Aide à mourir: iniquités, disparités, indignités

Le rapport publié mercredi par la Commission des soins de fin de vie est accablant. Il témoigne de disparités importantes dans l’offre des soins de fin de vie sur le territoire québécois, d’une participation insuffisante des médecins à ce service essentiel et de tentatives de dissuasion auprès de patients vulnérables. On y apprend en outre que 399 personnes n’ont pas eu ce dont elles rêvaient dans un contexte de fin de vie plus que pénible : elles sont décédées avant même qu’on tranche en leur faveur ou ont perdu leur aptitude à consentir.

De quoi faut-il s’indigner davantage ? De ces errements inacceptables qui bafouent le sens même de la Loi concernant les soins de fin de vie, entrée en vigueur fin 2015 ? Ou du fait qu’ils aient été déjà maintes fois soulevés et dénoncés sans que la situation ait connu la moindre amélioration ? Pour ces manquements et cette inaction, des centaines de mourants ont étiré leur souffrance inutilement et de manière contraire à la dignité souhaitée. Le Québec peut s’enorgueillir de cette loi dite d’avant-garde… jusqu’à ce que son application boiteuse en bafoue l’intention.

« Chaque jour de fin de vie peut être une éternité de souffrance en soi. » C’est la députée du Parti québécois Véronique Hivon qui parle ainsi, ramenant comme elle en a l’habitude un rapport truffé de chiffres, tableaux et statistiques à sa dimension humaine — ou inhumaine. Pour son travail studieux et rassembleur effectué avant l’adoption de la loi, on peut très respectueusement en attribuer l’âme à Mme Hivon. Troublée et inquiète des embûches rapportées dans le rapport, celle-ci espère à bon droit qu’un véritable « leadership » s’exerce. Cette mission repose sur les épaules de la ministre de la Santé, Danielle McCann.

L’harmonisation des lois fédérale et québécoise doit se faire. L’imposition d’un délai de dix jours entre une première fois où est formulée la demande et puis une seconde où le patient la réitère contrecarre l’esprit d’une loi dont l’objectif est de soulager les souffrances. La ministre de la Santé doit poursuivre les échanges avec Ottawa.

Entre autres défis, il lui faudra dégonfler toutes ces poches de résistance parsemées çà et là dans les établissements de santé. Dans les régions, où la médecine est davantage de proximité, l’accès à l’aide médicale à mourir est mieux assuré. En revanche, dans certains grands centres, Montréal en tête, les données témoignent d’une grave problématique : nombre insuffisant de médecins disponibles, demandes refusées ou ignorées. On croit décoder que dans certains établissements, la bataille morale opposant soins palliatifs à aide médicale à mourir a considérablement nui à la portée de la loi, laissant des patients en détresse. Certains ont subi des pressions pour ne pas opter pour cette voie. C’est proprement indécent. Ce constat à lui seul, connu et archiconnu, vaut une vigie politique efficace.

La ministre McCann a raison de promettre d’emblée un ajout de formation dans le parcours des médecins, ce sera bénéfique. Chaque établissement doit disposer de médecins en mesure de répondre à une demande et de l’évaluer au moment opportun. Des lourdeurs administratives importantes ont eu raison de la patience de malades et de leurs proches, dans l’état de vulnérabilité extrême qui était le leur. Entre l’esprit de la loi et son application, souhaitons préserver la dignité des patients.

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4 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 5 avril 2019 05 h 45

    Bravo Mme Chouinard

    Ça tombe bien que vous en parliez; justement cette semaine nous avons vu un reportage où l'hôpital, dont j'ai oublié le nom, ne respectait pas cette loi respectable. Il me semble que c'est la moindre des choses que de respecter la demande d'un patient, sans passer par des procédures infinies qui peuvent prendre tellement de temps que le patient n'est plus apte à le demander, ce qui me fait penser que des médecins, ces vénérables personnages du système si grassement payés, font exprès de ne pas répondre aux demandes des patients, les faisant languir en espérant que ces derniers deviennent inaptes.

  • Gilles Tremblay - Inscrit 5 avril 2019 06 h 00

    Le syndrome du sarrau blanc.

    La dérive et le mépris de l’humain ne se situent pas dans la loi, mais dans ce qui se trouve sous le sarrau blanc et dans la tête de cette bande de prétentieux narcissiques qui se prennent pour des dieux, convaincus qu’ils sont indispensables à la société. Pour se faire et se convaincre, ils ont monopolisé et pris en otage la santé et le budget de l’ensemble de la population ainsi que la qualité de vie des êtres qui nous sont chers dans les derniers jours de leurs existences. Voilà de quoi s’indigner. Le collège des médecins n’est nul autre qu’un lobby servant à une seule chose : remplir les poches de ses membres à même les deniers publics.

    Clairement, des infirmières (ers) qualifiées pour ces situations délicates et pénibles, pour tout un chacun, seraient largement compétentes pour prescrire avec diligence les soins adéquats afin de respecter ceux et celles en fin de vie, qui sont péniblement affalés dans des grabats ravagés et dévorés par les plaies de lit. Il s’agit de nos parents et enfants qui en ont terminé avec cette présence terrestre. Cette souffrance inutile, avec laquelle ont les tortures impunément, n’a plus sa place. On en vient à se demander, en dernier recours, s’il ne serait pas souhaitable d’appeler la SPCA pour qu’elle intervienne avec la bonne vielle piqure à Fido. Cependant, il va de soi que ce genre de vision contrevient au statuquo imposé par les compagnies pharmaceutiques et leurs médicaments exorbitants dont les médecins tirent de grands avantages mercantiles, pour ne pas citer l’horreur des opiacés sous ordonnance (USA).

  • Christian Dion - Abonné 5 avril 2019 09 h 23

    Autonomie du patient.

    Il doit bien y avoir quelque chose que le patient pourrait ingurgiter lui-même sans que soit nécessaire l'intervention d'un médecin. De cette façon, il n'y aurait aucun problème de conscience.
    Christian Dion, abonné.

  • Yvon Bureau - Abonné 5 avril 2019 14 h 22

    À l'AIDE/HELP, ministre Lametti !

    Demandez immédiatement à la Cour suprême du Canada son avis sur la Loi C-14 sur l'aide médicale à mourir.
    L'avis est prêt depuis longtemps!!!!
    Avec le départ des Philpott et Wilson-R., (et de Couillard) vous avez la voie libre, même avec la bénédiction du gouvernement.
    La compassion vous y invite infiniment. «Chaque jour de fin de vie peut être une éternité de souffrance en soi»». ( V. Hivon) Environ 175 personnes québécoises meurent à chaque jour; 30 personnes par décès sont touchées, et une dizaine de soignants, et des bénévoles … À chaque jour, au Québec!!!
    La clarté juridique aussi vous y invite. En suivront enfin les mises à jour des lois fédérale et québécoise.