Rouler des mécaniques

Mécontent des redevances que lui verse Bell pour ses chaînes spécialisées, le président de Québecor, Pierre Karl Péladeau, a décidé de priver son concurrent du signal de TVA Sports, qui diffuse en français, et en exclusivité, les matchs des séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey. Quelque 400 000 abonnés à TVA Sports par le truchement de Bell ont été privés de leurs matchs en français mercredi.

Au palais de justice jeudi, la trêve un moment offerte par Québecor fut écartée par les deux parties toujours à couteaux tirés. Pendant cette trêve, les belligérants se seraient engagés dans une médiation, chapeautée par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Québecor se plaint que les tarifs que commandent ses chaînes ne sont pas fixés en fonction de l’intérêt que leur manifestent les téléspectateurs alors que les chaînes de Bell sont avantagées par un critère « historique », appliqué par le CRTC, parce qu’elles ont été lancées il y a plus longtemps. En outre, Québecor allègue que la chaîne TVA Sports n’est pas offerte dans un forfait aux clients de son concurrent, à l’instar de RDS, propriété de Bell.

En vertu des règles du CRTC, le propriétaire d’une chaîne télévisée, soit le Groupe TVA pour TVA Sports, et l’entreprise de distribution, en l’occurrence Bell, doivent signer une entente d’« acheminement » à l’amiable. En cas de différend, le CRTC est appelé à trancher. Dans une telle circonstance — Québecor a déposé en février une plainte contre Bell pour « préférence indue » —, les deux parties sont dans l’obligation de continuer à fournir le service aux abonnés, qui ne doivent pas faire les frais du différend commercial. C’est ce que le CRTC a rappelé dans une lettre envoyée à Québecor mercredi.

Avec la brutalité qui peut parfois le caractériser et qu’il estime inévitable si on doit changer les choses — on l’a vu avec son recours à de longs lockout dans ses journaux —, Pierre Karl Péladeau, en privant les abonnés de Bell du signal de TVA Sports, a fait fi des règles du CRTC. D’ailleurs, l’organisme ne semble pas entendre à rire : il a convoqué les dirigeants du Groupe TVA et de Bell à une audience publique, mercredi prochain à Gatineau, afin de déterminer si son règlement a été violé et d’entendre « les raisons pour lesquelles le Conseil ne devrait pas suspendre la licence de radiodiffusion » du Groupe TVA.

Si le président de Québecor voulait s’assurer que le différend entre son entreprise et Bell obtient un retentissement médiatique maximum — ses médias s’y sont d’ailleurs scrupuleusement employés —, son objectif est remarquablement atteint. Il faut toutefois reconnaître que ce différend est somme toute secondaire par rapport au défi énorme qui attend le système canadien de télédistribution et de productions télévisuelles face à la concurrence déloyale des Netflix de ce monde. C’est d’ailleurs le message que Pierre Karl Péladeau avait récemment livré avec conviction dans des allocutions à Montréal, puis à Ottawa. La vraie bataille, elle est là.

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7 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 12 avril 2019 01 h 35

    Règles du jeu

    M. Péladeau connaissait les règles du jeu quand il a décidé de lancer TVA Sports. Il a misé sur le le fait qu'il obtiendrait une bonne part du marché en acquérant les droits sur le hockey du Canadien du samedi et sur ceux des séries éliminatoires. Il a perdu son pari. Pour lui, c'est obligatoirement de la faute des autres quand il perd et ceux-ci doivent changer les règles pour qu'il gagne. Comme quand il décrète des lock-out, il a de la difficulté à négocier en respectant ses vis-à-vis. C'est plus triste qu'autre chose.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 12 avril 2019 07 h 25

    Mettre les points sur les i!

    « Rouler des mécaniques » en bon français n'est absolument pas approprié en ce qui concerne Québécor et son président Monsieur Péladeau! Il n'est absolument pas arrogant et, encore moins comme perçu en France pour ces propos, en faisant plutôt allusion à un homme musclé et surtout en se dandidant comme par exemple le PM du Canada devant ses partisant(e)s!
    Là, encore, nous assistons à la main mise des fédéraux qui, en maîtres absolus, contrôlent le fonctionnement des compagnies privées du Québec, surtout quand elles sont favorables à son indépendance! À voir cheminer le CRTC dans cette affaire, il est évident qu'il est manipulé pour stagner, ne rien faire, comme la plupart des organismes canadiens du genre, champions pour tourner en rond et danser la gigue!
    Pourtant la situation est claire comme celle de la laïcité au Québec! Il faut être de mauvaise foi pour affirmer le contraire.
    Il est vrai qu'en Amérique du Nord, ce sont les groupes financiers et les avocats qui mènent le monde!
    Bref, ne déformons pas svp la réalité comme les libéraux québécois qui ne se gênent pas pour vociférer et blasphémer contre les Québécois francophones (dixit P. A.). Il y en a marre de ces actes indignes! Alors, au moins, essayons de régler une autre magouille fédérale, en mettant enfin les points sur les i....

    • Pierre Desautels - Abonné 12 avril 2019 09 h 31


      "Bref, ne déformons pas svp la réalité comme les libéraux québécois qui ne se gênent pas pour vociférer et blasphémer contre les Québécois francophones (dixit P. A.)"

      Bien sûr que l'on ne donne pas au PLQ le bon Dieu sans confession, mais il vous faudrait, pour appuyer vos dires, citer un texte de Pierre Arcand sur ces "blasphèmes". Vous savez que l'exagération peut rendre ridicule, et vous jouez le jeu de vos adversaires.

  • Claude Bariteau - Abonné 12 avril 2019 09 h 53

    La vraie bataille est celle des sous. M. Péladeau les mêne de front parce que les deux lui font perdre des sous mais surtout parce que les deux découlent de règles canadiennes qui impliquent des entreprises québécoises régies par des règles canadiennes.

    Sur un champ de bataille, il n'y a pas de batailles secondaires ni de vraies batailles. Il y a des batailles à gagner parce qu'en perdre une, que vous dites secondaires, affaiblit.

  • Jean Breton - Abonné 12 avril 2019 10 h 43

    Il fut un jour...

    Il y a quelques décennies de cela, notre bien-aimé Le Devoir était sur le point de succomber. Qui vint à sa rescousse : un chevalier réputé être fort pour rouler de la mécanique. Er qui est ce mécène : Pierre Péladeau... Il me semble que Dutrisac aurait dû faire preuve d'empathie avant de condamner Québecor. Il en a pourtant fait preuve à l'égard de Bell.

    Ô ingratitude quand tu nous tiens.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 12 avril 2019 14 h 17

    Blasphémer : synonymes : injurier, se moquer!

    Et oui, c'est comme ça que Monsieur Pierre Arcand s'est pris au piège en tergiversant, suite à un partisan libéral anglophone que l'on va bientôt montrer sur la place publique comme le sauveur des anglophones au Québec! Il dit, « La CAQ (et dont tous les élu(e)s) INCITE à de genre d'excès avec ses projets ..»
    Il n'y a pas d'échelle de mesure dans de telles paroles dictées probablement par la colère des partisants de Monsieur P. A.! Les « remontranciers » devraient plutôt commenter les faits que critiquer ceux qui font des commentaires! Écrire des commentaires sur ceux qui font des commentaires perdent leur temps et n'apportent rien sur l'article en question!
    Faire du sur place ne m'intéresse pas, regardant toujours en avant! Quant aux libéraux allez donc les consoler...