Jody Wilson-Raybould: entre l’ingérence et la distraction

Jody Wilson-Raybould se plaint sur toutes les tribunes d’avoir été victime de pressions et d’ingérence indue du premier ministre Justin Trudeau et de son entourage dans l’affaire SNC-Lavalin. L’ex-ministre de la Justice et procureure générale a semble-t-il joué le même jeu cynique.

Plusieurs médias, dont Le Devoir, ont appris que Mme Wilson-Raybould aurait tenté de marchander sa réintégration pacifique au sein du caucus libéral à cinq conditions, dont celle que M. Trudeau ordonne au nouveau ministre de la Justice, David Lametti, de ne pas conclure d’accord de réparation avec SNC-Lavalin.

La principale intéressée a nié les faits, contrairement au premier ministre. Les anciens collègues de Mme Wilson-Raybould, expulsée du caucus mardi, ont bien raison d’être outrés. Le ministre des Transports, Marc Garneau, a soulevé les contradictions de Mme Wilson-Raybould. Celle-ci argumente depuis deux semaines qu’il ne devrait jamais y avoir d’influence sur le procureur général, alors qu’elle aurait elle-même tenté de l’influencer, bien que ce soit indirectement, dans le cadre de négociations purement intéressées visant à l’avancement de sa carrière politique. Selon cette logique, faudrait-il que le nouveau ministre maintienne l’ensemble des décisions prises par l’ancienne ? Son héritage politique, aussi ténu soit-il, devrait-il être érigé en monument intouchable ?

Ces nouvelles révélations jettent un autre éclairage sur la conduite de Jody Wilson-Raybould. Son comportement démontre qu’il n’y a qu’une seule vérité qui compte dans cette affaire embrouillée entourant le sort de SNC-Lavalin : la sienne.

Et que penser des autres conditions posées par la députée ? Pour rentrer dans le rang, elle exigeait des excuses publiques de Justin Trudeau, le renvoi de deux de ses conseillers politiques (Gérald Butts et Mathieu Bouchard) et celui du greffier du Conseil privé (Michael Wernick). Aussi bien dire qu’elle a voulu s’approprier des pouvoirs du premier ministre dans un chantage qui a presque réussi.

Ce feuilleton est lassant, et il est grand temps d’en venir à l’essentiel. Le Commissariat fédéral aux conflits d’intérêts et à l’éthique devra trancher les allégations d’ingérence du cabinet de Justin Trudeau. Il faudra bien qu’on sache un jour pourquoi on refuse à SNC-Lavalin un accord de réparation sans lequel l’avenir de son siège social au Québec sera compromis. Ces deux enjeux sont plus importants que les distractions offertes par Mme Wilson-Raybould.

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8 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 6 avril 2019 01 h 51

    Le conditionnel et la certitude

    «a semble-t-il joué le même jeu cynique»
    «aurait tenté de marchander»

    Bizarrem,ent, le conditionnel n'est plus de mise dans la suite du texte. Je me pose aussi des questions à ce sujet, mais je trouve que l'éditorialiste va loin avec des bases aussi incertaines.

    • Claude Bariteau - Abonné 7 avril 2019 09 h 39

      Oui. Cet éditorial est bizarre.

      Je l'ai lu trois fois et cherché à comprendre, car il m'a semblé que Mme Wilson-Raybould était présentée tel un chien qui a la rage.

      Une rage qu’exprime sa propension à prendre la position du dominant, à japper et mordre ceux qui s'approchent d'elles, dont SNC-Lavalin, qui voulait accéder à son territoire sans fournir les informations demandées par la DGPPC.

      Une rage qui a justifié le PM et son Bureau de faire pressions inappropriées alors qu’elle bénéficie, comme Procureure, d’une indépendance du pouvoir politique. C’est ce qui ressort des propos d’une conversation avec le greffier, enregistrée en l’absence d’une secrétaire pour rendre compte de son contenu, qui est une pratique connue par le greffier.

      Une rage qui a conduit à son retrait du poste de Procureure et à ses démarches pour préserver ses décisions en coordination avec la DGPPC et à protéger le PM d’une réouverture de la porte à SNC-Lavalin qui entend y entrer afin d’avoir accès à un os lui permettant d’en gruger des plus gros.

      C’est bizarre parce que l’auteur ne questionne pas les liens entre SNC-Lavalin et le PLC. Certes, il aimerait connaître les motifs du refus, mais ne signale pas que le PM aurait du permettre que la DGPPC et l’ex-Procureure puissent les rendre publique.

      Au dernier paragraphe, à sept mois des élections, l’auteur trouve ce dossier lassant et laisse entendre qu’il revient au Commissariat de aux conflits d’intérêts de trancher sur les allégations d’ingérence alors que la Procureure a déjà signalé que l’ingérence n’était pas illégale mais inappropriée.

      Je ne comprends pas parce que je lis cet éditorial tel un plaidoyer à la cause de SNC-Lavalin et aux pressions du PLC plutôt que de faire valoir le respect des règles dans un État de droit, qui n’ont rien à voir avec un maître qui décide de tuer son chien parce qu’il ne lui a pas obéi après avoir mordu un bon ami.

    • Claude Bariteau - Abonné 7 avril 2019 09 h 39

      Oui. Cet éditorial est bizarre.

      Je l'ai lu trois fois et cherché à comprendre, car il m'a semblé que Mme Wilson-Raybould était présentée tel un chien qui a la rage.

      Une rage qu’exprime sa propension à prendre la position du dominant, à japper et mordre ceux qui s'approchent d'elles, dont SNC-Lavalin, qui voulait accéder à son territoire sans fournir les informations demandées par la DGPPC.

      Une rage qui a justifié le PM et son Bureau de faire pressions inappropriées alors qu’elle bénéficie, comme Procureure, d’une indépendance du pouvoir politique. C’est ce qui ressort des propos d’une conversation avec le greffier, enregistrée en l’absence d’une secrétaire pour rendre compte de son contenu, qui est une pratique connue par le greffier.

      Une rage qui a conduit à son retrait du poste de Procureure et à ses démarches pour préserver ses décisions en coordination avec la DGPPC et à protéger le PM d’une réouverture de la porte à SNC-Lavalin qui entend y entrer afin d’avoir accès à un os lui permettant d’en gruger des plus gros.

      C’est bizarre parce que l’auteur ne questionne pas les liens entre SNC-Lavalin et le PLC. Certes, il aimerait connaître les motifs du refus, mais ne signale pas que le PM aurait du permettre que la DGPPC et l’ex-Procureure puissent les rendre publique.

      Au dernier paragraphe, à sept mois des élections, l’auteur trouve ce dossier lassant et laisse entendre qu’il revient au Commissariat de aux conflits d’intérêts de trancher sur les allégations d’ingérence alors que la Procureure a déjà signalé que l’ingérence n’était pas illégale mais inappropriée.

      Je ne comprends pas parce que je lis cet éditorial tel un plaidoyer à la cause de SNC-Lavalin et aux pressions du PLC plutôt que de faire valoir le respect des règles dans un État de droit, qui n’ont rien à voir avec un maître qui décide de tuer son chien parce qu’il ne lui a pas obéi après avoir mordu un bon ami.

  • André Bastien - Abonné 6 avril 2019 07 h 42

    Jody Wilson-Raybould: son intérêt personnel avant tout.

    Vous avez tout à faitr raison M. Myles.

    Les concervateurs ont tout misé sur cette affaire depuis des semaines.

    Il y a pourtant beaucoup d'autres enjeux plus importants au Canada dont la protection de l'environnement et les changements climatiques pour ne nommer que cela...

    Et il pourrait s'avéré que cette affaire Jody Wilson-Raybould était un "pétard mouillé".

  • Luc Laurent - Abonné 6 avril 2019 09 h 13

    SNC-Lavalin et JWR

    Depuis le début de cette histoire sans fin, je suis persuadé que si le siège social de SNC-Lavalin était situé à Toronto et encore plus à Calgary ou Vancouver, la position fermée de JWR face à la décision de la Directrice des causes pénales aurait été fort différente. Les partis de l'opposition jouent les vierges offensées ; ils auraient fait la même chose que le gouvernement actuel dans une situation semblable. Il est temps qu'ils cessent tous d'avoir le comportement d'enfants dans une garderie et qu'ils se mettent aux choses sérieuses de l'état ; ils sont payés à cette fin.
    Luc Laurent

  • André Labelle - Abonné 6 avril 2019 09 h 53

    AGENDA CACHÉ !

    Quand l'affaire Jody Wilson-Raybould a commencé à défrayer les manchettes j'ai tout de suite eu le sentiment qu'il y avait plein d'informations qu'on nous cachait et qu'il y avait un agenda caché derrière tout çà.
    J'ai commencé par me dire qu'étant de la CB Jody Wilson-Raybould avait une crotte sur le cœur envers le Québec et que le dossier SNC-Lavalin était une belle occasion de lui rendre la monnaie de sa pièce.
    Puis, j'ai commencé à trouver qu'il pouvait être possible que Jody Wilson-Raybould et sa comparse, sans doute appuyées par des personnalités politiques restées dans l'ombre souhaitaient se débarrasser de Justin Trudeau comme chef du PLC. En l'attaquant de la sorte Jody Wilson-Raybould affaiblissait puissamment l'actuel chef du PLC et étant en année électorale sabotait efficacement la possibilité de reporter au pouvoir le PLC, le reléguant au rang de l'opposition. Dans ce contexte une cabale pour changer de chef montrerait fermement la porte à Justin Trudeau et ouvrait la voie à un nouveau chef au PLC et pourquoi pas en faveur de Jody Wilson-Raybould.
    Aujourd'hui, je pense que ces deux hypothèses se complètent efficacement. Exacerber le sentiment anti-Québec à Ottawa tout en profitant pour bouter dehors un chef qu'on ne veut plus voir et en faisant en sorte que le PLC s'affranchisse de ces Québécois et de ce Québec qui sont des empêcheurs de tourner en rond.
    Quand des contradictions fondamentales émergent dans un argumentaire, c'est souvent que les raisons importantes qui supportent le dit raisonnement ne sont pas vraiment présentées, elles sont cachées volontairement.
    Si le PLC de Justin Trudeau mord la poussière aux prochaines élections fédérales, il sera intéressant d'observer ceux et celles qui grouilleront et grenouilleront autour de Jody Wilson-Raybould.

    «La politique a sa source dans la perversité plus que dans la grandeur de l'esprit humain.»
    [Voltaire]

  • Pierre Grandchamp - Abonné 6 avril 2019 12 h 10

    Si l'entreprise s'était nommée "Royal Bank Of Canada from Calgary"

    Si l'entreprise s'était appelée "Bank of Canada from Calgary", ça ferait longtemps que l'accord de réparation aurait été accordé. La dame Wilson-R a utilisé le fait qu'elle était autochtone pour faire du chantage. Pis de toute façon, dans un tel cas où 9 000 emplois sont en jeu, il était normal que le premier ministre et des ministres fassent des pressions.

    Il faut, aussi, déplorer le discours conservateur là-dessus.A ce que je sache les députés conservateurs du Québec ont suivt leur chef dans la démagogie "criminelle".