de valeurs et non un principe de laïcité.

      Il était favorable par contre que soit inclut dans la Charte l’égalité des hommes et des femmes, ce qui se retrouve dans le PL21 en plus de l’insertion du principe de la laïcité.

      Cela dit, je n’ai pas noté chez les personnes auxquelles vous faites écho une aversion à l’intégration du principe de la laïcité dans la charte québécoise. Le faire implique qu'il soit appliqué dans les institutions qui relèvent du gouvernement du Québec. Autrement, ce serait un principe désincarné.

      La CAQ l'a fait. C'est un pas que n'avait pas franchi le PQ en 2013. Il s'agit d'une avancée majeure dont ce parti limite ses incidences parce que son chef cherche un consensus autour des applications.

      M. Myles, s'il trouve audacieux de légiférer sur la laïcité, ne souligne pas cette avancée. Il met des réserves sur le port de signes religieux chez les enseignant/e/s sachant très bien que ce port découle de l'insertion du principe de la laïcité dans la Charte.

      Il eut été plus cohérent avec ses propos s'il avait dénoncé cette avancée.

    • Pierre Desautels - Abonné 14 avril 2019 09 h 10


      Monsieur Bariteau, Jacques Parizeau était en faveur de la modification de la charte québécoise des droits et libertés, mais il ne souscrivait pas à l'idée que les enseignantes exercent des contraintes suffisantes pour les obliger à enlever le voile. C'est pourquoi il déclarait, entre autres : "passer une législation de ce genre là , essentiellement destiné à un certain nombre de femmes musulmanes, c'est gênant."

      Et encore : "Les immigrants de fraîche date, qui parlent d'ailleurs un excellent français, commencent à avoir peur. Ici, ils avaient la paix. Et nous, on entre là-dedans avec nos gros sabots. Et on ne vise pas les musulmans, mais les musulmanes!"

      Jacques Parizeau était un sage, et le PQ, s'il avait écouté son ancien chef et proposé le compromis Bouchard-Taylor au lieu de s'empêtrer dans ses contradictions, aurait pu faire passer une loi qui aurait eu l'appui de la CAQ et de Québec solidaire. Et nous aurions aujourd'hui une laïcité de l'état qui ne serait ni française, ni canadienne, mais bien québécoise.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 avril 2019 12 h 16

      Cinq points importants.

      1. M. Parizeau estimait que les femmes mulsulmanes portant un voile étaient la cible, ce qui ressortait selon des commentateurs/trices. Il ne faisait pas les nuances qui s'imposaient, notamment que les mulsulmanes qui affichent ce signe sont membres d'un courant religieux radical et que les chefs des autres courants religieux musulmans ne considèrent pas ce signe obligatoire.

      2. Le PL21 contient l'introduction du principe de la laïcité, ce qui diffère de la loi sur la Charte des valeurs.

      3. Le PL21 cible tous les signes religieux des diverses religions qui, en grande majorité, n'en font pas une obligation pour leurs membres.

      4. Vous écrivez que M. Parizeau « ne souscrivait pas à l'idée que les enseignantes exercent des contraintes suffisantes » sans le citer ni faire écho à une déclaration faite en ce sens. Il trouvait seulement que cibler les femmes porteuses d'un voile était gênant, ce que je comprends qu'il faille porter l'attention sur tous les ports de signes religieux. C'est ce que fait le PL21.

      5. M. Parizeau n'était pas au pouvoir en 2013. S'il l'avait été, il aurait surement éviter de cibler des femmes de religion mulsulmane, mieux analyser les facteurs qui en incitent certaines à porter un voile et proposer une loi construite différemement que celle de la Charte des valeurs.

    • Pierre Desautels - Abonné 14 avril 2019 14 h 03


      @ Claude Bariteau

      1.C'est évident que les femmes musulmanes étaient la cible, et ce n'est pas seulement Parizeau qui le disait, de nombreux indépendantistes aussi. Sans les femmes musulmanes, le projet du PQ n'aurait jamais été présenté. Et quand vous ciblez vous-même les musulmanes en écrivant : "les mulsulmanes qui affichent ce signe sont membres d'un courant religieux radical", qu'en savez-vous?

      2. Le projet de loi sur la Charte des valeurs présentait aussi l'introduction du principe de la laïcité dans la charte québécoise des droits et libertés.

      3. Le PL21, tout comme la charte des valeurs, cible tous les signes des autres religions, mais c'est une fumisterie et de l'hypocrisie, quant on sait qu'elle vise essentiellement les femmes musulmanes, suite à des arguments de peur. Pensez-vous qu'on s'en aperçoit pas?

      4.Dans toutes ses interventions, Jacques Parizeau, (de même que Lucien Bouchard), était en faveur de l'interdiction des signes religieux seulement pour les employés pouvant exercer des contraintes comme les juges, les policiers, les gardiens de prison ou les procureurs, mais pas les enseignantes.

      5. Si Jacques Parizeau avait été au pouvoir en 2013, en homme d'honneur et en homme d'État qu'il était, il aurait été en faveur du compromis Bouchard-Taylor, mais jamais en faveur de retirer des droits fondamentaux à des citoyennes instruites, francophones et Québécoises à part entière.

    • Claude Bariteau - Abonné 14 avril 2019 16 h 17

      1. Qu'en savez-vous, me demandez-vous ? Ceci : le port du voile est revendiqué par les courants radicaux et seule une minorité des femmes de religions musulmanes en font un définisseur de leur identité religieuse. Quant aux autres religions reconnues, y compris les autres courants musulmans, elles ne rendent obligatoire le port de signes religieux chez leurs membres.

      2. Dans les chartes, québécoise et canadienne, il n'y a pas l'inclusion de la laïcité de l'État comme principe de base. L'inclure a toutefois des incidences.

      Là où ce principe est présent et conduit à des règles pour les employé/es des institutions publiques, les cours internationales n'y ont pas noté une entrave à la liberté religieuse, car elle demeure un droit reconnu dans des espaces publics, des regroupements, des enseignements et du recrutement, ce qui sera le cas au Québec.

      En agissant ainsi, M. Parizeau n'aurait pas enlevé des droits fondamentaux à des femmes instruites, francophones et Québécoises à part entière, mais leur aurait expliqué que ces droits ne concernent pas une liberté sans limite.

      3. Vous vous dites convaincu que le PL21 cible le port du voile et vise des femmes qui le portent, l'identification des autres ports n'étant que fumisterie et hypocrésie découlant d'une peur viscérale. C'est votre idée. Je ne la partage pas. Il y a plutôt une inquiétude quant à l'étallement de signes religieux par des employé/e/s dans les institutions du Québec, qualifiant ses porteurs différemment des autres employé/e/s dont l'incidence est une forme de discrimination alors que rien ne justifie qu'il en soit ainis.

      4. Vous semblez savoir ce qu'auraient fait Messieurs Parizeau et Bouchard en 2013. Moi, non. Je présume toutefois qu'avant d'être élus ils auraient fait valoir leurs intentions dans leur parti quant à la laïcité et que celui-ci aurait mis au point un idée claire.

    • Pierre Desautels - Abonné 14 avril 2019 16 h 37


      @Claude Bariteau

      "Ceci : le port du voile est revendiqué par les courants radicaux et seule une minorité des femmes de religions musulmanes en font un définisseur de leur identité religieuse."

      Donc, vous êtes sûr que ces femmes enseignantes à Montréal sont représentantes de ce courant radical? Sur quelle base de données, sur quels arguments pouvez-vous en arriver à cette conclusion? Ces enseignantes peuvent porter le voile pour différentes raisons, et de toute façon, cela ne regarde qu'elles.

      Non, je ne prétends pas savoir ce qu'auraient fait Parizeau et Bouchard en 2013. Je ne faisais que répondre à votre cinquième argument: "S'il l'avait été, (premier ministre) il aurait sûrement..." en donnant mon humble opinion sur le sujet.

  • Gilles Théberge - Abonné 13 avril 2019 02 h 22

    De quel débat,parlez-vous quand vous dites: « Il est de la responsabilité du gouvernement de s’élever au-dessus de la mêlée, et de permettre un débat franc et ouvert sur les questions de laïcité, quitte à se faire bousculer dans ses certitudes. Au Québec. »

    Les hauts cris lancés à partir de Montreal et dont vous vous faites l’échos aujourd’hui sont la fait d’une minorité principalement anglophone. Ce qui est normal étant donné le fossé profond qui existe entre la politique du multiculturalisme qui préside à la société « post nationale » tel qu’énoncée par Trudeau fils.

    Or il est une donnée que vous vous obstinez consciemment ou non à passer sous silence. Le Québec n’a jamais adhéré à la constitution de Pierre Trudeau, ni à cette Charte...

    Y’a un petit peu de nous autres là dedans... Pas sûr pantoute !

  • Yolande Chagnon - Inscrite 13 avril 2019 02 h 57

    LA PREMIÈERE FIGURE D'AUTORITÉ

    La première figure d'autorité que l'enfant rencontre au quotidien après l'autorité parentale, ce sont les enseignants.

    Ce sont des personnes en autorité qui ont même le droit de correction physique sur l'enfant.

    L'article 43 du Code criminel du Canada est particulièrement clair lorsqu'il édicte:

    43- Tout instituteur, père ou mère, ou toute personne qui remplace le père ou la mère, est fondé à employer la force pour corriger un élève ou un enfant, selon le cas, confié à ses soins, pourvu que la force ne dépasse pas la mesure raisonnable dans les circonstances.

    Tout est dans la mesure (force raisonnable) et non dans la nature (droit de correction).

    Et même si l'enseignant n'impose pas de correction physique, ce qui est plutôt rare, de par ses directives pédagogiques et disciplinaires, il accompagne l'enfant au jour le jour.

    Cela relève de l'angélisme que de prétendre que l'enseignant n'est qu'un accompagnateur, une ressource de proximité ou un aidant naturel.

    Si certains enseignants ont péché par laxisme en abdiquant leur statut, en se laissant tutoyer et manquer de respect impunément dans un faux égalitarisme, cela ne doit pas devenir un droit acquis pour les enfants que de les traiter simplement comme des compagnons de cour de jeu.

    Le problème au Québec est que cette loi arrive beaucoup trop tard; elle aurait pu être votée il y a 30 ans.

    Alors, les partisans du projet de loi se heurtent à des groupes et personnes qui sont devenus des masses critiques.

    Cela ne signifie pas que l'État doit abdiquer, mais nous montre qu'il avance dans un champ de mines.

    La poursuite de l'anglicisation de Montréal rendue officielle par l'OQLF, mais connue depuis des décennies et presque toujours niée est un autre volet du problème québécois.

    Et l'État provincial que nous sommes ne peut pas y faire grand-chose; d'une part, les compétences du Québec sont limitées et d'autre part, on voit que chez les 18-30 cela est devenu une situation acceptable et

    • Jean-Charles Morin - Abonné 13 avril 2019 18 h 43

      "Le problème au Québec est que cette loi arrive beaucoup trop tard; elle aurait pu être votée il y a 30 ans." - Yolande Chagnon

      Comme vous avez raison, Madame Chagnon. C'est un point capital, comme l'intégration d'un cours obligatoire d'Histoire québécoise dans le cursus scolaire ou la promotion active de l'indépendance avec les deniers publics pour contrer l'influence du fédéral.. Mais le PQ au pouvoir n'a pas osé faire ces choses, celles-là et bien d'autres. Pourquoi au juste? Par angélisme, par timidité ou encore par l'attrait de la pensée magique sociale démocrate? Quoi qu'il en soit, il paie le prix fort maintenant pour ses manquements d'hier.

  • Réjean Martin - Abonné 13 avril 2019 05 h 59

    Bien déçu de mon Devoir...


    Vous dire combien je suis déçu de votre position, Monsieur ? Il faudrait déjà reculer au sujet des enseignants ? Mais où prenez-vous ça ? Le dialogue au Parlement n’a même pas encore débuté.
    Ensuite, au sujet du compromis Bouchard que Le Devoir soutient ? L’un de nos abonnés au Devoir (dont je n’ai hélas ici pas le nom) a écrit ceci il n’y a pas longtemps: «La recommandation de Bouchard-Taylor ne se limite pas aux mandataires qui « exercent un pouvoir de coercition ». Non. C’est faux. Il faut arrêter de le répéter sans cesse. En effet, à la page 151 du rapport, il est écrit : « En soupesant toutes ces considérations, nous croyons que l’imposition d’un devoir de réserve à cette gamme limitée de postes représente le meilleur équilibre pour la société québécoise d’aujourd’hui. IL S’AGIT DES POSTES QUI REPRÉSENTENT DE FAÇON MARQUÉE LA NEUTRALITÉ DE L’ÉTAT ou dont les mandataires exercent un pouvoir de coercition»
    Par ailleurs, vous dites «la page ne sera pas tournée aussi facilement» pendant que votre chroniqueur Michel David écrivait dès le départ, il y a trois semaines, que la tempête allait finir par passer…
    Toutefois, avec votre éditorial, vous ne contribuez pas à ce qu’elle passe rapidement, la tempête…
    Enfin, vous vous fixez sur le voile alors qu’il y a plein d’autres signes religieux dans le décor, dans le portait, et vous dites : «Il n’y a aucun lien de causalité entre le port du voile ou autres symboles religieux et le prosélytisme dans les salles de classe» Voyons donc ! Que pensez-vous du prosélytisme passif ?
    Adhérer à la laïcité, telle qu’elle se manifeste, s’applique dans le projet de loi 21, c’est pour un très grand nombre de Québécois exprimer leur souveraineté sur leur coin d’Amérique; du moins une certaine souveraineté. Sachant qu’il n’y en aura pas d’autre.

    Finalement, notre premier ministre a été fort avisé de dire: «au Québec, c’est comme ça qu’on vit»…

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 13 avril 2019 10 h 57

      Juste en dessous, même page :

      « Nous admettons que l’on peut y arriver en suivant différents types d’argumentation. Par exemple, on peut considérer que cette proposition est la plus appropriée dans le contexte actuel de la société québécoise, étant bien entendu que ce contexte peut changer avec le temps. Ou alors, on peut également soutenir que la proposition revêt un caractère plus permanent, qui déborde le contexte actuel dans la mesure où elle incarne le principe de la séparation de l’État et des Églises. Nous n’avons pas à trancher ce débat puisque les deux argumentaires conduisent à la même conclusion. »

      Pour Charles Taylor, ce contexte A changé avec le temps de sorte que ces argumentaires ne sont plus interchangeables et qu'il convient de revenir à une justification de principe de laquelle, apprenait-on encore cette semaine, une partie des membres de la commission ne s'était écartée qu'à regret.

      Je trouve assez inquiétante toute l'impatience avec laquelle on applaudit le gouvernement de vouloir cadenasser le débat une fois pour toutes comme si les arguments dont vous donnez l'exemple étaient si décisifs. Ou alors peut-être n'estime plus du tout nécessaire de les examiner à leur mérite parce que c'est ça qui est ça ?

    • Christian Montmarquette - Abonné 13 avril 2019 12 h 20

      "Déçu de mon Devoir..." - Réjean Martin

      C'est effectivement ce que pensent bons nombres de péquistes et de péquistes-néo-caquistes sur cette tribune, que Le Devoir est "LEUR DEVOIR", comme s'il s'agissait du feuillet paroissial de leur courant de pensée ou leur leur organe de propagande.

      Je ne sais d'ailleurs pas ce que ces gens-là ont tant à se plaindre, alors qu'ils ont déjà tout le Québecoc-LCN-Journal de Montréal, Journal de Québec et TVA qui à leur service.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 13 avril 2019 12 h 32

      Le prosélytisme passif :
      Je ne crois pas qu'il va trop trop loin en étentant cette mesure aux enseignants du primaire,
      du secondaire et enincluant les CPE. Plus le cerveau est jeune,plus il est iimpressionable.

    • Christian Montmarquette - Abonné 13 avril 2019 13 h 23

      @Jean-Pierre Grisé,

      "Je ne crois pas qu'il va trop trop loin en étendant cette mesure aux enseignants.." - Jean-Pierre Grisé

      1 ) Il n'existe aucune étude sérieuse, argument rationnel ou scientifique qui ait démontré qu'un quelconque tort, préjudice ou violation de la liberté de conscience des élèves leur aurait été causé à la seule vue d'un signe religieux.

      2 ) Si la principe défendu c'est que les employés.es de l'État ne devraient porter aucun de signes religieux, alors, pour être cohérent et équitable, il faut que "TOUS" les employés.es du gouvernement soit interdits de port de signes religieux. Comme une telle règle risquerait fort de priver nos services publics d'un paquet d'employés indispensables et déjà en manque - dont les médecins et les infirmières - alors c'est qu'une telle interdiction est impossible à imposer et même nuisible à la société.

    • Michel Gélinas - Abonné 13 avril 2019 16 h 58

      Je vous appuie totalement, M. Martin. Je suis dans le même état d'esprit que vous et je fais mien chacun de vos arguments, je me préparais à défendre les mêmes.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 13 avril 2019 19 h 03

      "C'est effectivement ce que pensent bons nombres de péquistes et de péquistes-néo-caquistes sur cette tribune, que Le Devoir est "LEUR DEVOIR", comme s'il s'agissait du feuillet paroissial de leur courant de pensée ou leur leur organe de propagande." - Christian Montmarquette

      Je dirais plutôt qu'avec l'équipe actuelle à la barre, le Devoir a de plus en plus l'air du feuillet paroissial de la bien-pensance mondialiste.

      On l'a déjà vu plus costaud dans ses analyses et moins timoré dans ses approches.

      Plusieurs personnes dans mon entourage sont maintenant enclins à penser que la force du Devoir réside de plus en plus dans ses mots croisés quotidiens et son redoutable sudoku .

      Je serais curieux de savoir quel est le canard préféré des Solidaires depuis la conversion de leur parti aux thèses chères au PLQ. "La Presse"? Le "Globe and Mail"? Le "Financial Post"?

    • Christian Montmarquette - Abonné 14 avril 2019 06 h 54

      "Je serais curieux de savoir quel est le canard préféré des Solidaires depuis la conversion de leur parti aux thèses chères au PLQ." - Jean-Charles Morin

      - Que dites-vous de la conversion du PQ aux thèses austéritaires et du déficit zéro du Parti libéral?

      Franchement, on commence à en avoir raz-le-bol des amlagames grossiers des péquistes.

      À peu près rien ne rapproche QS des libéraux et surtout pas du point de vue économique.

      "Legault et Khadir qualifient les libéraux de «pourris»" - Le Devoir

      https://www.ledevoir.com/politique/quebec/466263/legault-a-qualifie-les-liberaux-de-pourris-dit-fournier

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 avril 2019 06 h 55

      Monsieur Morin, convenez que c'est un bien drôle de feuillet paroissial que celui où peuvent s'exprimer soutenir, en très grand nombre, en tir quelquefois groupé, de fervents partisans d'une vision bien plus radicale encore que Bouchard-Taylor. Je parle bien sûr de cet espace commentaire, mais aussi en général des billets publiés en lettres et en chroniques (qu'il faut toujours distinguer vous le savez de la position éditoriale). Erreur de perspective, quant à moi: les partisans de PL21 n'aiment juste pas entendre la critique jusque dans « leur » journal. C'est humain. Mais ce journal n'est pas le journal d'une option avant tout, il est un lieu de pensée libre et de débats, que j'aime fréquenter précisément pour y trouver d'autres façons de voir... avec un penchant un peu socratique qui ferait sans doute rougir d'inconfort le vieux pouilleux

    • Louise Collette - Abonnée 14 avril 2019 06 h 58

      Jean-Charles Morin
      C'est vrai que les mots croisés du Devoir sont pas pire. ;-)

    • Jean-Charles Morin - Abonné 14 avril 2019 20 h 33

      "Monsieur Morin, convenez que c'est un bien drôle de feuillet paroissial que celui où peuvent s'exprimer soutenir, en très grand nombre, en tir quelquefois groupé, de fervents partisans d'une vision bien plus radicale encore que Bouchard-Taylor. " - RMD

      Monsieur Maltais-Desjardins, vous vous doutez bien que quand je parlais des "gens de mon entourage", je ne m'y incluais pas d'office. Je n'ai pas osé aller au-delà de l'allusion de peur de trop conforter l'équipe éditoriale dans ses prises de position parfois bien discutables... surtout quand elles viennent en contradiction avec mes propres certitudes.

      En fait si je continue à aimer ce "feuillet paroissial" malgré tous ses défauts qui me font sourciller parfois, c'est justement pour les raisons que vous évoquez ici et pour la diversité des opinions qui s'y bousculent. Et aussi, bien sûr, pour continuer à avoir le privilège d'y ajouter parfois mon grain de sel.

      Ce qui ne m'empêche pas du reste d'être un féroce partisan du sodoku...

  • Jean-Marc Simard - Abonné 13 avril 2019 06 h 02

    À propos du voile islamique

    Je serais peut-être d'accord au port du voile islamique pour les professeures enseignantes, en autant qu'on enchasse, dans le projet de loi 21 sur la laïcité, un article qui affirme que toutes les écoles publiques ou privées sont neutres, qu'aucun professeur(e) n'a le droit de faire du prosélytisme religieux, ni d'y enseigner sa religion ou idéologie, et que si des manquements surviennent, que le professeur en question soit remercié subito presto...Que l'on ajoute aussi qu'une police des moeurs sera créé pour faire la vérification de temps en temps que la dite loi est respectée dans les diverses écoles...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 13 avril 2019 11 h 11

      Dans la mesure où il constitue une atteinte à la liberté de conscience et de religion des enfants, le prosélytisme est déjà formellement interdit. La difficulté consiste à déterminer où commence et où finit le prosélytisme. Qu'un enseignant ne porte pas de T-Shirt avec la face de Marx ou de croix pectorale n'est qu'un indice accidentel à cet égard pour lequel l'interdiction comme remède relève au mieux de la pensée magique.

    • Charles-Étienne Gill - Inscrit 13 avril 2019 18 h 17

      « Qu'un enseignant ne porte pas de T-Shirt avec la face de Marx ou de croix pectorale n'est qu'un indice accidentel à cet égard pour lequel l'interdiction comme remède relève au mieux de la pensée magique.»

      Ce que l'on assimile chez le récepteur à du prosélytisme opère au niveau de la fonction conative du langage, celle par laquelle l'émetteur essaie d'influencer son public. Pourtant, pour y arriver, le récepteur joue sur la fonction phatique du langage : il doit y avoir un contact pour que la communication opère. Le signe religieux, lui, opère sur la fonction expressive du langage, c'est l'émetteur qui emet une communication pour parler de lui, de ses valeurs.

      Toutefois, dans un contexte de communication obligatoire, comme une classe où le public est captif, les fonctions conatives et phatiques sont toujours présentes, ainsi on est constamment en situation conative, contrairement au bénéficiaire qui va chercher un service de l'état et qui est, momentanément, au guichet, (ex. à la SAAQ), l'élève est constamment en contact avec son enseignant. Comme le signe passe par l'aire visuelle, il ne peut pas ne pas voir le signe tout comme le prof ne peut pas ne pas communiquer. Quand bien même il a sa propre interpréation de son signe, à cause de la fonction phatique de la communication, le signe « parle ».

      Pour que cette communication cesse, le signe doit cesser d'être porté ou le récepteur peut «déconnecter» son appareil de réception, de décodage et d'interprétation, mais c'est contraire au travail de l'élève... (et de la pensée critique qu'on lui inculque). C'est pourquoi je dis qu'un signe qui n'est pas pédagogique est un «bruit», de la friture sur le canal de communication Le problème du signe c'est qu'il est passif, mais perpétuel.

      Porter le t-shirt c'est signifier que l'on est près à imposer ce bruit, en dépit qu'il soit contraire à la fonction, c'est pourquoi l'apparence de conflit d'intérêt est déjà le gage d'un problème.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 13 avril 2019 19 h 41

      Le prosélytisme subtil et insidieux du voile, cet étandard du communautarisme musulman.

    • Raymond Labelle - Abonné 14 avril 2019 10 h 05

      "La difficulté consiste à déterminer où commence et où finit le prosélytisme." Oui, et aussi, en plus, à déterminer jusqu'où peut aller l'exigence de l'État envers ses employés de refléter sa neutralité religieuse. Question qui peut se poser différemment selon les fonctions des divers employés visés.