Armes de poing et d’assaut: un enjeu de santé publique

Cette semaine, des médecins, infirmières, urgentologues et chirurgiens se sont mobilisés à travers le Canada pour démontrer que le contrôle des armes à feu est devenu un enjeu de santé publique. Leur cri du coeur doit être entendu.

Données à l’appui, ils ont rappelé que « le nombre de crimes violents commis avec une arme à feu a augmenté de 42 % depuis 2013, et [que] le Canada a le cinquième taux de mortalité par arme à feu le plus élevé parmi 23 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques ».

Le gouvernement Trudeau a lancé en octobre dernier une consultation sur la pertinence ou non d’interdire les armes de poing et d’assaut, une tâche confiée à Bill Blair, ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé. Le programme libéral de 2015 promettait pourtant davantage, soit des « mesures pour débarrasser nos rues des armes de poing et des armes d’assaut ».

Pour seulement examiner la question, il aura fallu une flambée de tirs à Toronto, où deux personnes ont été tuées et 13 blessées en pleine rue en juillet dernier, l’adoption d’une résolution du conseil municipal de Toronto et de l’Assemblée législative ontarienne pour l’interdiction des armes de poing, la prise de position de la Ville de Montréal en août contre les armes de poing et d’assaut et, en mai dernier, un appel dans le même sens de plus de 75 personnes, dont des victimes des tueries de Polytechnique et de la grande mosquée de Québec.

Malheureusement, il semble que le Canada n’imitera pas la Nouvelle-Zélande qui, elle, a vite interdit ces armes dans la foulée de la fusillade meurtrière contre une mosquée de Christchurch à la mi-mars. Témoignant mercredi devant un comité du Sénat étudiant le projet de loi C-71, qui resserre entre autres les vérifications de sécurité et assure la traçabilité des armes vendues, le ministre Blair a reconnu qu’il serait difficile d’agir avant les élections de l’automne prochain, même si le cabinet a son rapport et ses recommandations en main depuis plusieurs semaines.

Le contrôle des armes à feu est un champ politique miné depuis environ 30 ans au Canada, les libéraux ayant eux-mêmes payé le prix après l’instauration du défunt registre des armes d’épaule. Le lobby des armes à feu et les conservateurs se préparent d’ailleurs à monter aux barricades.

Mais 67 % des Canadiens et 77 % des Québécois, selon un sondage Nanos réalisé pour CTV l’automne dernier, sont « pour » ou « plutôt pour » une interdiction des armes de poing et d’assaut. En Australie, où ces armes sont interdites depuis 1996, le taux de décès par arme à feu a considérablement chuté. Alors oui, l’enjeu en est un de santé publique et cela exige qu’on agisse.

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3 commentaires
  • Guy Fauteux - Abonné 5 avril 2019 02 h 10

    Comment être certain de perdre une élection

    Les libéraux ne sont pas inconscient de la puissance
    que représente le vôtre des électeurs favorable au droit
    des honnêtes citoyens à posséder une arme à feu.
    Ce bloc d’electeur as la caractéristique de voter massivement et stratégiquement contre tout gouvernement voulant restreindre ce droit.Ces citoyens ultra responsables se donne comme mission de conserver à tout prix leur arme à feu pouvant potentiellement défendre les libertés individuelle et collective. Ce sont les mêmes individus qui refuse d’enregistrer leur armes longues au Québec.

  • Jean Thibaudeau - Abonné 5 avril 2019 07 h 56

    C'est clair que Trudeau n'a pas la moindre envie de s'embarquer là-dedans avant les élections. Et après, Sheer sera au pouvoir, et alors... rien ne va bouger encore pour très longtemps. Comme aux États-Unis.

  • Pierre Deschênes - Abonné 5 avril 2019 12 h 21

    Du courage

    Il est pour le moins déplorable de constater la différence flagrante entre la volonté et la capacité d’agir de la première ministre néo-zélandaise et l’immobilisme gênant du premier ministre canadien. La première a sûrement les mêmes contraintes électorales que ce dernier, mais ne s’empêche pas de légiférer pour autant. Le gouvernement Trudeau a longtemps surfé sur la politique évanescente du paraître, mais il semble bien qu’une telle stratégie ne confère pas nécessairement, dans le monde réel, le courage de décider.