Réchauffement climatique: l’insouciance des libéraux a un coût

Le dernier rapport de la commissaire à l’environnement et au développement durable, Julie Gelfand, démontre à quel point le discours environnemental du gouvernement Trudeau sonne creux.

Ottawa n’est tout simplement « pas prêt à s’adapter à un climat changeant, déplore Mme Gelfand. C’est la lenteur des mesures de lutte contre les changements climatiques qui me préoccupe ». Ce constat d’échec coïncide, à un jour près, avec la publication d’une analyse alarmante d’Environnement Canada, qui donne une signification particulière à son propos.

Le climat canadien se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Le Canada sera durement touché par ces mutations profondes. Et il semble bien que les deux principales formations politiques au pays fassent davantage partie du problème que de la solution. Inféodés aux intérêts pétroliers de l’Ouest, les conservateurs banalisent l’enjeu du réchauffement climatique. Drapés d’une conscience verte, les libéraux se sont portés acquéreurs d’un pipeline (!), et ils affichent une réelle insouciance quant aux moyens à prendre pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Deux chapitres du rapport de Mme Gelfand sont particulièrement troublants, au sujet des subventions et incitatifs fiscaux liés aux combustibles fossiles. Le ministère de l’Environnement n’a aucune idée de l’ampleur de ces subventions, n’ayant analysé que 23 des 200 organismes publics qui soutiennent les énergies fossiles. Les travaux de recensement sont « incomplets et inefficaces ». Le portrait n’est guère plus reluisant au ministère des Finances. Celui-ci est à court de données « probantes, fiables et pertinentes » pour évaluer l’efficacité des incitatifs fiscaux qui bénéficient aux combustibles fossiles. Et le ministère des Finances, Bill Morneau, rejette catégoriquement la suggestion de la commissaire Gelfand afin que son ministère prenne en considération des variables telles que la durabilité économique, sociale et environnementale dans son analyse des mesures fiscales. Sans nier l’importance de ces trois dimensions, l’une peut l’emporter sur l’autre par moments, dit-on aux Finances. On devine bien laquelle.

« Il y a maintenant un prix sur la pollution à travers le pays », a dit le premier ministre, Justin Trudeau, en réaction à la publication du rapport d’Environnement Canada sur le réchauffement climatique. C’est beaucoup plus grave, car il y a aussi un coût à l’insouciance libérale. Ottawa ne semble pas disposé à se doter des outils visant à déterminer et à évaluer les subventions inefficaces sur les combustibles fossiles. Comment imaginer alors que le Canada atteigne ses cibles de réduction des GES ?

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5 commentaires
  • Brigitte Garneau - Abonnée 3 avril 2019 07 h 22

    Trudeau ou le grand paradoxe...

    Ce gouvernement finira peut-être par comprendre, mais un peu trop tard, qu'on ne peut défendre le vice et la vertu à la fois. C'est une insulte à l'intelligence et un manque de jugement flagrant, que de prendre les dollars du "Fond Vert" pour les investir dans les énergies fossiles. C'est comme vouloir aider un fumeur à arrêter de fumer en lui disant que ce serait mieux pour sa santé de fumer deux paquets plutôt que un! C'est tout simplement irrespectueux et honteux...

    • Daniel Grant - Abonné 3 avril 2019 13 h 32

      Oui Mme Garneau

      Notre gouvernement ressemble à un chevreuil stupéfié par un phare d’auto dans la nuit quand il parle du climat.

      Comment nos élus peuvent dire des choses rationnelles sur le changement climatique quand ils font parti d’une secte qui n’a pas de vision canadienne à long terme sur le sujet.

      Leur crédo est le baril de pétrole.

      Nous sommes pris avec des pions du pétrole aux commandes qui ne savent plus quoi dire pour justifier leur crime contre la santé et l’environnement donc contre l’humanité et qui nous mène vers un suicide collectif si nous laissons faire.

      Notre gouvernement n’a pas compris que même les enfants ne croient plus en leur novlangue. Il y aura de plus en plus de Greta Thunberg.

      Prospérité sans pétrole;
      j’ai hâte de voir RDI économie nous dire comment le « Kilo Watt/heure » se porte pour décrire notre économie plutôt que de nous matraquer à tous les jours comment on devrait être heureux dans le cambouis.

      Malgré ces dinosaures au pouvoir, heureusement que nous avons de plus en plus d’entreprises qui font les choses pour les bonnes raisons c.à.d pour un avenir durable et beaucoup plus riches en activités économiques et sociologiques, comme Lyon, Tesla, BYD etc…

  • Bernard Terreault - Abonné 3 avril 2019 08 h 16

    Typique de Trudeau

    C'est la marque de commerce de ce gouvernement de prétendre concilier l'inconciliable.

  • Denis Paquette - Abonné 3 avril 2019 10 h 47

    et oui, ainsi sommes nous faits, une génération en retard,

    en ce qui concerne le climat quand ce n'est pas les moeurs , ce sont les thecnologies ,qui posent probleme, la difficulté c'est souvent que nos gouvernements sont souvent d'un autre temp , en fait combien d'élus sont capables d'être de leur temps, en denors de s'enrichir de quoi sont- ils capables , nos élus ne sont-ils pas presque toujours des has bean qui s'ignorent , enfin c'est mon opinion, nous sommes toujours une génération en retard

  • François Beaulé - Abonné 4 avril 2019 07 h 50

    Une grande hypocrisie

    D'un côté, le gouvernement libéral manifeste sa conscience du réchauffement climatique causé par les émissions de GES. Il l'a exprimé notamment à Paris en 2015. Il revendique périodiquement la nécessité de mesures urgentes pour combattre ce fléau.

    De l'autre, en subventionnant l'augmentation de la production de pétrole et de gaz et en achetant un pipeline, ce gouvernement indique implicitement qu'il ne croit pas que la consommation de ces combustibles va diminuer au cours des prochaines décennies.

    Les gestes de ce gouvernement sont en contradiction avec son discours.