Réfugiés: un verrou politique

L’afflux de migrants arrivés de façon irrégulière depuis deux ans a eu raison de la politique dite d’ouverture que prêchait le gouvernement Trudeau à son arrivée au pouvoir. Dans un geste digne du gouvernement Harper, les libéraux ont inséré dans le dernier projet de loi budgétaire omnibus des modifications aux droits des demandeurs d’asile, s’évitant du même coup un examen sérieux de ce qui est un réel changement d’orientation de cette politique publique.

Ce choix est manifestement motivé par des considérations politiques. La sympathie populaire à l’endroit des réfugiés syriens ne s’est pas étendue aux migrants fuyant l’Amérique de Trump et les conservateurs exploitent cette grogne avec succès. À six mois des élections, les libéraux ont décidé de protéger leurs arrières.

Qu’on veuille contenir les arrivées irrégulières à la frontière est légitime, mais les changements proposés vont plus loin, puisque même les personnes arrivées de façon régulière seront affectées. Quiconque aura fait une demande d’asile dans un pays avec lequel le Canada a une entente d’échange d’informations ne pourra plus présenter de demande au Canada. On parle ici de pays comme les États-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

L’effet sur la migration irrégulière sera modeste. À peu près 3150 des quelque 41 000 migrants arrivés de façon irrégulière depuis le début de 2017 avaient présenté une demande au sud de la frontière. Certains, refusés aux États-Unis, ont tout de même obtenu la protection du Canada, une fois leur demande évaluée au mérite. Les amendements fermeraient cette porte. Or, tous les pays n’ont pas la même approche. Contrairement au Canada, les États-Unis n’accordent plus leur protection aux demandeurs qui, par exemple, invoquent la persécution par des gangs criminels.

Le ministre de la Sécurité frontalière, Bill Blair, dit vouloir décourager le « magasinage de pays d’asile ». Le premier ministre, Justin Trudeau, souhaite préserver la confiance des Canadiens en leur système d’immigration face à la croissance des mouvements de réfugiés à travers le monde. Mais le Canada ne sera jamais à l’abri de ce phénomène et la meilleure façon d’y faire face est de mettre les ressources nécessaires pour traiter les demandes en temps opportun, lui a répété, entre autres, le directeur parlementaire du budget.

Il ne s’agit pas de défendre ceux qui abusent du système, mais il faut éviter à ceux en quête sincère de protection de payer le prix de ce qui n’est qu’un expédient politique. En plus, cette soi-disant solution pourrait ne pas résister à une contestation judiciaire puisque dans un arrêt rendu en 1985 et devenu pierre d’assise de notre système, la Cour suprême a dit que tout demandeur d’asile avait le droit, une fois en sol canadien et peu importe la manière d’y arriver, de se faire entendre sur le bien-fondé de sa demande.

S’écarter de ce principe fondamental exige un débat fait visière levée. En d’autres mots, que le gouvernement ait le courage de ses convictions et présente ses amendements dans un projet de loi séparé afin qu’il puisse être étudié, débattu et jugé à son tour au mérite.

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2 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 12 avril 2019 06 h 36

    Oh! quelle horreur!

    Saint Jusstinnn tomberait dans le racisme car la petite provision dans le projet mammouth pour «régler - et que très, très, très partiellementr» le problème des immigrants illégaux «demandeurs d'asile» qui affluent (ou affluaient, notamment par le Chemin Roxam) vise presqu'esclusivement des Haïtiens venus de New-York dans la crainte d'être expulsé par Trump. Lui qui crie à la discrimination religieuse pour quelques règles limitant l'expression religieuse pour certains employés de l'état lors de leur prestation de travail, tomberait dans le racisme basé sur la couleur de peau? Honnnnn!!!!

  • Cyril Dionne - Abonné 12 avril 2019 10 h 41

    Les illégaux et Justin Trudeau

    Justin Trudeau veut se faire réélire et cela explique pourquoi il devient plus agressif au point de vue législatif pour contenir les illégaux à la frontière provenant des USA, un pays sûr. La grande majorité des gens voient de mauvais œil cette immigration illégale à nos frontières. En fait, ils n’en veulent plus, point à la ligne.

    Un réfugié est une personne qui a dû fuir son pays afin d'échapper à un danger comme la guerre ou les persécutions. Bon, ceci dit, il n’y a pas beaucoup de guerres internes ou de persécutions aux États-Unis. Il est faux d’affirmer comme le fait Mme Cornellier que c’est normal que les gens troquent de pays comme ils changent de chemise. La plupart des soi-disant réfugiés sont de nature économique puisqu’ils sont en fait, des migrants économiques. Demain, il pourrait y avoir des milliards de migrants économiques à nos portes pour profiter du filet social si généreux payé par les contribuables s’ils pouvaient trouver un moyen d’accéder à nos frontières.

    Misère.